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automne 23Nous sommes heureux de vous présenter les rencontres qui ponctueront l'automne à la librairie. Elles reflètent nos coups de cœur de cette rentrée littéraire et dessinent une cartographie sensible où il est question de transmission, de liens, de quête de vérité et de beauté.

Nous vous reparlerons bientôt de chacune de ces rencontres, mais notez déjà les dates de rendez-vous:

- ce vendredi 22 septembre à 19h30, nous accueillerons Éléonore de Duve à l'occasion de la parution de son premier roman, Donato, paru aux éditions Corti.

alors on chante jadoulL'avis d'Anouk:

Grand Lion se réjouit: "Aujourd'hui, c'est une journée spéciale!" Grand Lion a l'humeur à la fête, il veut chanter, il veut danser. Mais ses amis se défilent: pas le temps, trop de choses à faire! Et Grand Lion se morfond – c'est tellement triste de s'ennuyer tout seul le jour de son anniversaire...

Mais nous, nous avions deviné: nous avions vu les indices de la fête cachés page après page. Nous avions vu que Lapin et Oiseau, tout comme l'écureuil et la grenouille, cachaient leurs cadeaux. Nous sommes les complices d'un joli secret: HEUREUX ANNIVERSAIRE, GRAND LION!

Alors oui: c'est une journée spéciale et la fête sera à la hauteur de l'amitié qui circule parmi cette joyeuse bande.

Alors, on chante? est un album pétillant et chaleureux. Il est aussi sacrément tourbillonnant. Le mouvement de la crinière, la course des amis pour cacher leurs préparatifs, le déhanché des danseurs: le trait d'Émile Jadoul transmet une énergie contagieuse. Danserez-vous aussi?

Et puisqu'avec Émile Jadoul la joie se partage, voici que paraît un livre d'entretiens menés par Laurence Bertels et offert par les éditions Pastel. Émile y ouvre les portes de son atelier, nous dévoile ses souvenirs, ses secrets de création, la magie qui préside à la naissance d'un album. L'occasion rêvée pour (re)plonger dans une oeuvre qui tisse de magnifiques liens avec ses petits lecteurs.

L'École des Loisirs - Pastel, 13 €

 

chateau des rentiers desartheL'avis d'Anouk:

Un gâteau aux noix. C'est la recette que réclame Agnès Desarthe à sa grand-mère qui n'a pas son pareil pour le réussir. Alors la grand-mère énumère: il faut des œufs, et puis de l'huile. Un peu de farine, un peu de sucre. Mais attention, les "un peu" ne sont pas toujours les mêmes, un gâteau c'est bien autre chose qu'une recette – il y entre de l'amour, de l'inattendu, de l'imaginé.

Les livres d'Agnès Desarthe sont des gâteaux aux noix. On y trouve des ingrédients que l'on croit connaître. Ils s'ajustent à merveille, c'est là la virtuosité d'une autrice qui a tant lu, tant traduit, écrit tant de livres essentiels. Mais ce qui fait leur saveur exquise, leur goût sans pareil, leur profondeur et leur joie effervescente, cela nous échappe, à nous ses lecteurs. Le surcroît de vie et d'intelligence qu'Agnès Desarthe distille page après page ne vient d'aucune recette. Et c'est tant mieux.

Ce Château des Rentiers qu'elle publie en cette rentrée est un roman délectable. N'y cherchez pas un fil, il y en a mille, qui scintillent dans un tissage si élégant et singulier qu'il ne faut surtout pas les démêler. Une chronologie? Mais non: c'est un roman sur le temps et les générations, on y a successivement 3 ans et puis 37, 80 qui redeviennent 22, on est un bébé à naître et une danseuse de 95 ans. Un sujet? Tout y est: la naissance et la mort, le désir, la maternité, l'utopie, le rire et la douleur, l'ordinaire et l'indicible, les amis, la mémoire, l'imagination. Peu de livres attrapent la vie avec autant d'élan et de liberté que ce Château des Rentiers.

Alors, allons-y. Avec l'Agnès Desarthe de 50 ans, entrons dans l'ascenseur d'une tour du XIIIe arrondissement, dans cette rue du Château des Rentiers sans château ni rentiers. Notre guide est une Agnès de 8 ans. Elle va rejoindre ses grands-parents qui vivent là, qui vivaient là, qui y seront encore dans cent ans peut-être. Avec eux leurs amis. Tous âgés, tous venus de l'Est et rescapés de la Shoah, tous communistes. Ils sont vieux mais entre eux "la jeunesse n'avait pas cessé de circuler". Tsila et Boris, Tania et Froïm, et Marianne, et Madame Grobo, ces survivants qui ont laissé la mort derrière eux sont jeunes pour toujours. Alors l'Agnès de tous les âges puise dans ses souvenirs de la tour-phalanstère pour inventer une nouvelle manière de vieillir, ensemble et joyeusement. Et qu'importe si la mémoire est parfois de guingois, parfois pleine de trous, parfois fantasmée: "En écrivant, je me souviens de tout. Je fais semblant de me souvenir de tout. Peut-être est-ce la même chose. Exactement la même chose".

La fantaisie d'Agnès Desarthe nous entraîne dans un vertigineux voyage, un tourbillon de sensations, d'émotions, de réflexions. Le Château des Rentiers est "un réservoir inépuisable de réconfort et d'interrogations". Ses portraits, ses dialogues, son humour facétieux, les devinettes qui le ponctuent et les rencontres magnifiques qui s'y nouent créent un parfait précipité d'humanité et de félicité.

Vous reprendez bien une part de gâteau?

Éditions de l'Olivier, 19.50 euros

Éditions Points, 7.90 euros, disponible ici

Disponible en format numérique icibtn commande

 

 

sacha1 de moteNous vous donnons rendez-vous ce samedi 9 septembre à 10 heures 30 pour une dédicace rugissante!

Joëlle Passeron et Alexandre De Moté sont nos invités pour une matinée festive autour de leur SACHA, un adorable tigrou, jeune héros d’une nouvelle série BD éditée chez Glénat Jeunesse.


Sacha vit avec ses parents dans la jungle. Sa mère Manu, est championne de karaté,

donato de duveL'avis d'Anouk:

Au commencement, il y a le ciel. Un ciel qui se peint tout seul, de la lumière ardente aux ombres profondes de la nuit.

Au commencement, il y a une pierre. Arrachée à un toit, elle roule et dans son élan emporte tout, se poudre de la poussière des chemins puis se brise en éclats d’argent.

Donato est ce ciel. Donato est cette pierre. Et Éléonore de Duve lui offre l’écrin d’un fascinant premier roman.

Donato s’ouvre dans la lumière des Pouilles. À Cisternino, la vie ressemble à une élégie antique – paysage immémorial de collines se jetant dans la mer, de villages cramponnés à une terre âpre, d’une lumière obsédante qui partout s’infiltre. La terre est baignée des larmes de ceux qui sont partis chercher fortune en Amérique. Elle nourrit chichement ses enfants : il y a la pauvreté véritable, l’indigence difficile à concevoir.

C’est là que naît Donato. Là qu’il grandit dans l’affection de la vieille Lucia, dans l’abandon aux sensations, dans la fatigue d’un labeur incessant. Sa vie est une vie de peu, une parmi tant d’autres, une vie où il n’y a pas de place pour trop de mots. Dire ce que c’est qu’une vie, ce que c’est que cette vie-là, c’est la quête de Clio, la petite-fille de Donato. Avec une conviction, voire une éthique (...), empreinte à la fois de naïveté et d’intégrité, Clio prête ses phrases au grand-père taiseux. Elle invente pour lui, sous le ciel vaste des Pouilles, un lieu où il a pu grandir heureux.

Mais il était écrit que Donato quitterait ce paysage. La vieille Lucia le savait, l’espérait presque – un avenir loin de la faim, de la poussière, de la fatale répétition des jours. Lorsqu’en 1946 un recruteur passe au village, proposant aux jeunes hommes du travail dans les mines en Belgique, elle pousse son Donato au départ, tellement contente en même temps que si triste.

Et le livre bascule, quitte les monts bucoliques pour les terrils du Hainaut et les ciels bas. Donato apprend une nouvelle vie, une nouvelle langue (Il fallait tordre les mots afin qu’ils entrent dans la gorge et parfois, ça grattait). Sisyphe ouvrier, il descend dans les tréfonds, là où le noir aiguise le regard et affine l’attention. Dans le noir, la force de l’esprit est poussée à son comble. Clio l’accompagne là aussi, cherche à tâtons à esquisser des sensations, des gestes, une mémoire. Elle le doit bien à ce grand-père qui, à défaut de son histoire, lui a transmis l’essentiel : une façon d’habiter le monde.

La quête des origines de Clio se coule dans le flux de la langue d’Éléonore de Duve. Une langue éminemment singulière, vive et précieuse, qui signe une retentissante entrée en littérature. Donato est un livre d’invention, comme on appelle inventeur celui qui exhume des trésors enfouis : le roman creuse au plus profond et remonte à la surface des émotions, des tremblements, des sensations. Une matière éminemment sensible filtrée par une écriture rare, joueuse, qui ose la flamboyance et le lyrisme tout en restant limpide. Il y a dans Donato la beauté des premières fois et une confiance dans les pouvoirs infinis de la littérature. Comme son personnage, le livre est constitué d’épaisseurs et de manques, telle la vie, du reste, avec les souvenirs qu’elle nous concède. 

 

Éditions Corti, 21 €btn commande