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Herboriser avec George Sand, c’est plonger dans un bain de vivant, de lumière et d’émerveillement.
Dans ce petit texte adressé à une amie avec qui elle partage le goût des fleurs sauvages autant que des idées politiques, George Sand entrouvre les pages de son herbier et laisse fleurs et herbes la guider parmi ses souvenirs. Si l’herbier peut sembler n’être qu’une collection de squelettes, c’est là pourtant que se dépose la joie des heures passées à battre la campagne, à choisir et préparer les fleurs. Là encore que revivent les amis disparus, les souvenirs d’un été, les parfums emmêlés qui sont « comme l’expression de la vie prise dans son ensemble ».
Pour George Sand, dont les questionnements écologistes sont étonnamment modernes, l’herbier est surtout un manifeste, une façon d’affirmer son rapport au monde : « C’est le passage d’une vie humaine à travers la nature, c’est le voyage enchanté d’une âme aimante dans le monde aimé de la création ».
Accompagnés des images délicates et gracieuses de Louise Collet, les mots de George Sand gagnent encore en sensualité : Un herbier est une délicieuse invitation à (re)découvrir son œuvre!
Éditions Reliefs, préface de Martine Reid et llustrations de Louise Collet, 14.90 €



Les trésors du fonds
Vous ne connaissez pas encore Nellie Bly ? Alors, lisez ceci !
Née Elizabeth Cochrane en Pennsylvanie en 1864, Nelly Bly s’impose comme l’une des grandes pionnières du journalisme d’enquête moderne. Bien avant que ces pratiques ne deviennent courantes, elle a initié des démarches journalistiques novatrices, souvent réitérées. Son parcours mérite absolument d’être redécouvert.
En 1887, à seulement 23 ans, elle est engagée au New York World du célèbre Joseph Pullitzer. Sa mission : s’infiltrer dans un asile psychiatrique pour femmes, le Blackswell’s Island Hospital, au large de New York. Déterminée, courageuse et subtile, elle simule la folie pour y être internée. Pendant dix jours, elle partage le quotidien de centaines de patientes.
De cette immersion naît un reportage explosif. Nellie Bly y dénonce des conditions de vie effroyables : froid, faim, négligence médicale, violences physiques et psychologiques. Elle révèle aussi l’arbitraire de certains internements, où la pauvreté ou l’isolement suffisent à faire basculer des femmes dans l’enfermement. Le compte rendu est épouvantable.
À sa publication, le récit provoque une véritable onde de choc et entraîne des réformes concrètes : amélioration des conditions dans plusieurs établissements et augmentation des financements publics à New York pour la prise en charge des patientes. Téméraire dans sa démarche, pragmatique et sincère dans son écriture, Nellie Bly a mis en lumière le sort des patients psychiatriques de l’époque, et réussi à faire bouger les lignes !
Ce succès lance sa carrière, le reportage en immersion devient sa marque fabrique, toujours au service de causes sociales. Très vite, d’autres s’inspirent de ses méthodes, qu’elle a contribué à inventer.
Pourquoi lire Nellie Bly aujourd’hui ? Parce que, en tant que journaliste et en tant que femme, au dix-neuvième siècle, elle a bousculé et redéfini les normes, et parce que son héritage est toujours vivant. Florence Aubenas, pour ne donner qu’un exemple, s’inscrit dans sa lignée. En 2009, elle s’était fait embaucher, via des boîtes d’intérim, dans une société de nettoyage de la région de Caen et, après six mois d’heures de ménage cumulées en vrac, en avait rédigé un témoignage sidérant : Le quai de Ouistreham (Éditions de l’Olivier).
Points, 6,95 euros.
"Dans les yeux des gens, dans leur démarche chaloupée, martelée, ou traînante; dans le tumulte et le vacarme; les attelages, les automobiles, les omnibus, les camions, les hommes-sandwichs qui se frayent un chemin en tanguant; les fanfares; les orgues de Barbarie; dans le triomphe et la petite musique et le drôle de bourdonnement là-haut d’un avion, dans tout cela se trouvait ce qu’elle aimait: la vie; Londres; ce moment de juin".
Ses élans, ses tourments, sa perspicacité, sa fulgurante modernité: Clarissa éblouit tant qu’on peine à croire qu’elle fête ses cent ans.
Cent ans! Lorsqu’il paraît au printemps 1925, Mrs Dalloway cristallise les questions de son époque et porte à la perfection les intuitions modernistes de Virginia Woolf. Comme Joyce, Proust, Pirandello ou Mann, ses grands contemporains, Virginia Woolf transforme le paysage du roman et le fait entrer dans un âge nouveau. Le temps diffracté, l’attention aux perceptions, la peinture du mouvant et de l’évanescent : il y a tout cela dans cet immense chef-d’œuvre, bien sûr, mais il y a aussi tant de vie, d’humour piquant, d’attention aux choses soi-disant banales que Clarissa, toujours, nous plongera dans une joie profonde.
"Qu’est-ce qui peut bien me remplir de ce sentiment d’exaltation ?
C’est Clarissa, dit-il.
Et justement, elle était là".
Pour célébrer les cent ans de Mrs Dalloway, la bibliothèque de la Pléiade propose une édition anniversaire entourant Mrs Dalloway (traduit par Marie-Claire Pasquier) de textes complémentaires, notamment Orlando et Une pièce à soi.
Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 62 euros
Gallimard, collection Folio, traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier, 7.60 euros
POL, traduit de l'anglais par Nathalie Azoulai, 14.90 euros
Disponible en format numérique ici