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encore heureux frédérique bertrandL'avis d'Anouk:

Frédérique Bertrand est une artiste-exploratrice qui ne craint pas de s’aventurer, de projets en projets, dans des registres et des palettes chaque fois réinventés. Des livres pour enfants (au Rouergue et chez MeMo, notamment) au dessin de presse, son sens du graphisme, son humour, ses découpages parfaits rendent pourtant son univers immédiatement reconnaissable.

Encore heureux est un roman graphique qui explore le sentiment amoureux et son usure. Sujet tellement lu, tellement vu, mais qu’elle traite avec fraicheur, inventivité et un goût certain pour le rebondissement. Rien n’échappe à son œil avisé, tantôt féroce, tantôt tout de tendresse. Les jeux du désir se perdent dans l’espace domestique, les objets prennent vie, les sentiments vont et viennent, cherchent à se dire. De page en page se construit un petit théâtre des émotions amoureuses et de la façon dont le temps s’en empare.

Le trait est vif et délié, les grisés se transforment en couleurs éclatantes et les mots se mêlent à l’image dans une danse qui ressemble à celle du couple – mouvante, raturée, obstinée. Les textes sont fluides, joueurs, lancinants. Leur graphie évolue au gré des sentiments, parfois sage et parfois rageuse, tantôt naïve comme un cahier d’enfant ou subtile comme un calligramme.

Encore heureux, c’est la vie sur un fil, belle, cruelle, pleine d’ironie.

Depuis des lustres et des lampadaires, depuis des lumières entières, depuis le commencement qu’on se ment. Depuis tant et tant de temps, des années entassées depuis jamais, parce que depuis toujours, depuis que, depuis qu’il, depuis tout ça. Nous voilà dans de beaux draps.

Esperluète, 25 eurosbtn commande

un preL'avis d'Adrien :

Magnifique ! Après « Extases », deux volumes autour de sa sexualité et « Le petit frère » un album sur la mort tragique de son petit frère à l’âge 11 ans, JeanLouis Tripp continue son cycle autobiographique avec cette bande dessinée consacrée à son père. un pre bis
A la fois très intime et ayant une portée universelle indéniable, le bédéaste nous brosse le portrait d’un homme, à travers ses convictions, ses histoires d’amour, …, à travers les époques, à travers les petits événements de la vie et les grands événements de l’Histoire. Il faut bien tout ça, car « au fond que sait-on de son père ? »

Il y a un sens de la narration imparable, une plongée dans une mémoire d’éléphant et il y a dû avoir un travail de montage incroyable pour assembler toute cette vie, toutes ces vies et pourtant, tout semble couler de source. L’auteur nous embarque d'une telle façon dans sa famille, qu’on a l'impression d'y être, d'en être. Et au-delà de la narration, la mise en page, les dessins, la bichromie (et ces quelques touches de couleurs, le maillot de bain seventies du papa, sacrée pièce !) ne sont pas en reste.

Avec tout ça, nous ne vous avons pas encore parlé des émotions qui se dégagent de cet album, préparez vos mouchoirs !btn commande

Casterman, 28 €

la montagneL'avis d'Adrien :

La montagne, ça déborde. Il suffit d’emblée de voir les crédits d’édition écrits au pinceau par Valfret, ils ne tiennent pas en place, écument à la marge.
La montagne est un refuge ouvert sur l’extérieur, immense et terrifiant mais également apaisant, rassurant.
La montagne contient la sagesse et la révolte, nous élève physiquement, nous fait grandir mais nous fait aussi nous sentir tout petits. Un obstacle à surmonter et un lieu de réflexion.
Cette bande-dessinée est brute et douce à la fois et la montagne y est plus qu’un décor, c’est aussi une métaphore.
Trêve d’oxymores, il fallait bien un aussi beau et grand format pour la présenter cette montagne, et ses vaches, ses nuages, sa terre, les habitants minus et médiocres qui l’entourent, des silhouettes, à travers l’impressionnisme, l’abstraction parfois, des peintures de Valfret.

Par la voix d’un jeune garçon qui allie poésie, humour potache, lucide, grinçant, et phrases coup de poing, on y suit, dans un plan élargi, un village qui a déjà basculé dans la fin du monde, d’un monde, et dans un plan resserré, une histoire d’amour, un moment de vie de cet ado. Par le paysage, on explore les méandres des pensées de ce dernier, ses aspirations, ses tourments, sa libre oisiveté.
C'est rudement beau, magnifique même, c’est l'adolescence, ses corps maladroits en fusion et pleine confusion, ses espoirs aussi et ses désillusions, ça parle en sus de notre monde qui ne va pas très bien, comme on le sait, du monde paysan qui disparaît depuis tant d’années, sans qu’on se bouge vraiment, de la révolte qui gronde, prête à réellement sourdir. Qu’attend-elle donc !?

La nature et les hommes sont fragiles, la relation entre les deux trop peu réfléchie, cela donne un équilibre précaire parfaitement mis en lumière par les peintures de Valfret et le texte de Valfret accompagné par Comme le vent.

En bout de chemin, une conclusion implacable, à la Barry Lyndon, comme posée sur les cendres d’un champ de bataille : "Et les choses dressées, humaines et non humaines, n'auront pas d'autre choix que de s'enfoncer avec humilité dans le sol" suivi de “l’espoir était un poing serré dans une poche de pantalon” en quatrième de couverture.

Editions Frémok, 29 €btn commande