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Un parcours quatre nages dans le bassin underground lorrain… c’est pour le moins inattendu ? Oui, mais on vous le promet plein de vivacité et d’énergie !
La narratrice de Lorraine brûle vit à Metz. Maman solo, elle jongle tant bien que mal avec son travail à une heure de train de chez elle, et l’éducation de son fils préado qu’elle a prénommé Tarzan. Elle enchaîne les visites à sa chère grand-mère centenaire qui occupe depuis toujours un coron d’une cité ouvrière, et les soirées punks improvisées dans des lieux alternatifs. Les gens qui l’entourent sont nombreux et bigarrés : anarchistes, queers, artistes, parfois précaires, parfois junkies ou aux pratiques sexuelles atypiques – ce sont des êtres qu’on ne regarde pas d’ordinaire, mais qui se débrouillent, en somme. On les côtoie avec elle, et on s’y attache, inspiré par leur avidité de liberté. Puis, la Lorraine, cette région désindustrialisée durablement pauvre – un décor qui n’est pas sans nous rappeler une certaine Wallonie – prend littéralement corps et « brûle de vie » sous la plume de Jeanne Rivière, ça sonne bien. Ce récit, en forme de patchwork versicolore, c’est un peu « Martine dans la vraie vie d’aujourd’hui » qui pousserait un cri de colère sociale, rigolerait aux éclats avec ses amies, aimerait passionnément son gamin, pleurerait toutes les larmes de son corps, s’arrangerait pour finir le mois, entretiendrait les liens tout en ne s’enfermant jamais dans rien. Une anti-héroïne contemporaine qui chercherait sans cesse des manières d’être au monde, éloignées des normes mais en phase avec sa réalité bancale.
Le premier roman de Jeanne Rivière est singulier, brut et punk. Son style est parfois drôle, toujours à fleur de peau. Dans tous les cas, on plonge dans ses eaux chaudes-froides pour en sortir revigoré !
Gallimard, collection Sygne, 19 euros.
Disponible en format numérique ici.
Il y a des jours où la vie n'est pas rose, des jours où l'on se sent seul et un peu triste. Ce sont des jours soucieux. Heureusement, lorsque Petit Bonhomme a un souci, il a des amis avec qui le partager. Quand on a des amis, les soucis ne s'attardent pas et la vie recommence à sourire.
Mais il arrive aussi que les amis ne soient pas là. Ce matin-là, quand Petit Bonhomme découvre son tout petit souci, il veut le partager à Noizeau, mais Noizeau est en voyage. Quant à Fourmi, elle est bien trop occupée, et Nescargot fait son marché. Alors le petit souci de Petit Bonhomme gonfle et gonfle encore. Il prend tellement de place que PLOP! il avale Petit Bonhomme tout entier.
Cette fois c'est sûr: il n'y aura personne pour consoler le chagrin de notre Petit Bonhomme. Enfermé dans son souci, il est devenu invisible aux yeux des autres.
Tellement invisible que ses amis s'inquiètent: Noiseau, Fourmi et Nescargot aimeraient revoir leur Petit Bonhomme. Les voici lancés à sa recherche.
La suite? Vous la devinez: des retrouvailles, des embrassades, de grands éclats de rire, un bon goûter et... tiens, mais ce fameux souci, où est-il passé?
Avec tendresse et finesse, le trait d'Ilheim Abdel-Jelil illumine les mots d'Alain Serge Dzotap pour raconter les émotions des tout-petits. Un album d'une grande douceur, pour accompagner les chagrins, les angoisses et les cœurs gros des enfants de 2 à 5 ans.
Pastel / L'École des Loisirs, 13 €
"C’est en écrivant que s’est enraciné en moi une sorte de pays d’encre, où les champs ensoleillés prolongent les hauts-fourneaux, où les vignes et les oliviers, perchés sur des terrils, dominent le temps et aussi la mort."
Dans la Belgique de l'après-guerre, on fait venir "des bras contre du charbon". Partout en Wallonie, terre de mines et de sidérurgie, les ouvriers italiens arrivent en nombre et affrontent l'exil, le racisme ordinaire, la dureté du travail, le ciel bas.
Le père de Giuseppe Santoliquido est adolescent lorsque ses parents s'installent dans la région de Liège. Il s'acclimate avec aisance à sa nouvelle vie. Élève modèle, maitrisant rapidement le français, il rêve de devenir avocat. Mais son père ne l'entend pas ainsi: puisqu'il ne peut offrir l'Université à tous ses enfants, aucun n'y aura droit. Gerardo courbe l'échine. Une lumière en lui s'est éteinte que rien, ni un mariage heureux, ni sa réussite professionnelle d'ouvrier devenu son propre patron, ne viendra raviver.
Après L'audition du Docteur Gasparri et L'été sans retour, le romancier belge Giuseppe Santoliquido délaisse les voies de la fiction: son Don du père raconte, avec pudeur et émotion, le destin d'un père dont il a mis du temps à démêler les parts d'ombre. À travers le destin de cet homme, il nous partage une histoire sociale de la Belgique autant qu'une réflexion très universelle sur le poids des héritages, le malaise éprouvé par un fils gravissant les échelons de la société, et la façon dont les blessures de l'exil s'insinuent d'une génération à l'autre.
Alors que son père est rattrapé par la maladie, Giuseppe Santoliquido retrace avec ce livre sa "cartographie intime". En cherchant à mettre des mots sur "l'irrésolu" qui a toujours habité sa relation à son père, il acquitte sa dette d'amour et de liberté.
Disponible en format numérique ici
Giuseppe Santoliquido présentera Le don du père à la librairie ce jeudi 9 avril à 19h30. Toutes les infos sont par ici
Ta promesse raconte de manière fort subtile les mécanismes de l'emprise à travers le récit d'une relation toxique.
Claire Lancel, écrivaine quinquagénaire renommée, tombe amoureuse de Gilles Fabian, homme de théâtre. Le couple, dont l'amour s'est soudé au-delà des expériences houleuses vécues respectivement par le passé, nage dans un bonheur épris de quiétude et de bienveillance. Les amants ne se promettent pas monts et merveilles, mais bien le respect de l'intégrité de chacun. C'est stable, c'est sain, bien que passionné. Toutefois, puisque, comme le dit Claire, "dans les livres, le bonheur lasse tout le monde", le lecteur attend la chute, annoncée par touches insidieuses, alors que l'atmosphère se tend doucement, en crescendo, jusqu'à l'asphyxie.
Et Camille Laurens de brouiller astucieusement les pistes entre le réel et la fiction, son personnage et elle-même - du moins ce que le public connaît d'elle-même - au point d'en troubler la lecture.
Dans ce roman, qu'on engloutit d'une traite, le métier à tisser la toile de l'ascendant psychologique fonctionne impeccablement, à l'instar des rouages aiguisés de l'écriture qui manoeuvre le lecteur tel un pantin.
Brillant.
Disponible en format numérique ici.
Dans les nouvelles de Jan Carson, on croise l'humanité tout entière: des coeurs tendres et des salauds, des enfants trop sages et de fieffés menteurs, des idéalistes et des âmes inquiètes. Qu'ils soient riches ou pauvres, protestants ou catholiques, ruraux ou citadins, ils ont une telle vérité, une telle universalité que vous pensez les avoir déjà rencontrés.
Jan Carson a grandi à Ballymena, dans un comté rural de l'Irlande du Nord. Son enfance et son adolescence coïncident avec la fin de l'époque des Troubles, cet euphémisme qui cache un conflit civil d'une rare cruauté. À travers ses romans (Les lanceurs de feu, finaliste des Prix Femina et Medicis étrangers et l'étonnant Les ravissements) et ses nouvelles, elle raconte sa terre et les gens qui l'habitent avec tendresse, malice et juste ce qu'il faut de cruauté.
Et ne vous étonnez pas de croiser au fil des pages une sirène, un fantôme, un bébé flottant au gré de la rivière: dans un pays marqué par tant d'années de violences, une pointe d'étrangeté et de surnaturel aident à affronter le réel.
Lisez Jan Carson: ses trois livres, tous remarquablement traduits par Dominique Goy-Blanquet aux Éditions Sabine Wespieser, sont absolument fa-bu-leux!
Traduit de l'anglais (Irlande du Nord) par Dominique Goy-Blanquet, éditions Sabine Wespieser, 23 euros