librairie
point virgule

Rue Lelièvre, 1 B-5000 Namur | Tél. : +32 (0)81 22 79 37 | info@librairiepointvirgule.be | Du lundi au samedi de 9h30 à 18h30

sorcire a la jambe dosL'avis d'Adrien : 

C’est un livre hénaurme mais il ne faut pas en avoir peur : un peu plus de 700 pages pour 52 chapitres, sa lecture vous prendra un peu moins de deux mois à raison de moins de 15 pages par jour et la satisfaction et certitude d’avoir lu un beau et grand livre, pas mal, non ?
On y parcourt le 19ème siècle croate avec l’histoire de la sorcière Gila qui à travers sa fuite en avant avec l’impératrice d’Autriche qu’elle doit faire avorter, vit bien des aventures, bien des tourments.

Želimir Periš nous embarque dans cette fresque haute en couleur – roman picaresque post-moderne et féministe comme le décrit justement l’éditeur – et joue avec nous, lecteur.ice.s, et parfois se joue de nous, par des changements de rythme, d’atmosphère, d’espace-temps. Chaque chapitre est introduit par un incipit sous la forme d’un poème ou d’une comptine nous annonçant la morale de ce que nous allons lire ainsi que d’un bref résumé des actions à venir.

C’est un roman pétillant, ludique, malin qui, avec des historiettes cocasses, rocambolesques, burlesques, assemblées comme un puzzle, par fragments, développe un discours moderne et fin sur la place des femmes dans la société, sur la couardise et l’autorité intempestive des hommes, sur les croyances aussi et les superstitions mais aussi et surtout sur la liberté, l’insoumission. btn commande

Un grand livre, dans tous les sens du terme !

Les éditions du Sonneur, traduit du croate par Chloé Billon, 27.50 €

amours manqueesL'avis de Maryse:

Des loupés, des ratés, des « amours manquées », il en existe certainement dans toutes les relations filiales… C’est le thème épineux que Susie Boyt scrute ici, et avec une délicatesse inouïe.

Ruth, professeure à Londres, a élevé seule sa fille Eleanor. À l’adolescence, cette dernière est partie en vrille, a glissé dans la toxicomanie et acté la rupture avec sa mère et, en quelque sorte, le reste du monde. Lorsqu’Eleanor a un bébé, dont le père s’évanouit lui aussi dans la nature, Ruth n’écoute que son instinct : elle s’efforce de renouer avec sa fille, retissant doucement le lien fragile, et garde l’enfant avec elle pour la protéger – elle finira par l’élever.

À travers les yeux de Ruth se déploie peu à peu, au fil des ans, le rapport bouleversant entre la grand-mère et sa petite-fille, une relation d’intense affection, nimbée de tendresse et aussi de non-dits.

La finesse psychologique avec laquelle l’écrivaine britannique – fille de Lucian Freud et arrière-petite-fille de Sigmund Freud – révèle les sentiments de ses personnages et transmet des émotions puissantes, en toute fulgurance, m’ont laissée médusée. Elle fouille profondément le lien maternel ainsi que le sentiment de culpabilité, réelle ou fantomatique, et s’interroge sur la possibilité de la seconde chance qu’offre parfois l’existence. Le sens du récit de Susie Boyt, qui manie l’ellipse et le portrait de l’instantané, est précis, cinématographique. Ses personnages – tous ! – sont éperdument attachants, et le lecteur s’approprie leurs ressentis. À vrai dire, ce roman est d’une beauté étourdissante. Un gros coup de cœur !

Il sera présenté en grande lecture le 31 août prochain, en clôture de l’Intime Festival, et interprété par le remarquable comédien Nicolas Maury qui, sans nul doute, saura incarner toute l’intensité et la tension qui lui sont inhérentes.

La Croisée, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Stéphane Vanderhaeghe, 22 euros.

Existe en format numérique ici.btn commande

La PommeraieL'avis d'Adrien : 

Du haut de ses 34 ans, Frith, jeune professeure d’université, nous raconte son enfance dans une cabane en rondins du Vermont où elle a vécu avec sa mère Hayley. Celle-ci grande traductrice de Li Xue, poétesse chinoise du temps de la Dynastie Tang a décidé de se retirer du monde académique et de la société urbaine en règle générale. Elle continue néanmoins à traduire patiemment cette poésie empreinte d’amour, de nature, de solitude et d’espérance. Dans ces grandes plaines vermontoises, mère et fille vivent chichement du peu de pommes – non conformes pour le marché – qu’elles cueillent et des quelques gallons de sirop d’érable qu’elles récoltent.

Frith observe cette période de sa vie avec le recul de l’âge adulte. Elle nous décrit tout un monde : leur chien Ours, le vieux pick-up surnommé Oliver, le club voisin de bikers, de tendres brutes, l’école un jour par semaine et enfin Rosie, une sculptrice qui elle aussi a fui la ville pour arriver dans ce bled du Vermont et débouler dans leur vie en venant compléter le duo. Frith se revoit reine de cette oasis préservée.
On est loin de la sauvagerie de "La rivière" et de la violence de "La constellation du chien", restent la poésie, la nature, l’amour et la légèreté engendrée par ces trois éléments réunis.

Et waouw, c’est beau, on y rit mais on doit bien dire aussi qu’on y fond en larmes et c’est le cœur à la fois gros de quitter Frith et sa galaxie et léger d’avoir fait sa connaissance.

Actes Sud, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, 22.50 €  btn commande