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là ou je me terre dawsonL'avis de Régis:

Caroline Dawson est morte très jeune, il y a tout juste un an. Elle était sociologue à Montréal.

En 2020, elle publiait aux éditions du Remue-Ménage ce texte bouleversant, "Là où je me terre", repris aujourd’hui par les Editions de l'Olivier.

Avec humour, noirceur, rage et ironie, Caroline Dawson tente de mettre en mots l’exil politique de sa famille, fuyant le Chili de Pinochet en 1986 et débarquant une nuit de Noël au Canada.

Elle a alors 7 ans et tout lui est inconnu: ce pays, cette ville, ce froid, cette langue. En de courts chapitres, vifs et enlevés, elle ne cache rien du déclassement, de la misère ordinaire, du racisme insidieux. Elle montre aussi le silence imposé, l’effacement progressif de sa fantaisie, sa fureur d’appartenir désormais à un monde qui n’est pas le sien.

Adoubé par Annie Ernaux et Didier Eribon, "Là où je me terre" est un texte indispensable.

 
Éditions de l'Olivier, 21 euros 
 
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serpent bleu serpent rouge tallecL'avis d'Anouk:

Qui vit entre dunes et collines, est de couleur rouge et manie à la perfection la contradiction? Mais c'est Serpent Rouge, bien sûr!

Et qui porte un sombrero, est tout bleu et adore par-dessus tout avoir le dernier mot? Vous avez deviné, je vous présente Serpent Bleu.

Il faut les voir, Serpent Rouge et Serpent Bleu, toujours à se disputer sur la forme des nuages ou la couleur du ciel. Ils ont beau se connaître depuis qu'ils sont tout petits, "ce 'est pas une raison pour voir les choses de la même manière". Inséparables et chamailleurs, les compères traversent le nouvel album d'Olivier Tallec en parallèle, mais jamais à l'unisson. Ils incarnent les petites disputes, les contrariétés, les hauts et les bas de l'amitié ou de la fratrie avec tant de justesse qu'on se reconnaît tou·te·s entre les pages!

Avec son graphisme inspiré et la palette toujours si riche d'Olivier Tallec, Serpent bleu serpent rouge est un album vitaminé et espiègle. C'est certain: vous avez gagné deux nouveaux copains!

 

Pastel/L'École des Loisirs, 16 eurosbtn commande

serpent bleu serpent rouge tallec 3serpent bleu serpent rouge tallec 4

roi et rien tallec0605L'avis d'Anouk:

Le nouvel album d'Olivier Tallec est une fable à l'humour doucement absurde pour réfléchir à la (sur-)consommation, aux jeux de pouvoir, et à cette question qui nous anime tous: où trouver le bonheur?
 
Chez notre petit roi, tout déborde, vraiment tout. Ses collections occupent toute la place et prennent tout son temps. Ah, c'est sûr, le roi ne manque de rien!
 
Mais quand on a tout, vraiment tout, que reste-t-il à désirer? Le Rien, précisément, ce Rien qui résiste à l'autorité du roi. Bien décidé à ne pas laisser Rien lui échapper, le roi se met en quête: où débusquer ce Rien insaisissable? C'est le début d'un long chemin, qui mènera peut-être à la sagesse.
 
Olivier Tallec n'a pas son pareil pour souligner, le sourire en coin, nos petits et grands travers. Est-ce vraiment dans l'accumulation des biens, dans l'asservissement de la nature, dans la quête du toujours-plus, que se cache le bonheur? "Le roi et rien" est un album joyeusement irrévérencieux qui déshabille le pouvoir et invite à la modération. On adore!
 
Pastel, L'École des Loisirs, 15 eurosbtn commande

nuit ravagée coverL'avis de Maryse:

Avec La Nuit ravagée, Jean-Baptiste Del Amo, qui figure parmi mes écrivains contemporains adulés, s’essaye avec brio au genre de l’épouvante et, plus que le maîtriser, il l’élève au rang de la haute littérature.

Ça se passe dans une petite ville de la lointaine banlieue rurale de Toulouse au début des années 1990. Entre clopes et mobylettes, une bande d’ados joue à se faire peur devant les films d’horreur de l’époque, qui sont depuis devenus culte. Puis, au fond de l’impasse du clos qu’ils habitent se trouve une maison abandonnée qui depuis toujours exerce une attraction étrange sur eux. Dès l’instant où ils en franchissent le seuil, leur vie bascule dans une autre dimension : celle où toutes leurs obsessions sont galvanisées au plus haut, et jusqu’à l’irrémédiable.

L’auteur jongle parfaitement avec les codes, les dispositifs littéraires et les multiples références propres au genre horrifique et franchement, le lecteur en vacille ! Mais aussi et surtout, bien au-delà des sueurs froides qu’il procure, le roman décrypte avec une impeccable finesse psychologique les ressorts de l’adolescence, ses contradictions, ses désirs exaltés et déçus, ses incertitudes, ses craintes, ses solitudes. Il dépeint aussi, et non sans une certaine mélancolie, cette génération 90 désenchantée à laquelle l’auteur appartient.

Voici une lecture intense que je ne risque pas d’oublier de sitôt. Et vous, oserez-vous pénétrer dans La Nuit ravagée et affronter ses ténèbres jusqu’à la dernière ligne ?

Gallimard, 23 euros.
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Disponible en format numérique ici.

la montagneL'avis d'Adrien :

La montagne, ça déborde. Il suffit d’emblée de voir les crédits d’édition écrits au pinceau par Valfret, ils ne tiennent pas en place, écument à la marge.
La montagne est un refuge ouvert sur l’extérieur, immense et terrifiant mais également apaisant, rassurant.
La montagne contient la sagesse et la révolte, nous élève physiquement, nous fait grandir mais nous fait aussi nous sentir tout petits. Un obstacle à surmonter et un lieu de réflexion.
Cette bande-dessinée est brute et douce à la fois et la montagne y est plus qu’un décor, c’est aussi une métaphore.
Trêve d’oxymores, il fallait bien un aussi beau et grand format pour la présenter cette montagne, et ses vaches, ses nuages, sa terre, les habitants minus et médiocres qui l’entourent, des silhouettes, à travers l’impressionnisme, l’abstraction parfois, des peintures de Valfret.

Par la voix d’un jeune garçon qui allie poésie, humour potache, lucide, grinçant, et phrases coup de poing, on y suit, dans un plan élargi, un village qui a déjà basculé dans la fin du monde, d’un monde, et dans un plan resserré, une histoire d’amour, un moment de vie de cet ado. Par le paysage, on explore les méandres des pensées de ce dernier, ses aspirations, ses tourments, sa libre oisiveté.
C'est rudement beau, magnifique même, c’est l'adolescence, ses corps maladroits en fusion et pleine confusion, ses espoirs aussi et ses désillusions, ça parle en sus de notre monde qui ne va pas très bien, comme on le sait, du monde paysan qui disparaît depuis tant d’années, sans qu’on se bouge vraiment, de la révolte qui gronde, prête à réellement sourdir. Qu’attend-elle donc !?

La nature et les hommes sont fragiles, la relation entre les deux trop peu réfléchie, cela donne un équilibre précaire parfaitement mis en lumière par les peintures de Valfret et le texte de Valfret accompagné par Comme le vent.

En bout de chemin, une conclusion implacable, à la Barry Lyndon, comme posée sur les cendres d’un champ de bataille : "Et les choses dressées, humaines et non humaines, n'auront pas d'autre choix que de s'enfoncer avec humilité dans le sol" suivi de “l’espoir était un poing serré dans une poche de pantalon” en quatrième de couverture.

Editions Frémok, 29 €btn commande