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Cette année, les éditions Esperluète fêtent leurs 30 ans.
L'occasion de revenir, tout au long de l'été, sur ce beau chemin d'édition et sur l'amitié tissée au long cours entre notre librairie (25 ans l'année prochaine...) et l'éditrice Anne Leloup.
Esperluète: le nom sonne comme un programme, celui de la rencontre et du dialogue. L'esperluette typographique, ce & que la maison vit comme "un lien, un trait d'union, un point de rencontre ou de départ", jette des ponts entre le monde de la littérature et celui des arts plastiques. Les livres déploient un espace entre les mots des écrivain·e·s et le regard d'artistes contemporains.
Esperluète, c'est aujourd'hui un catalogue riche de plus de deux cents livres, qui se partagent entre une dizaine de collections à dominante tantôt littéraire, tantôt graphique.
Du haut de ses 34 ans, Frith, jeune professeure d’université, nous raconte son enfance dans une cabane en rondins du Vermont où elle a vécu avec sa mère Hayley. Celle-ci grande traductrice de Li Xue, poétesse chinoise du temps de la Dynastie Tang a décidé de se retirer du monde académique et de la société urbaine en règle générale. Elle continue néanmoins à traduire patiemment cette poésie empreinte d’amour, de nature, de solitude et d’espérance. Dans ces grandes plaines vermontoises, mère et fille vivent chichement du peu de pommes – non conformes pour le marché – qu’elles cueillent et des quelques gallons de sirop d’érable qu’elles récoltent.
Frith observe cette période de sa vie avec le recul de l’âge adulte. Elle nous décrit tout un monde : leur chien Ours, le vieux pick-up surnommé Oliver, le club voisin de bikers, de tendres brutes, l’école un jour par semaine et enfin Rosie, une sculptrice qui elle aussi a fui la ville pour arriver dans ce bled du Vermont et débouler dans leur vie en venant compléter le duo. Frith se revoit reine de cette oasis préservée.
On est loin de la sauvagerie de "La rivière" et de la violence de "La constellation du chien", restent la poésie, la nature, l’amour et la légèreté engendrée par ces trois éléments réunis.
Et waouw, c’est beau, on y rit mais on doit bien dire aussi qu’on y fond en larmes et c’est le cœur à la fois gros de quitter Frith et sa galaxie et léger d’avoir fait sa connaissance.
Actes Sud, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, 22.50 € 
Le roman oscille entre deux histoires de vies – celle d’une mère et celle de sa fille – et entre deux époques. Il démarre aux heures bleues de l’aube, dans l’est australien de 1973. Une jeune femme, accompagnée de son nourrisson, fuit la brutalité de son mari et prend la route de la chaîne des Blue Mountains, lieu des rares moments de joie de son enfance. L’angoisse est palpable, la course effrénée, mais la quiétude et la consolation semblent attendre au bout du chemin. Au fil des pages et du long voyage, l’histoire de cette femme est dépeinte par touches, et le puzzle de sa vie se construit sous nos yeux : une enfance malheureuse au sein d’une famille dysfonctionnelle, suivie d’une jeunesse sur voie de reconstruction jusqu’à la rencontre avec lui, le sanguin, le pernicieux, le toxique, et à la naissance du bébé, un soleil éclatant dans l’obscurité.
33 ans plus tôt, sa mère rencontrait un jeune soldat en partance pour la guerre qui, complètement brisé à son retour, deviendrait pourtant un jour père. De la même façon, le parcours de vie de cette femme se déploie doucement, avec subtilité, jusqu’à ce que le lecteur en découvre les stries profondes.
Le bleu est la couleur la plus rare est un roman d’une grande sensibilité, qui décrypte avec nuance la relation d’une mère et de sa fille. Sarah Schmidt, dont le talent de conteuse est indéniable, y interroge les effets du poids du silence et l’héritage des traumas à travers les générations. Elle y explore habilement les mystères tacites des liens familiaux et plus singulièrement des liens maternels. Ses personnages sont délicatement brossés, leurs ressentis paraissent plus vrais que nature et l’empathie qu’ils suscitent marquent l’esprit du lecteur.
Voici un texte empreint d’une englobante mélancolie bleue, ce qui n’empêche pas son intrigue d’intensément rebondir – rappelant ainsi au lecteur un peu rodé les tout bons romans de Laura Kasischke.
Rivages, traduit de l'anglais (Australie) par Mathilde Bach, 22 euros. 
Pour le narrateur, tout s'agglutine autour d'une dorsale ferroviaire menant de Naples au Grand Nord. Quarante ans d'errance le long de cette ligne, de lieux régulièrement revisités, de rencontres furtives de femmes, de commerçants, de rabbins. Et deux quêtes envahissantes: retrouver des objets de culte juifs, des livres anciens disséminés un peu partout après le désastre, et surtout venger sa mère et son père creullement assassinés par un nazi. Ces deux buts donnent-ils vraiment sens à une vie? La vengeance apaise-t-elle de l'irréparable?
Éditions de l'Olivier, traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti, 21.50 euros
L'Irlande doit être l'un des rares pays où une fête d'ampleur nationale est née entre les pages d'un roman.
Chaque année en effet, le 16 juin, le pays célèbre le Bloomsday en l'honneur de Leopold Bloom, héros du mythique Ulysse de James Joyce.
16 juin 1904: c’est cette date dans la vie de Leopold Bloom que raconte Ulysse de James Joyce. Un roman vertigineux qui a rendu cette journée inoubliable.
Le 16 juin est devenu au fil du temps une fête fameuse au cours de laquelle les passionnés de Joyce, les amoureux de littérature et l’Irlande tout entière célèbrent Ulysse. Le Bloomsday est désormais la fête irlandaise la plus célèbre après la St Patrick. Ce jour-là, il est de coutume de partir sur les traces de Leopold Bloom à travers Dublin, de manger les mêmes choses que lui (ah, les rognons au petit-déjeuner !), de chanter ses chansons préférées... si possible en portant une tenue 1900. Et puis bien sûr, c’est le jour idéal pour se plonger dans Ulysse.
Lire la suite : Fêtons le Bloomsday et la littérature irlandaise!