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parcours navelL'avis d'Anouk:

Georges Navel, cela rime avec fraternel. Et aussi avec essentiel.

En refermant Parcours, on a le sentiment de quitter un ami. Quelqu'un avec qui l'on a partagé un bout de chemin, des joies petites et grandes, des espoirs et des révoltes. Il faut rendre grâce à la collection L'Imaginaire qui nous permet de lire ce texte de 1950, pourtant de plain-pied avec tant de questions d'aujourd'hui, et de (re)découvrir un auteur étonnamment méconnu.

Treizième enfant d'une famille lorraine, Georges Navel grandit dans un monde pauvre mais aimant, où l'on cumule mille petits métiers pour joindre les deux bouts. Les idées circulent, notamment grâce à un grand frère syndicaliste et libertaire. Quand arrive la Grande Guerre, Georges a dix ans à peine et séjourne quelques mois en Algérie où la Croix-Rouge recueille des enfants vivant dans les zones de front. Puis c'est l'installation à Lyon, et à douze ans le début du travail, le clic-clac incessant des machines de l'atelier ou le froid des chantiers: "la vie ordinaire n'est que la vie ordinaire".

Dès l'adolescence, la vie de Georges Navel est une suite effrénée d'expériences, de va-et-vient d'un travail à un autre, d'une ville à une autre, d'une grève en usine à un été dans les Pyrénées. Il raconte cela avec élan et ferveur, toujours curieux de voir plus, de changer sa focale, de rencontrer l'autre. 

Et puis il y a chez lui une vraie aptitude à la joie, à saisir la beauté où qu'elle soit et même quand les temps sont durs – ainsi dans ces lignes de 1939: "Une fois, en fermant les yeux face au soleil, sous le chaud voile rouge des paupières, rien qu'un court instant j'avais tout oublié, la guerre, la batterie, la servitude, et peut-être bien que j'étais un homme absorbé uniquement par la sensation du soleil sur les paupières (...). J'habitais un corps sans dimensions, une vie sans histoires. Je n'étais plus que le chaud voile qu'avait plaqué sur mes paupières un peu de soleil, un peu de chaleur d'éternité. Dix secondes, pas plus. J'éais revenu de là joyeux comme si j'avais pu abolir à volonté tout lien de servitude avec la guerre".

De Georges Navel, deux autres livres ont récemment été republiés: Passages aux éditions de l'Échappée et Du côté des abeilles dans la collection Le Sentiment Géographique chez Gallimard.

Gallimard, L'Imaginaire, 13 eurosbtn commande

voyage a paimpol letessierL'avis d'Anouk:

Une lecture pétillante, un concentré d'audace et d'insoumission, une ode à la vie large, au ciel breton, à la liberté: il y a tout cela dans ce roman bref. Le voyage à Paimpol est un livre ébouriffant et subversif, tout de souffle et de colère. Un de ces livres qu'on n'oublie pas et qui, bien que vieux de plus de quarante ans, garde une fraîcheur et une jeunesse à toute épreuve.

Dorothée Letessier peint une héroïne qui lui ressemble, intrépide et insoumise. Ouvrière à Saint-Brieuc, Maryvonne épuise ses trente ans dans un travail sans intérêt. Et quand la chaîne s'arrête, c'est la maison avec ses autres asservissements – les tâches ménagères toujours à recommencer, un couple qui s'use, un enfant, tous ces attachements "si forts qu'ils m'étouffent".

Alors un matin, par lassitude ou par flamboyance, Maryvonne grimpe dans le bus qui mène à Paimpol. Quarante kilomètres à peine, mais ce voyage-là va la changer plus profondément que les aventures dites héroïques de bien des écrivains-voyageurs.

À Paimpol, Maryvonne s'offre une chambre d'hôtel. Et dans cette chambre elle prend un bain. La parenthèse dure vingt-quatre heures, c'est assez pour se réapproprier un espace intérieur. "Je me dérange": cette escapade, elle remet en question l'ordre établi. L'ordre social, l'ordre des hommes, l'ordre de la famille, tout cet entrelacs de convenances et d'obligations tellement intégré aux corps et aux esprits des femmes qu'il faut le panache d'une Maryvonne pour s'en émanciper. 

Mais au terme de la parenthèse il y aura pour Maryvonne le retour à la maison. La réalité revient en cruel boomerang et la fin du voyage prend un goût amer: "mais il faut croire que c'est en moi aussi que vivent les chaînes. Je n'ai rien appris et je reviens à mon port d'attache". Pour autant, Maryvonne l'ouvrière aux vastes rêves aura dilaté l'espace autour d'elle et en elle, et c'est déjà une victoire à savourer.

Dédié "aux ouvrières de Chaffoteaux" (l'usine qui employait Dorothée Letessier), "Le voyage à Paimpol" est un livre qui met en mouvement et offre le "bol d'air" que réclame Maryvonne. Résolument féministe et politique, il n'assène pas de leçon mais fait le pari de la fantaisie et de l'imagination pour mener les révoltes les plus essentielles. C'est un cadeau de découvrir aujourd'hui un livre de 1980 qui nous parle si bien d'aujourd'hui.

Gallimard, L'Imaginaire, 12 eurosbtn commande

 

peau de louve mabardiL'avis de Régis:

Raconter. Quoi ? Comment ? Le monde est en morceaux.

Il appelle un récit qui répare les peaux.

Une histoire à conter quand le dehors est sombre.

Peau de louve ou l’histoire d’une enfant qui aime à se travestir, « changer de peau » au gré de son imagination. Et qui se tisse une peau de lumière avec les histoires qu’elle a lues, entendues, inventées.

Le temps passe, la fillette est devenue jeune fille, et cette peau si précieuse se fait grignoter par le désir des autres. Il faudra une grande force instinctive, reliée à un souvenir d’enfance, pour fuir la violence urbaine et s’enfoncer en forêt. C’est de cette expérience d’ensauvagement que pourra renaître une autre forme de vie et de rapport au monde et aux mots.

Au croisement du récit, du conte et du théâtre, Peau de louve est né de la rencontre entre Veronika Mabardi et Edith Van Malder, qui a porté ce texte à la scène avec sa compagnie Théâtre Cœur de Terre.

Peau de louve est porté par la langue forte de Veronika Mabardi, qui choisit ici une écriture en vers. Ses alexandrins, clin d’œil au « grand répertoire français », ont une modernité sublime, qui inscrit d’emblée son propos dans le merveilleux et l’universel.

Le livre est accompagné de peintures d’Alexandra Duprez qui entrent en parfaite résonance avec cette histoire de retour à la nature.

Veronika Mabardi a publié plusieurs livres aux éditions Esperluète, notamment le bouleversant Sauvage est celui qui se sauve.

Esperluète, 14 eurosbtn commande