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lapiazL'avis de Maryse:

L’action se déroule en 1977, en plein cœur du Jura, dans un hameau isolé où une poignée de chaumières se toisent. Un couple de jeunes hippies parisiens vient de prendre possession de l’une d’entre elles. Les amoureux souhaitent quitter le bruit de la ville, s’éloigner du consumérisme et entamer une vie authentique rythmée par les saisons, pourtant extrêmement marquées dans cette région.  Leur perception de la réalité rurale est tronquée, rien n’est plus sûr pour leurs voisins, un vieux ménage d’agriculteurs dont un fils reprend l’exploitation avec son épouse. Tout sépare les paysans du cru qui travaillent dur dans un climat austère et les beatniks fuyant leur passé. Et pourtant, malgré l’accueil glacial qu’on réserve à ces derniers, ils attisent la curiosité et leurs façons de vivre bousculent les certitudes, laissant entrevoir une liberté à laquelle on n’aurait même jamais songé…

L’équilibre va flancher, le pire va survenir.

Le lapiaz est une formation géologique caractérisée par des crevasses et des fissures creusées dans la roche. Il compose le sublime paysage de la montagne jurassienne où Maryse Vuillermet orchestre de main de maître un roman noir psychologique, un drame social dont la tension intense traverse chacune des pages.

Lapiaz vient de reparaître dans la collection de poche du Rouergue et je vous en conseille vivement la lecture.

Rouergue Noir, coll. Rouergue en poche, 9,50 euros.btn commande

passe present et apres macchiaveliL'avis de Patrick

Loriano Macchiavelli est un grand, un très grand nom du "giallo" italien.

Son flic fétiche, Sarti Antonio, se débat dans l'Italie des années de plomb. L'ambiance est poisseuse, mais Macchiavelli sait l'éclairer d'une touche de dérision et de pas mal de tendresse.

"Passé, présent et après" démarre plutôt mal pour le sergent Antonio. Suite à une bévue (la disparition de pièces précieuses dans une exposition dont il avait la garde), le voilà muté dans un sale boulot: des rondes nocturnes dans un quartier excentré où s'entassent les "immigrés" venus du Sud de la péninsule. Dans ce ghetto où misère et crime vont de pair, la route du flic humaniste et grand buveur de café va croiser celle d'un gamin des rues et celle d'un étudiant révolutionnaire. Des rencontres qui vont changer son regard sur le monde.

Polar social et rageusement politique, ce "Passé, présent et après" est un plaidoyer contre les préjugés et toutes les formes de domination.

Éditions du Chemin de Fer, traduit de l'italien par Laurent Lombard, 19.50 euros btn commande

la disparition dHervé SnoutL'avis de Maryse:

Mercredi 17 avril 2024, c’est l’anniversaire d’Hervé Snout, 45 ans, et sa femme Odile remue une dernière fois dans la casserole de bœuf bourguignon qui mijote depuis la veille. Tout est prêt, les enfants sont rentrés du collège et sont disposés à passer à table, la grande villa est tranquille, et on n’attend plus qu’Hervé Snout. Il est en retard. Les minutes filent, les ados affamés commencent à manger. Il n’est pas arrivé. Les heures passent, la soirée se termine. Hervé Snout ne rentre pas. Ni le lendemain, ni les jours qui suivent, on ne reverra Hervé Snout. Le matin même, il s’était pourtant muni de sa verste, de ses clés, de son ordinateur et de son portefeuille, avait enfourché son vélo, comme d’habitude, pour se rendre à l’abattoir du bourg de province, une entreprise qu’il a reprise à bout de bras et qu’il dirige désormais de main de maître.

Où est passé Hervé Snout ?

La police s’empare indolemment de l’affaire, l’épouse est sidérée, le fils est désemparé, la fille est détachée. Les ouvriers de l’abattoir ne cessent pas leur ouvrage, les bestiaux continuent d’affluer en nombre, de beugler, de pleurer, de tomber, de se vider, d’être débités, emballés et livrés.

Qui est vraiment Hervé Snout ?

Dans ce roman haletant dont l’action est datée d’aujourd’hui, Olivier Bordaçarre élabore de manière impeccable une analyse glaçante du monde du travail, de la famille bourgeoise et du couple. Subtilement, chacun des protagonistes tient un rôle prééminent dans l’intrigue et le lecteur avance à tâtons dans l’ombre qui les submerge. Le style est incisif, parfois grinçant, et l’intensité du récit va crescendo, tout comme le pouls du lecteur qui dévore les pages jusqu’au bouquet final. La disparition d’Hervé Snout, par Olivier Bordaçarre, est un roman intelligent, efficace, et fort pertinemment classé dans la collection « Sueurs froides » chez Denoël.

Éditions Denoël, 21 euros.btn commande