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isle of seven cities roland42L'avis d'Anouk:
 

"L'absence est terrifiante et nous avons parfois besoin de la combler en racontant des histoires".

 

Ainsi s'ouvre le très beau livre de l'artiste et réalisatrice Stéphanie Roland, "Île des Sept Cités / Isle of Seven Cities". Stéphanie Roland y part en quête de sept îles fantômes, des îles que nous connaissons par les textes de géographes anciens ou parce qu'elles sont mentionnées sur des cartes, mais qui n'existent pas.
 
Pourquoi ces îles ont-elles été inventées? Quels intérêts ont-elles servi au fil des siècles? Comment ces territoires de fiction ont-ils longtemps paru si vrais, suscitant recherches, légendes, explorations?

 

Le livre ouvre des questions passionnantes mais séduit surtout par sa poésie, la beauté de ses images, le vertige qu'il suscite.

 

Il est magnifiquement édité par TheEriskayConnection (édition bilingue français/anglais, 42 euros).

 
 
 
 
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le cas davidL'avis d'Adrien :

Du suspens fantastique vertigineux !

David Zimmerman, jeune photographe peu sociable, taciturne, se voit entraîner dans une énorme fête de réveillon par son unique ami, le fanfaron Harry. David va tomber en pâmoison devant une intrigante convive qu’il va suivre dans un endroit plus intime. Le lendemain de leurs ébats, David se réveille chez lui, dans le corps de cette fille dont il ne sait rien. S’ensuivent des recherches acharnées, de son propre corps, des raisons, du pourquoi, du comment. Quelle est cette effrayante transsubstantiation ? Comment inverser le phénomène ? Comment vivre cette folie seul (ou presque, nous ne vous en disons pas davantage), car impossible à partager avec quiconque ?le cas david1

Le “bodyswap” (échange de corps) est un thème régulièrement traité dans le genre fantastique mais les frères Harari le traite d’une façon si réaliste que c’en est étourdissant. Les questions soulevées ne sont pas forcément celles évidentes du genre ou de la transidentité (non voulue ici) bien qu’elles soient inhérentes au projet. Sont plutôt abordés l’identité en tant que telle, la judéité aussi, ainsi que l’épigénétique, le passé jamais révolu - notre héros est photographe ne l’oublions pas, archiviste de la mémoire donc.

De Lucas Harari, nous avions déjà beaucoup aimé “L’aimant”, thriller architectural, eh oui !, se déroulant aux Thermes de Vals en Suisse, ainsi que “La dernière Rose de l’été”, polar ligne claire estival. Arthur Harari, le frère, nous avions pu l’admirer au cinéma en tant qu’acteur, scénariste ou encore réalisateur (dans le désordre : “Diamant noir”, “Anatomie d’une chute”, “Sibyl”, “Le procès Goldman”...). Les deux brillants frères s’associent et investiguent le fantastique qui fait frissonner et réfléchir. On retrouve aussi avec joie (et tressaillements) les ambiances, l’atmosphère créées par l’illustrateur tout en quadrichromie et ce genre de héros, artiste loser qui ne s’en laisse pas conter, l'architecture aussi, la ville très présente, un Paris comme on le voit peu. Les éditions Sarbacane ont une nouvelle fois soigné l’objet bd, dos toilé, très grand format, couverture frappante. Tout y est donc parfait et déstabilisant !

Sarbacane, 35 €btn commande

 

August Strindberg Celestograph 1894 Royal Library StockholmDans les histoires du temps de Noël, il y a toujours une étoile.

Étoile qui guide et qui rassure, présence familière qui nous fait éprouver l’immensité, elle brille pour toutes et tous avec le même éclat.

En cette fin d’année, nos vitrines seront une invitation à lever les yeux vers la nuit étoilée – sa beauté, ses mystères, la paix et l’inspiration que l’on y puise.

À toutes les époques et sur tous les continents, les étoiles ont fasciné. Elles accompagnent les récits de création du monde, les mythologies et les légendes. Elles posent les questions qui font naître la science, inspirent artistes et créateurs.

Dans notre monde de toutes parts assiégé par l’obscurité, la guerre et la violence, les étoiles portent aussi un message d’espoir, lumières lointaines mais obstinées

Challah la danseL'avis d'Adrien :

Bienvenue au Lotissement !
Aux côtés d’un village périphérique de France, un quartier résidentiel a été créé par un patron paternaliste d’une petite usine textile afin de loger ses ouvrières et ouvriers. Ces derniers forment une première génération d’immigrés issus du Maghreb arrivés en France dans les années 1960/70. Dalya Daoud nous invite à suivre les turpitudes de leurs enfants, adolescent·e·s dans les années 1990.

Construit sous forme de chroniques qui ne suivent pas forcément un ordre chronologique, comme pour mieux nous perdre dans le fameux Lotissement ouvrier et l’intimité des familles en présence tout en approfondissant nos connaissances des lieux et des gens, ce roman brasse petites anecdotes et grands événements avec une acuité sociologique imparable. Dalya Daoud nous prend par la main et aussitôt nous happe dans les échos d’aventures du quotidien contés avec un grand sens de la narration.

“Challah la danse” est un livre truffé de références générationnelles, les années 1990 en plein et en même temps l’adolescence dans ce qu’elle a de plus universel, en test, en apprentissage, en révolte.

Le Nouvel Attila, 19.50 €btn commande

deux filles nuesL'avis d'Adrien :

Luz nous invite à découvrir les pires tourments, c’est un euphémisme, du siècle dernier à travers le regard d’une peinture, nous sommes littéralement dans les "yeux" de la toile, angle de vue original s’il en est.
Cette peinture c’est “Deux femmes nues” du peintre Otto Mueller, lié au mouvement expressionniste Die Brucke.
Rien ne nous échappe, dès que l'œuvre d'art surgit en 1919 des derniers coups de pinceaux de l'artiste. Peu après, accrochée dans le bureau d’un collectionneur juif, on observe la montée du nazisme sur des affiches de propagande collées sur les murs du trottoir d’en face, suivie des premiers passages à tabac et puis la violence finit par faire irruption dans l’intimité familiale du collectionneur.
La toile fera ensuite partie de l'exposition de l’Art dégénéré (Munich, 1937), exposition qui a eu bien plus de succès, faut-il le rappeler, que l’expo d’en face dédiée aux artistes avalisés par le IIIe Reich.
Elle sera retrouvée après le cauchemar de la Seconde Guerre Mondiale et finalement remise en 1999 à la fille de l’acheteur juif rencontré au début de l’histoire.
On y voit évidemment des moments bouleversants auxquels Luz arrive pourtant à apporter respiration et même quelques touches d’humour, il arrive aussi à être didactique sans l’appuyer, et il arrive peut-être surtout à montrer l’importance de l’art, son lien avec la politique et sa fragilité face aux idéologies fétides.

Albin Michel BD, 24.90 € btn commande