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L'avancée de la nuit est, avant tout, une somptueuse histoire de rencontre, de désir et de flamboyance. L'amour de Paul et Amélia étincelle avant de s'éclipser avec la même inéluctabilité qu'il s'était imposé. Mais un tel amour n'est pas fait pour s'éteindre. Il infiltre tout des vies, se transforme, renaît et disparaît de nouveau. C'est un amour à contretemps, toujours présent, toujours fuyant. Comme un flamme on ne peut le figer. Et quand sonne l'heure des bilans, pour Paul comme pour Améia, il est l'unique certitude.
L'amour de Paul et Amélia infuse, infiltre, circule. Et ce mouvement, il est déjà présent dans le titre du roman. L'avancée de la nuit, c'est l'époque sombre dans laquelle se débattent Paul, Amélia et tous les autres personnages de cette fresque ambitieuse. La nuit qui avance, c'est la guerre qui s'empare des villes, Sarajevo où disparaît la mère d'Amélia, Paris où grandit sa fille Louise, "une ville terrifiée, paralysée par son propre reflet morcelé sur une multitude d'écrans de surveillance dont aucun pourtant ne sut prévenir les attaques foudroyantes". La nuit qui avance, c'est la peur qui s'engouffre dans tous les interstices, collectifs et intimes, cette peur qui est une émotion si bien partagée et si irréductible à chaque individu.
Mais la nuit, qui est à la fois un lieu et un moment, est aussi le monde de l'ambivalence. Elle peut être porteuse de fête, d'amour et de beauté, d'ardeur et d'allégresse. Et l'avancée de la nuit sonne comme une promesse, celle de l'aube et de la lumière. Aussi L'avancée de la nuit n'est-il pas seulement le roman de nos temps obscurs: il porte en lui l'idée d'un monde à reconstruire et d'une génération, celle de Louise, qui n'a pas honte de son optimisme.
C'est là sans doute ce qui fait toute la puissance du roman: il faut penser contre l'époque, il faut croire que la beauté, et l'art, et la littérature, peuvent nous consoler de la noirceur du monde et même la réparer, en inventant de nouveaux chemins. En nous entamant avec autant de puissance que le monde nous entame.
Jakuta Alikavazovic, que le magazine Lire vient de désigner "Révélation française de 2017", éblouit avec ce roman intensément contemporain. Une merveille!
Les deux sœurs écrivaines Anne et Claire Berest nous emmènent au cœur du destin de leur arrière-grand-mère Gabriële, décédée en 1985 à 104 ans.
Gabriële Buffet possède un don pour la musique et en ce début de 20e siècle il est difficile pour une femme d'accéder au titre de compositrice. Elle y arrivera cependant, mais abandonnera tout lors de sa rencontre avec le peintre Francis Picabia, esprit indépendant et jouisseur. À deux, ils vont se confronter à tous les mouvements avant-gardistes de l'époque. Ce couple sulfureux sera proche d'Apollinaire, de Marcel Duchamp, de Dada.
C'est un récit foisonnant, révolutionnaire que nous offfrent Anne et Claire Berest, un hymne à la liberté d'expression et au bouillonnement intellectuel et artistique de la première moitié du 20e siècle.
Ce jeudi
15 mars, dans le cadre de Chambres avec Vues, l'Espace Circuit Court Paysans Artisans propose une rencontre autour du livre: "Attendre, moments suspendus avec des demandeurs d'asile". La rencontre sera animée par Régis.
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D'une part, Goliarda (racontée par elle-même) et la petite héroïne sans nom d'Irmgard Keun, deux petits filles libres,
Lire la suite : Trois livres où la vérité sort de la bouche des enfants...
L'avis de Clémence:
A travers Réveiller les lions, A. Gundar-Goshen nous embarque dans son univers israélien, envoûtant, avec ses propres traditions, conflits, injustices mais aussi philosophies de vie.
Un neurochirurgien, Ethan Green, « bonne personne » de la haute société, sauve chaque jour des vies et choie sa famille. Un soir, un choix irrationnel s’impose à lui : pour évacuer la pression, il s’enfonce dans le désert avec sa Jeep à vive allure. Là, il percute un Bédouin et prend la fuite après l’avoir laissé pour mort. Gundar-Goshen nous raconte le récit d’un homme issu d’une vie bien rangée, dont le destin bascule malgré lui. Petit à petit, celui-ci ressentira le besoin de se racheter dans une vie parallèle, guidé par Sirkitt, épouse de sa victime.
Par ce roman de double vie, se penchant sur les problèmes de la migration, l’auteur démontre que nous sommes esclaves d’une société qui nous amène à commettre les pires infamies pour sauver notre peau. Mensonges, manipulations, crimes mais aussi sauvetages, compassions et rencontres de la différence sont les éléments qui marquent la dialectique de ce roman âpre et profond. Par ailleurs, en filigrane, le lecteur reconnaît un monde universel dans cette fresque de la société israélienne car l’auteur y dévoile les failles d’un système corrompu qui favorise chaque jour la disparité sociale et les rancœurs ethniques, qui désunit et amène les hommes à se détruire. Cependant, une lueur d’espoir persiste et, peu à peu, lorsque les hommes recommencent à vivre au nom de « l’humanité » et non en celui de la gloire ou de l’argent, les tensions s’apaisent, les crimes sont pardonnés et un bien-vivre collectif est possible.
Bien plus qu’une critique de cette société, ce roman dénonce les injustices universelles et reflète la vraie nature de l’homme : un lion en cage, devenu fou une fois privé de sa liberté. Ethan est un homme révolté, victime du système, qui tente par tous les moyens de retrouver un peu d’humanité. De ce roman poétique et parfois perforant, mélangeant fiction, actualité et réalité sociale, tout en usant de délicatesse et de force féminine, nous ne pouvons qu’en sortir ébranlés, avec l’envie de réveiller nos lions intérieurs.
Presses de la Cité, traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz, 25.40€ 