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Un couple désire un enfant, de façon très ardente du côté de la jeune femme. La chambre du bébé est prête et la colère survient si le compagnon y entrepose des choses qui ne créeraient pas un accueil favorable à l’enfant à venir.
Cet enfant ne vient malheureusement pas, le ventre reste vide. Comme si leur métier de glaneurs (noisettes, champignons, prunelles...) et donc non producteurs faisait qu’ils n’étaient pas dignes de produire leur propre “petit fruit”.
Déboule alors dans leur vie un homme, étrange, mutique, inconnu, qui prétend connaître la femme et, le couple a beau le renvoyer, l’abandonner en rase campagne, il revient incessamment à eux. Il s’installe comme une présence à la fois absente et encombrante et même enveloppante, portraiturant sans cesse la jeune femme.
Vous l’aurez compris, de grandes métaphores sont à l'œuvre dans ce bref roman qu’on lit d’une traite mais rien n’est trop appuyé, tout y est délicat, poétique, sensuel, un peu effrayant aussi.
Cela fait quinze ans que Marion Fayolle nous enchante de ses illustrations - autant de personnages virevoltants dans des cases sans paysages - et, après son premier roman “Du même bois” sorti il y a deux ans et que nous avions adoré, elle nous prouve que son talent continue à s’étendre aussi au monde littéraire.
Gallimard, 16 €
En 1942, Francis Ponge vit à Roanne. C’est dans cette ville alanguie de la zone libre que l’ont mené les péripéties du début de la guerre. Il s’y ennuie et, vivant de peu, accepte de tenir une chronique sur la vie locale qui paraît dans le journal lyonnais Le Progrès. Ce sont ces billets, instantanés d’un pays qui s’installe dans la guerre, la peur, les privations, qui paraissent aujourd’hui dans la jolie collection Les essentiels des éditions Fario.
Ponge est membre du Parti communiste et ne va pas tarder à prendre une part active dans la Résistance. Mais ce qui se lit dans les "Billets hors sac" n’a rien à voir, semble-t-il, avec ces engagements. Non: ici, c’est l’ordinaire que l’on lit, le quotidien, les files devant les magasins vides, le marché noir, les problèmes de logement. Dans un format très court, le poète raconte avec malice le prosaïsme de la vie provinciale, ses rumeurs, ses mesquineries. Autant de petites scènes tout en allusions et en ironie, où "l’auteur de ces lignes" se joue de la censure.
Ces billets vifs et subtils, "petits crépitements facétieux" ainsi que les décrit Paule du Buchet dans sa préface, on les lit pour leur intérêt documentaire. Ils dressent un portrait de la France en guerre, de la débrouille généralisée, des estomacs vides, de l’attente angoissée que quelque chose arrive. Mais ces billets, dans leur brièveté, ne manquent pas non plus d’intérêt littéraire. Alors que paraît cette année-là Le parti pris des choses, recueil emblématique s’il en est du dessein artistique de Francis Ponge, les "billets hors sac" disent eux aussi combien l’attention à l’ordinaire, au réel parfois trivial et parfois exaltant est bien la marque du poète.
"Ici, comme ailleurs, c’est en bricolant avec ingéniosité et bonne humeur qu’on attend, sans désespérance, la fin du grand cauchemar".
Éditions Fario, 13.50 euros
Et ne vivons-nous pas chaque jour une vie entière ?
Dans la lumière de ces mots d’Etty Hillesum, Timothée de Fombelle offre un roman incandescent, qui ramasse en 80 pages à peine toute l’intensité d’une vie.
Paris,1942. Claire a 19 ans. Chaque semaine, depuis 13 mois, elle rejoint à 17 heures précises un appartement où elle tape des "Feuilles volantes", le courrier d’un réseau de résistance que vient lui dicter celui que l’on surnomme Blanche, le chef de ce réseau. Chaque semaine, depuis 13 mois, Claire est ce tout petit rouage dans la grande chaine de la Résistance. Elle n’a pas peur, et elle connaît les consignes: s’enfuir si Blanche est en retard, ne rien laisser derrière elle.
Puis vient ce jour où Blanche n’est pas au rendez-vous. Elle l’attend. Les minutes s’égrènent, deviennent des heures puis toute une nuit. Malgré le danger Claire ne part pas. C’est qu’elle aime Blanche, en secret mais avec feu. Elle ne peut se résoudre à penser qu’il a été arrêté, que le réseau est tombé. Alors toute la nuit elle écrit. Elle fait courir les mots sur les touches de sa machine Royal, des mots qui racontent la vie entière que Blanche et elle pourraient connaître – l’amour, les enfants, les vacances, le quotidien, les sensations. «Je cours loin devant moi. J’invente l’endroit où nous attend tout ce qu’on ne vivra jamais. Il est minuit. J’écris vite parce que les lignes sont des années».
L’extrême brièveté du texte nous laisse croire qu’il est écrit le temps de cette nuit, dans la tension et la ferveur, dans la brûlure de l’attente et d’un présent terrible. Hommage poignant à la force de l’imagination, La vie entière raconte comment une femme résiste par les mots, s’évade par les mots, et par les mots se révèle infiniment vivante.
« J’ai des souvenirs d’avance. Je les écris dans le désordre, très vite, pour rester vivante. Quand ils n’ont pas encore existé, je les invente. »