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details genbergL'avis d'Anouk:

Il y a des livres qui s’impriment en nous aussi puissamment que des amis ou des amours. Des livres dont on se rappelle précisément quand on les a lus, quelle soif ils ont étanchée, quelle lumière ils ont fait briller. Ces livres-là, comme les amis, comme les amours, ce sont des rencontres décisives, et il n’y en a pas tant dans le cours d’une vie.

Les détails s’ouvre ainsi, sur le pouvoir que possèdent certains livres de nous faire voyager vers la personne que nous étions quand nous les avons lus la première fois. Par la grâce d’un roman, la narratrice remonte le fil du temps et redevient une jeune femme de 25 ans, fiévreuse, amoureuse, tragiquement blessée lorsque s’en va celle qu’elle aime.

Les quatre chapitres qui s’égrènent ensuite portent pour titre les prénoms de personnes dont la rencontre a transformé la narratrice. Relations amicales ou amoureuses, en pointillés ou au long cours, toutes créent la forme dans laquelle se coule l’existence de cette femme. Son prénom à elle, nous ne l’apprendrons qu’à la toute fin du livre, comme si le détour par les autres était nécessaire pour réussir à se dire soi-même: « le moi n’est rien d’autre que cela, le soi-disant "moi": les vestiges laissés par les personnes contre lesquelles nous nous frottons (...). C’est sans doute cela le cœur de nos relations, et c’est sans doute la raison pour laquelle, en un sens, elles ne sont jamais terminées ».

Le charme magnétique des Détails tient à ses portraits subtils, au tissage narratif épatant de maîtrise, à la façon dont le livre collectionne les états de grâce, « juste des instants et ce qui y advient ». Il vient aussi d’une nostalgie sauvage et lumineuse pour une époque pas si lointaine (les dernières années du 20e siècle) dont le tournant numérique a ringardisé les affects, les espoirs, l’innocence.  

C’est un livre profondément singulier que nous offre Ia Genberg: tout à la fois méditatif et enlevé, poignant et drôle, d’une inventive liberté. Un livre qui touche à l’essentiel et fait empreinte dans nos vies de lecteurs.

Le Bruit du Monde, traduit du suédois par Anna Postel, 21 eurosbtn commande

Disponible en format numérique ici

tres chers amis shteyngartL'avis d'Anouk:

Les romans de Gary Shteyngart se tiennent sur le seuil de la catastrophe – c'est le secret de leur incroyable drôlerie.

Très chers amis ne déroge pas à la règle, puisqu’en nous parlant d’un pays à bout de souffle – entre les centaines de milliers de morts dus à la pandémie de covid et l’étouffement de George Floyd, on respire mal dans les États-Unis de 2020 – et en totale perte de repères, il nous fait sourire et rire. Les ingrédients de cette comédie piquante ? Une formidable galerie de personnages, des dialogues virevoltants, une mélancolie tchekhovienne mêlée à des airs de K-Pop, des allers-retours joyeux vers le New York underground et insouciant des années 90.

Ces Très chers amis, ce sont les proches de Sacha Senderovski, un écrivain qui a eu son heure de gloire et possède, sur les rives de l’Hudson, une coquette maison de campagne flanquée de quelques bungalows. L’endroit s’avère idéal pour fuir New York assiégée par le virus et Sacha invite quelques vieux amis à partager cette retraite privilégiée. Tout ce petit monde se met à conjuguer les notions nouvelles de « distanciation sociale » ou de « quarantaine » avec les questions éternelles du désir, de la trahison, des illusions perdues ou retrouvées. Le huis-clos ne va pas sans tourments, ni sans surprises – et c’est là ce qui rend si attachante et émouvante la comédie humaine peinte par Gary Shteyngart.

Éditions de l'Olivier, traduit de l'anglais (États-Unis) par Stéphane Roques, 24 eurosbtn commande

Ghost townL'avis de Maryse:

Septième enfant – et deuxième garçon – d’une grande fratrie, Chen Thienhong revient après une très longue absence sur les terres de son enfance, un patelin du cœur reculé de Taïwan, alors même que la Fête des fantômes y bat son plein. Par sa présence, il va bousculer les esprits de sa famille, jusqu’à en réveiller les fantômes, et révéler leurs secrets les plus profondément enfouis.

Le texte, une ample et sinueuse tapisserie, se tisse de fil en aiguille, au rythme des prises de paroles de chacun des membres de la famille que Chen Thienhong se doit d’affronter. On entendra ainsi le passé des cinq sœurs, que leur sexe faible et réprimé dans cette culture ô combien patriarcale a respectivement soumises à une violence inexorable, mais aussi celui – pathétique – du premier frère, de la mère, et même la voix du père, mort depuis plusieurs années et dont le point de vue presque omniscient éclairera la toile à plusieurs reprises.

Ghost Town : il y est fait référence à une ville fantôme du centre de l’île, dans une région délabrée, à la fois embourbée dans son conservatisme et envieuse de la modernité clinquante des villes côtières. Un endroit frappé de plein fouet par l’exode de sa jeunesse instruite et la décrépitude de ses activités, mais qui fête annuellement ses fantômes en grande pompe.

Ghost Town : c’est un roman choral virtuose – le premier fort bien traduit en français de cet écrivain à la renommée importante dans ses contrées – dont la charpente est construite solidement, d’une plume qui sait y faire. C’est un texte éminemment littéraire qui se déplie, morceau par morceau, invite le lecteur à explorer ses méandres et s’élabore sous ses yeux jusqu’à la dernière page.

Le Seuil, traduit du chinois (Taïwan) par Emmanuelle Péchenart, 23 €.btn commande