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apres sappho Selby Wynn SchwartzL'avis d'Anouk

Souvenez-vous de ce que nous avons fait

Du temps de notre jeunesse

Oui, tant de douces choses

Des poèmes de Sappho ne restent que des fragments. Éclats de beauté qui fascinent par-delà les siècles et trouvent dans ce livre singulier une résonance spectaculairement moderne.

Après Sappho tisse des vies de femmes au tournant des 19e et 20e siècles. Toutes ont en commun d’avoir soif d’un monde nouveau, d’une place qui ne serait pas subalterne dans un monde modelé pour les hommes. Elles viennent du monde ouvrier ou de la haute aristocratie ; elles sont françaises, anglaises ou italiennes ; certaines nous sont familières quand les autres sont oubliées ou inconnues – peu importe, dans ce livre elles sont des sœurs, nos sœurs. Leur nous court à travers tout le livre, prête aux vies de chacune un même corps, un même chœur, et invite le lecteur à y prendre sa part. Notre premier acte a été de changer de nom. Nous allions devenir Sappho.

On croise au fil des pages Isadora Duncan et Colette, Renée Vivien et Natalie Barney, Sarah Bernhard, Djuna Barnes, Vita Sackville-West, Eillen Gray et Virginia Woolf bien sûr, qui est comme le miroir contemporain de Sappho. Woolf dont le père avait écrit un Dictionary of National Biography, monumentale entreprise pour raconter la gloire des grands hommes, et qui a subverti ce genre étriqué de la biographie en écrivant Orlando, récit d’une vie mouvante dans le lieu, l’époque, le genre.

La façon qu’a Selby Wynn Schwartz de raconter toutes ces femmes s’apparente au modèle woolfien : mouvant, fluide, tout à la fois éclaté et limpide. Au gré des 20 chapitres d’Après Sappho, eux-mêmes décomposés en scènes brèves, la chronologie n’est pas de mise, et aucune autre logique pour passer d’un paragraphe à un autre que la circulation du désir et de la lumière. Cela donne un livre ne ressemblant à nul autre, vertigineux par son érudition mais joueur, inventif, transgressif comme ces femmes qui ont fait exploser les carcans de leur époque.

Et puis il faut dire un mot de l’objet livre, sublime écrin à ce texte hors-normes. Le format, le papier, le jeu des couleurs, les arabesques des marges, les illustrations végétales qui séparent les chapitres, les clins d’œil à l’art nouveau: tout est beau, soigné, pensé pour que la forme approfondisse l’expérience du fond.

Un livre-trésor, dont on n’a jamais fini l’exploration.

 

Gallimard, L'Imaginaire, traduit de l'anglais (États-Unis) par Hélène Cohen, 25 eurosbtn commande