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idiote batumanL'avis d'Anouk:

Une lecture bain de jouvence: voici un livre qui vous ramène comme par magie à vos vingt ans.
 
Des campus novels, on en a lu tant et tant, mais la fraîcheur et l'intelligence d'Elif Batuman rendent celui-ci unique. On y met les pas dans ceux de Selin, jeune Américaine brillante qui quitte le cocon familial pour se frotter à la vie. Le roman raconte sa première année à Harvard en mille et une scènes cocasses et touchantes.
 
Selin a l'audace et la timidité de la jeunesse. Ce qu'elle connaît du monde et des autres, elle l'a appris dans les romans. Car Selin, qui se rêve écrivaine, est avant tout une lectrice vorace. Sa vie se passe derrière le prisme de la littérature, et tout particulièrement des romans russes (dès le clin d'oeil du titre à son cher Dostoïevski).
 
Avec beaucoup d'humour et tout autant de tendresse, Elif Batuman fait de Selin une héroïne profondément attachante. On suit le fil de ses pensées tantôt loufoques, tantôt profondes. Ses amitiés, son histoire d'amour absolu et inaccessible avec un mathématicien hongrois, ses révoltes et ses rêves, sa candeur aussi: Selin nous replonge avec délice dans le tourbillon de la jeunesse.

Éditions de l'Olivier, traduit de l'anglais (États-Unis) par Manuel Berri, 23.50 eurosbtn commande

Disponible en format numérique ici

paul a la maisonL'avis d'Adrien :

La série des Paul démarrée il y a un peu plus de vingt ans est très vite devenue un classique de la bande dessinée québécoise, une œuvre patrimoniale. Ce dixième volet est probablement le plus sombre, le plus touchant aussi mais l’auteur nous y réserve tout de même quelques respirations désopilantes qui font aussi tout le sel de cette série.
Les « Paul » forment une fresque à grande part autobiographique mettant en scène l’alter ego de Michel Rabagliati en la personne de Paul Rifiorati. Dans ce volume, Paul se trouve à la croisée de nombreux chemins. Il sort d’un divorce et se morfond dans sa solitude, voit sa jeune fille partir pour l’Angleterre, accompagne sa mère en fin de vie et se sent inexorablement vieillir physiquement et mentalement. Le monde change autour de Paul qui observe toutes ces mutations comme un témoin passif.

Vous l’aurez compris une middle life crisis en plein mais on prend de bonnes bouffées de rire avec un voisin maniaque, une animation scolaire quelque peu foireuse, une foire du livre perfide et autres petits tourments du quotidien vus par le prisme de l’humour. Ajoutez à ça, en arrière-plan, toujours, le Québec et Montréal, les typicités architecturales et sociétales des différents quartiers parcourus par Paul, les expressions fleuries du cru, sans en faire trop, et vous aurez tout le charme hautement prenant de ces chroniques !btn commande

A la fois portrait intime et portrait de société, les Paul nous touchent et nous réconfortent par leur universalité.

La Pastèque, 25 €.

la riviereL'avis d'Adrien :

Si vous avez toujours eu envie de descendre une rivière en canoë et déposer votre bivouac chaque soir en fumant une bonne pipe après avoir mangé le résultat de votre pêche au coin du feu, ce roman est fait pour vous. Si vous avez apprécié le côté dérangé et malsain de « Délivrance », ce roman est également fait pour vous !

Après le magnifique « La constellation du chien » où Peter Heller associait la dystopie au nature writing, l’auteur allie ce même nature writing au thriller et nous entraîne dans un suspens haletant où le cours du récit suit le cours de la rivière, tantôt calme, tantôt vif et empressé.

Wynn et Jack, deux amis épris de nature, ont décidé de concrétiser la virée de leur rêve, une descente tranquille du fleuve Maskwa, au nord du Canada, en canoë. Ils sont jeunes, forts, soudés, expérimentés et en pleine possession de leurs moyens. Le trip démarre parfaitement jusqu’à ce qu’au détour d’un point de vue, ils aperçoivent à l’horizon un immense feu que rien, même la rivière à son plus large, ne semble pouvoir stopper. Et ce n’est que le début de leur plongeon au cœur des ténèbres, car s’ensuit une course folle en prise aussi bien avec les éléments, eau et feu, qu’avec de regrettables rencontres. L’alternance de moments plus contemplatifs et d’accélérations où chaque décision engage la vie et doit se prendre dans l’urgence met d’autant plus nos sens de lecteurs en émoi, le suspens est total.

Si Peter Heller est toujours aussi fort pour mêler description précise de la nature et poésie, il a aussi un talent énorme pour nous parler avec finesse, loin de toute moralité, de la bonté humaine et des limites qu’elle peut avoir. L’humanité et la nature sont ici représentées dans tout ce qu’elles peuvent avoir de paisible et de sauvage. A vos barques, prêts ? Feu !

Actes Sud, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, 22 €.btn commande

Disponible en numérique par ici.

L'avisLété sans retour C1 de Maryse:

À nouveau, voici un roman belge, publié chez Gallimard, qui vaut le détour !

2005 à Ravina, un bourg isolé de Basilicate, la région du sud de l’Italie « dont on dit, tant sont peu nombreux ceux qui la connaissent, qu’elle est un peu comme Dieu lui-même, réelle et imaginaire, ne se laissant ni facilement décrire ni atteindre par le temps. » Alors que le village est en fête, la jeune Chiara, fille des propriétaires de l’épicerie et nièce de l’agriculteur Pasquale Serrai, disparait. Des jours durant, malgré les battues des carabinieri et la mobilisation de tout le village, elle reste introuvable. Très vite, les chaînes de télévision et les rédacteurs de gazettes locales et nationales vont s’implanter dans les lieux jusqu’alors ignorés, et s’emparer de l’affaire, la transformant en un macabre et voyeuriste roman-feuilleton suivi par le pays entier et dont plusieurs villageois deviennent les personnages-vedettes. Au cœur de l’angoisse, de l’indignation et de la tristesse se révèlent frustrations, jalousies, et haines enfouies.

C’est Sandro, orphelin pris sous l’aile de Serrai et jeune homme mis au ban de ce petit monde à l’époque des faits, qui, des années plus tard, raconte le funeste épisode qui avait bouleversé la vie d’ordinaire si taciturne d’une région où tout le monde croit connaître tout le monde...

Le roman de Giuseppe Santoliquido prend vite la forme d’un bon thriller haletant et pourtant, c’est la fine analyse de ce que peut revêtir une société rurale, géographiquement isolée, aux hommes et aux femmes que le dur labeur a maintenus butés, inflexibles, envieux et intransigeants qui est à retenir. C’est aussi une réflexion sur la façon dont les médias – et ce même avant l’arrivée massive de Facebook et autres réseaux sociaux – récupèrent une atroce réalité afin de la servir chaude et bien croustillante à des spectateurs en mal de sensations. Mais surtout, c’est une écriture juste, accomplie et véritablement élégante qui transporte le lecteur de la première à la dernière ligne de ce très bon roman.

Gallimard, 20 €btn commande

Disponible en format numérique ici

L'avisdebout dans leau de Maryse:

Voici un roman bref, sobre et fort, au style si particulier et à la sensibilité tellement profonde que le moment fugace de sa lecture résonne encore et encore.

Nous sommes en pleine campagne flamande, dans une vaste et calme demeure bordée d’un immense jardin et d’un étang. Aux portes de l’adolescence, une jeune fille vit chez ses grands-parents depuis ses deux ans. « Enfant naturelle », elle a été laissée là par sa mère, qui ne revient pas. La grand-mère est aimante, quoique silencieuse, pudique et distante. Le grand-père, figure drue et autoritaire, quant à lui, se meurt à petit feu au fond de son lit. Cet été-là, les journées de l’enfant solitaire s’écoulent doucement dans le grand jardin, son corps immergé dans l’étang, ses mains enfouies dans la terre du potager, le fond de ses narines inondé de l’odeur de la vase et son esprit navigant sur les flots des premiers émois, des petits bonheurs, des grands tourments et de l’infinité qu’offre l’imagination propre à cet âge de la vie. Puis, les jours sont aussi ponctués par l’intimidante visite au patriarche mourant.

L’eau, la vie, la mort… Autant de thématiques omniprésentes dans cet instantané singulier où la nature est souveraine. Entre le rêve et la réalité, le lecteur tangue. L’écriture est magnétisante, les ressentis intenses, alors même que somme toute, le quotidien se déroule dans une routine taciturne. En fait, à l’instar de la fille, l’eau de l’étang semble calme mais pourtant renferme en elle une puissante force de vie et de mort.

Avec Debout dans l'eau, l'écrivaine belge, primo-romancière, Zoé Derleyn fait entendre une voix littéraire extrêmement singulière à découvrir, vraiment, et à suivre, sans aucun doute.

Le Rouergue, 16 eurosbtn commande

Disponible en format numérique ici