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L'avis d'Anouk :
Que dire du dernier roman de Jean Échenoz qui ne sonne pas comme une banalité absolue ? Que « 14 » est un chef d’œuvre de concision, puisque le romancier arrive, derrière un titre-programme aussi ramassé que son livre, à faire revivre la Grande Guerre dans tous ses aspects ? Que l’écriture est plus somptueuse que jamais, elliptique, tendue, brillante ? Que Jean Échenoz prend plaisir à mettre à mal toutes les institutions, l’Armée bien sûr, mais aussi l’Église et le mariage, et peut-être même la littérature ? Que pour le concentré de plaisir et d’intelligence romanesques offert par le premier chapitre de ce roman bref, on est prêt à échanger plusieurs centaines de pages lues ailleurs, tant cette scène d’ouverture est inoubliable ?
On pourrait dire tout cela et mille autres choses encore : Jean Échenoz n’épuise jamais notre admiration.
Alors on ne dira presque rien, juste deux mots : lisez « 14 » !
Éditions de Minuit, 12.50 €
L'avis d'Anouk :
"Là où j'ai laissé mon âme", le précédent roman de Jérôme Ferrari, l'avait installé parmi les jeunes auteurs qui comptent. Avec "Le sermon sur la chute de Rome", Ferrari confirme qu'il est décidément un auteur majeur de sa génération. Le roman est bref, mais vaste son ambition: le "Sermon" joue sur plusieurs registres, de la chronique familiale au roman à thèse, de l'évocation du passé colonial français à celle d'un café perdu dans un village corse. En reprenant ce café, deux amis d'enfance, jeunes philosophes, veulent y recréer le meilleur des mondes cher à Leibnitz. Ils ne savent pas, ou feignent ne pas savoir, que les mondes sont inéluctablement voués au pourrissement et à l'anéantissement. L'échec de leur projet était prévisible: Rome elle-même n'est-elle pas tombée?
Pourtant, le roman ne se complaît pas du côté des illusions déçues. On y croise des âmes fortes, refusant la fatalité avec conviction et énergie. On y trouve aussi une écriture puissante, audacieuse, tantôt solennelle et tantôt ironique. Une réussite!
Actes Sud, 19 €
PRIX FEMINA ETRANGER 2012
L'avis d'Anouk :
C'est à un choeur de femmes que Julie Otsuka donne la parole. De jeunes Japonaises, échouées à San Francisco au début du vingtième siécle pour y épouser des hommes qu'elles ont seulement (mais pas toujours) vus en photo. À ces exilées, loin de leurs familles, déracinées à jamais et souvent exploitées, aucun destin individuel n'est autorisé. Julie Otsuka fait éprouver avec force l'anonymat auquel elles sont vouées. Le "nous" qui rythme son livre, impersonnel, charrie ces trajectoires marquées du sceau de la tragédie.
"Certaines n'avaient jamais vu la mer" est un livre qui fait vaciller son lecteur. Au gré des chapitres s'égrennent de véritables morceaux de littérature, bruts, intenses, d'une puissance inouïe.
Un roman brillant et magnifique, oµ l'amotion est plus dense à chaque page.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Carine Chichereau
Phébus, 15 €

L'avis d'Anouk :
Il y a la rentrée littéraire, et il y a Toni Morrison.
Le dernier roman de l'immense romancière américaine vient de paraître aux éditions Bourgois. Un titre qui claque, 150 pages sans un mot de trop, une plongée frémissante dans les États-Unis des années 50 : "Home" est un chef d'oeuvre.
Toni Morrison écrit au couteau, rend justice à des personnages magnifiques et aborde avec délicatesse des thématiques déchirantes (la guerre, la perte, l'eugénisme). Mieux qu'un roman engagé, "Home" est un livre qui engage : il fait son chemin jusqu'au plus intime, et convoque autant l'intelligence du lecteur que sa capacité à s'émouvoir et chacun de ses sens. Toni Morrison n'assène rien, ne démontre rien, ne s'appesantit sur rien. Elle nous fait seulement éprouver, de l'intérieur, ce qu'est la ségrégation, ce qu'est une vie sans droits, et combien être un homme est une tâche exigeante, toujours à reconquérir.

L'avis d'Anouk :
Si l'on vous dit que vous croiserez dans Une partie de chasse un lapin plein de sagesse, des chasseurs malheureux, une femme adultère et une tempête apocalyptique, vous vous direz peut-être que le livre n'est pas pour vous. Mais parler des péripéties n'est rien, et ceux qui ont goûté au charme entêtant des livres d'Agnès Desarthe le savent bien.
Une partie de chasseest un roman tout à la fois doux et cruel, triste et fantasque, d'une profonde intelligence. Agnès Desarthe y sonde les profondeurs de nos âmes, et renvoie chacun à sa propre obscurité. Son livre fourmille d'histoires, mais plus encore de questions, de sens qui se dérobent, de clins d'oeil malicieux.
Éditions de l'Olivier, 16,50 euros