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10 jours dans un asileL'avis de Maryse:

Les trésors du fonds

Vous ne connaissez pas encore Nellie Bly ? Alors, lisez ceci !

Née Elizabeth Cochrane en Pennsylvanie en 1864, Nelly Bly s’impose comme l’une des grandes pionnières du journalisme d’enquête moderne. Bien avant que ces pratiques ne deviennent courantes, elle a initié des démarches journalistiques novatrices, souvent réitérées. Son parcours mérite absolument d’être redécouvert.

En 1887, à seulement 23 ans, elle est engagée au New York World du célèbre Joseph Pullitzer. Sa mission : s’infiltrer dans un asile psychiatrique pour femmes, le Blackswell’s Island Hospital, au large de New York. Déterminée, courageuse et subtile, elle simule la folie pour y être internée. Pendant dix jours, elle partage le quotidien de centaines de patientes.

De cette immersion naît un reportage explosif. Nellie Bly y dénonce des conditions de vie effroyables : froid, faim, négligence médicale, violences physiques et psychologiques. Elle révèle aussi l’arbitraire de certains internements, où la pauvreté ou l’isolement suffisent à faire basculer des femmes dans l’enfermement. Le compte rendu est épouvantable.

À sa publication, le récit provoque une véritable onde de choc et entraîne des réformes concrètes : amélioration des conditions dans plusieurs établissements et augmentation des financements publics à New York pour la prise en charge des patientes. Téméraire dans sa démarche, pragmatique et sincère dans son écriture, Nellie Bly a mis en lumière le sort des patients psychiatriques de l’époque, et réussi à faire bouger les lignes !

Ce succès lance sa carrière, le reportage en immersion devient sa marque fabrique, toujours au service de causes sociales. Très vite, d’autres s’inspirent de ses méthodes, qu’elle a contribué à inventer.

Pourquoi lire Nellie Bly aujourd’hui ? Parce que, en tant que journaliste et en tant que femme, au dix-neuvième siècle, elle a bousculé et redéfini les normes, et parce que son héritage est toujours vivant. Florence Aubenas, pour ne donner qu’un exemple, s’inscrit dans sa lignée. En 2009, elle s’était fait embaucher, via des boîtes d’intérim, dans une société de nettoyage de la région de Caen et, après six mois d’heures de ménage cumulées en vrac, en avait rédigé un témoignage sidérant : Le quai de Ouistreham (Éditions de l’Olivier).

Points, 6,95 euros.

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ritaaaL'avis d'Adrien : 

C’est le mois des Rita à l’école des loisirs !

Le hasard du calendrier fait que deux très chouettes publications de mars de cette maison d’édition portent dans leur titre le prénom Rita.
Les deux petites héroïnes sont brunes aux grands yeux, se ressemblent un peu mais n’ont pas les mêmes tracas.

La protagoniste de Simona Ciraolo ne se sent pas aussi parfaite que sa meilleure amie Rita. Quand toutes deux décident de dessiner un rhododendron, celui de Rita est parfait, celui de la narratrice semble contenir une tache. A partir de là, l’amie de Rita ne voit que ça, et sur ses vêtements, une tache, des taches qui l’empêchent de se concentrer, d’avancer, de parler. Heureusement, bien vite, elle va observer que les taches sont partout, pas seulement sur elle mais sur les autres et que ces taches ne sont pas des imperfections mais des particularités heureuses. Le changement de paradigme s’opère, ce qui peut sembler être des imperfections, rend la vie plus intéressante, plus belle.

Dans l’autre album, notre Rita, comme le dit le titre, s’ennuie. Elle baille, elle agite les bras, s’étire de tout son long, chante, chante en baillant, pense aux gens qui s’ennuient et qui baillent eux aussi, imagine leur nombre et finit par s’envoler avec eux. Ils atterrissent sur une île déserte, font des sculptures, montent un groupe, trouvent un trésor… Autant vous dire que quand on appelle Rita parce que la table est mise, le dîner est prêt, elle a d’autres chats à fouetter car, elle s’en rend bien compte : elle s’amuse énormément.

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Sainte Rita arrange toutes les causes, même les plus désespérées, et nous offre deux pépites !

>> « Ça n’arriverait jamais à Rita » de Simona Ciraolo, traduit de l’anglais par Maurice Lomrée, Pastel / Ecole des loisirs, 15 €

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>> « Rita s’ennuie » de Felicita Sala, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claire Billaud, Kaléidoscope / Ecole des loisirs, 14 €

eux dont les noms babb bandeau mémorableL'avis d'Anouk:

Vous ne connaissez peut-être pas encore le nom de Sanora Babb. Mais une fois que vous aurez lu Eux dont les noms sont inconnus, vous ne l'oublierez plus, c'est certain.

Vous n'oublierez pas non plus la famille Dunne et ses voisins, vous n'oublierez pas leur courage et leurs espoirs, leur abyssale solitude sous le ciel qui les couvre de poussière; vous n'oublierez pas le bruit des chariots, l'odeur de l'herbe et l'immensité des paysages. C'est que Sanora Babb est une grande, très grande écrivaine, capable de donner à ressentir, par la simple peinture d'un regard, d'un silence ou d'une variation de la lumière, toute l'étendue de la catastrophe humaine et climatique qui est au centre de son roman.

Dans les États-Unis des années 1930, la Grande Dépression avance en un long cortège de misères et d'humiliations. Au centre du pays, de l'Oklahoma au Kansas ou au Nouveau Mexique, une tragédie écologique vient s'ajouter au marasme économique et social: dans ces régions couvertes traditionnellement de prairies et que "le progrès" a converties à marche forcée en terres agricoles, le sol se rebelle. Conjugués à des années de grande sécheresse, les labours incessants ont rendu la terre si friable que de cauchemardesques tempêtes de poussière ruinent des milliers de familles d'agriculteurs. C'est cet épisode sombre que raconte Sanora Babb, en nourrissant sa fiction des récits de familles qu'elle a rencontrées, accompagnées, aimées.

Sanora Babb connaît bien ces terres du Midwest. Elle est née en Oklahoma en 1907 et a passé son enfance chez son grand-père, agriculteur pauvre du Colorado. Élève brillante, elle manque de moyens pour terminer ses études et travaille comme enseignante puis comme journaliste. Au moment du krash boursier de 1929, elle traverse une période de chômage et de misère noire, avant de travailler pour plusieurs magazines et journaux communistes. C'est dans le cadre d'un reportage qu'elle séjourne au camp de Kern, en Californie, où vivent des familles de fermiers déplacées. Parce qu'elles viennent souvent d'Oklahoma, on les appelle les Okies. "Un Okie, c'est moi. Pourquoi ça fait mal? Ce n'est qu'un petit mot, aussi petit que mon plus petit orteil. Pourquoi est-ce que je me sens tout seul? Et triste? Okie est un drôle de mot et un Okie c'est moi. Quelqu un de différent. Quelqu'un de moins bien". Sanora Babb va passer plusieurs mois dans ce camp, faisant l'école aux enfants et récoltant les témoignages de ces Okies méprisés et exploités, avec l'idée de leur consacrer, un jour, un roman.

Puis un matin de 1938, le directeur du camp la met en contact avec un écrivain de passage, un certain John Steinbeck. Sanora Babb déjeune avec lui et lui permet de prendre une copie de ses notes de terrain. Quelques mois plus tard paraît Les raisons de la colère. Les premiers chapitres du roman de Steinbeck font plus que s'inspirer des notes de Sanora Babb, sans que cela soit évoqué. Lorsqu'elle termine à son tour un roman, Sanora Babb ne réussit pas à le faire publier: le chef-d'oeuvre de Steinbeck ne laisse pas de place à un autre livre sur le sujet. Il faudra attendre 2005 pour qu'enfin Eux dont les noms sont inconnus soit publié aux États-Unis, et vingt ans de plus pour que, grâce aux éditions du Sonneur et à la traduction de Thierry Beauchamp, nous puissions le lire en français.

Se plonger dans Eux dont les noms sont inconnus est donc une façon de réparer une injustice littéraire, un cas flagrant d'invisibilisation d'une écrivaine de talent. Mais c'est surtout une immersion dans un territoire littéraire tissé d'empathie, de révoltes, de fulgurance. Assurément, Sanora Babb est une autrice Mémorable à plus d'un titre!

 

Éditions du Sonneur, traduit de l'anglais (États-Unis) par Thierry Beauchamp, 24.50 euros btn commande

Les chiens pirates et la course au trésorL'avis de Maryse: 

VICTOIIIIIIIIRE ! Les Chiens Pirates sont enfin de retour !

C’est jour de lessive annuelle sur le fier navire des Chiens Pirates. Alors qu’ils sont tous en petite tenue, ils découvrent qu’une passagère clandestine s’est glissée dans la cale. Et pas n’importe quelle passagère clandestine… c’est l’Infante d’Espagne en personne ! Lassée des robes à frou-frou de princesse et des courbettes de la cour royale, la fugitive au tempérament trempé prend le commandement de la bande de toutous, et les emmène à la recherche du trésor de l’empire d’Espagne, enfoui dans les tréfonds marins. En chemin, l’équipage croisera de curieux personnages, tels le célèbre Commandant Couchetard, Penelope Courge ou encore Aldo Pedromovar.

Cela dit, comme souvent dans la vie, des vents contraires peuvent forcer le destin et mettre le plus grand des corsaires face à la cruelle adversité. Nos Chiens Pirates parviendront-ils à déjouer le mauvais sort ?

Ne nous inquiétons pas trop car, après tout, n’est-ce pas eux les meilleurs, les plus redoutables pirates des mers du Sud, la terreur des cinq océans, la pire canaille ayant jamais navigué ?

Haut les cœurs, petits et grands lecteurs ! Larguez les amarres, hissez la grand-voile et en route pour la l’aventure… et des vagues de fous rires !

L'école des loisirs, 15 euros.btn commande

comme ta mèreL'avis de Maryse:

Un titre grinçant, telle une porte mal huilée qui s’ouvre avec peine sur l’histoire d’une lignée.

Le récit commence par un trajet en train de Bruxelles à Rotterdam, celui d’une jeune belgo-néerlandaise prénommée Debbie. À la demande insistante de son grand-père, elle part retrouver son père avec qui elle a coupé les ponts depuis une dizaine d’années. Pour cause, les multiples cures de désintoxication à l’alcool de ce dernier n’ont pu endiguer le marasme.

Dans le pays du nord se parle une langue et se respire une atmosphère dont Debbie veut s’affranchir, dans l’espoir illusoire d’échapper au déterminisme familial qui semble la rattraper sans cesse. Car, quand on retourne dans le passé, du côté paternel et maternel, apparait une troublante et terrible tendance à la répétition des comportements.

Dans Comme ta mère, la Bruxelloise Pieterke Mol déverse de la violence, du chagrin ravalé, des litres de vin cuvés, une colère acide, un découragement tenace… mais aussi une telle marée d’amour qu’on a envie de serrer chacun des personnages, de les réconforter. Son écriture, précise et incisive, faite de phrases brèves et frappantes, possède un remarquable pouvoir d’évocation. Les scènes surgissent comme des instantanés, des clichés de vie saisis sur le vif. Le texte a quelque chose de photographique — il est composé par une écrivaine-photographe.

Le ciel est bas et gris, le crachin glacial rince les corps, dans ce roman singulier et empreint de cette espèce de touch belge douce-amère. Sa lecture assèche la gorge, bouleverse, et continue longtemps de bourdonner dans l’esprit.

Noir sur Blanc, collection Notabilia, 22,50 euros.btn commande