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Fascinant album que Le temps du Capitaine Brett!
On y met les pas dans ceux de Hyéronimus Perthuis, un garçon de douze ans posé, un brin timide, contraint par la mauvaise santé de sa mère et par les affaires qui retiennent son père au loin à partir vivre quelques temps chez son vieil oncle Timothéus. Timothéus est accueillant, et Mathilda sa gouvernante adorable d'attentions envers l'enfant. Mais dans la grande villa de l'oncle, Hyéronimus s'engourdit petit à petit. Un jour de grand vent, il quitte la maison pour explorer ses environs: "Oui, je sais que ce fut le vent qui me fit prendre cette décision insensée, celle de sortir de ce cocon de calme et d'ennui qui m'était devenu insupportable".
Commence alors une aventure "de l'autre côté du miroir", toute d'étrangeté, de rencontres inquiétantes et de rebondissements. Et voilà Hyéronimus kidnappé par le Capitaine Brett. Secondé par une fille masquée, l'intrigante Euryale, et par un chat maléfique, le Capitaine Brett est une figure de cauchemar ou de fête foraine – on ne sait trop s'il faut le craindre ou s'en moquer. En trois longs chapitres qui sont autant de confrontations avec le Capitaine, Hyéronymus explore le monde des rivières et canaux, celui de la ville puis celui de la nuit. Chaque fois il s'agit pour lui de pénétrer au cœur d'un labyrinthe de chemins qui symbolisent des émotions à apprivoiser. Le jeune garçon sait faire preuve de courage. Il ne renonce jamais à ce qu'il pense être bien. Il découvre le vaste monde et sait autant s'enthousiasmer de sa beauté que faire face à ses dangers.
Le temps du Capitaine Brett fourmille d'échos aux grands classiques de la littérature enfantine, notamment à Peter Pan, à Alice au pays des Merveilles ou à l'univers des contes. Récit initiatique, il emporte par la beauté des images, la fluidité du texte et la formidable peinture de l'enfance comme territoire de tous les possibles. Car bien entendu, "le temps" du Capitaine Brett est celui de l'enfance, qu'un jour il faut quitter en grandissant. "Trésor abandonné sans regret, contrées à jamais inexplorées. Pour moi, le temps du Capitaine Brett était passé".
Un fabuleux livre d'images et d'aventures pour petits et grands rêveurs, à partir de 8 ans.
La Partie, 24.90 euros
Immense coup de cœur pour Leo Timmers et son Mimi et moi !
Depuis leur rencontre, Mimi et Lily sont inséparables. Elles prennent soin l’une de l’autre et partagent tout : les secrets, les moments de jeux, les longues promenades et surtout l’amour de la liberté. Leur complicité paraît indestructible… jusqu’à ce qu’un nouvel arrivant vienne bouleverser le duo. Mais après tout, ne dit-on pas que plus on est de fous, plus on rit ? L’amitié et la liberté ne se partagent pas, elles se multiplient !
Quel superbe album nous offre encore une fois l’illustrateur flamand Leo Timmers ! Pour ma part, je me réjouis toujours de plonger dans son univers à l’humour explosif : Ours et ses lunettes ou Le monstre du lac comptent d’ailleurs parmi nos coups de cœur incontournables pour les jeunes lecteurs dès 3 ans. Avec Mimi et moi, Leo Timmers s’adresse cette fois à un public un peu plus âgé (jusqu’à 5-6 ans, sans problème !) et explore des thèmes profonds comme le partage en amitié, le goût de la liberté et l’évolution des émotions au fil du temps.
La narration, qui se déploie sous des traits en noir et blanc, est entrecoupée de planches en couleurs d’une beauté éblouissante – sans mots mais d’une éloquence épatante. À chaque page, c’est l’émerveillement ! Et quel plaisir savoureux d’entendre les petites voix d’enfants (et d’adultes !) s’exclamer des « Wouaw ! » au long de l’histoire. Une lecture qui va vous transporter, c’est sûr et certain ! 😉
On n'a jamais fini de redécouvrir les classiques. Cet album vient nous le rappeler: Pinocchio a rarement été aussi joyeux, aussi espiègle, aussi parfaitement à hauteur d'enfant que dans les mots d'Imme Dros et les – somptueuses – images de Carll Cneut.
C'est d'abord pour un spectacle qu'Imme Dros s'est emparée de l'histoire de Pinocchio. Elle prend des libertés pour rendre le texte plus vivant et proche de nous. Quelques personnages disparaissent, les dialogues virevoltent, l'humour pétille. Carll Cneut, de son côté, rêvait depuis longtemps d'illustrer l'histoire du pantin de bois devenu petit garçon, une histoire qui l'avait accompagné enfant et qu'il souhaitait partager. Quand il découvre le texte d'Imme Dros, Carll Cneut sait qu'il a trouvé "son" Pinocchio. L'alchimie fonctionne à la perfection entre les mots de l'une et les images de l'autre.
La palette de Carll Cneut, chaude et vibrante, illumine le fond sombre des images. C'est tout un monde qui se déplie sous ses pinceaux, tantôt attrayant comme le chapiteau d'un cirque, tantôt étrange et inquiétant comme les silhouettes végétales et animales qui se découpent dans la nuit. Carll Cneut travaille en superposant les couches de couleur, et ses peintures ont une profondeur peu commune. En contrepoint, des crayonnés disséminés dans le texte marquent par leur grande force expressive. Le contraste entre les illustrations en pleines pages, qui débordent de détails et où la couleur éclate, et ces dessins esquissés en noir et blanc donne à l'album son rythme et sa vivacité. Carll Cneut est décidément un virtuose et s'inscrit dans la tradition des grands maîtres flamands de la peinture – on pense parfois à Ensor en tournant les pages de l'album, et parfois aussi à Bruegel.
La richesse des images dialogue à merveille avec le texte enlevé et subtil d'Imme Dros, magnifiquement traduit par Maurice Lomré. Narration et dialogues alternent avec grâce et fluidité. Les dialogues sont savoureux et souvent pleins d'humour, tout particulièrement lorsqu'entre en scène le duo du chat et du renard. Ainsi revisitée, l'histoire de Pinocchio retrouve fraîcheur et éclat sans rien perdre de la beauté complexe de ce grand récit initiatique.
Une merveille à partager d'une génération à l'autre.
Pastel - L'École des Loisirs, traduit du néerlandais par Maurice Lomré, 18 euros


