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Dans les romans de Paul Auster, New York n’est pas seulement un décor mais une façon d’appréhender le monde, entre nostalgie et ironie.
C’est donc tout naturellement dans cette capitale des visages que s’ancre l’histoire de Sy Baumgartner, qui donne son nom au dernier roman de Paul Auster. Professeur de philosophie, veuf depuis dix ans de celle qui a été l’amour de sa vie, cette Anna Blume qui tend un pont vers l’un des premiers grands romans austériens, Le pays des choses dernières, Baumgartner est un double évident de son auteur et porte les questions d’un homme arrivé au crépuscule de sa vie.
Un roman comme un dernier regard sur ce qui fait l’épaisseur d’une vie – les idéaux de la jeunesse, les rencontres, les chemins qui bifurquent. Baumgartner restera le testament que nous lègue Paul Auster. Un livre obsédé par la mort et pourtant plein de vie, d’amour, de grâce. Un point final vibrant à une œuvre décidément remarquable.
Actes Sud, traduit de l'anglais (États-Unis) par Anne-Laure Tissut, 21.80 euros
Les livres de Maggie Nelson hybrident les genres. Chez elle la théorie critique embrasse le récit intime, la philosophie se fait lyrique, l’érudition raffinée rencontre la rudesse des corps. Et toujours cette grâce qui fait de chaque texte un talisman précieux, une réserve où glaner sens, douceur et beauté.
C’est dire le plaisir de découvrir enfin en français, dans la très belle traduction de Céline Leroy, ce recueil de poèmes où la liberté et la singularité de Maggie Nelson éclairent les questions éternelles de l’amour et de la perte.
Quelque chose de brillant avec des trous, c’est la façon dont une jeune fille aveugle décrit sa propre main qu’elle n’a jamais vue. Tout le livre se tient là, entre présence et absence, dans l’intensité du regard porté autant à l’intérieur de soi que vers le monde qui nous entoure.
Éditions du Sous-Sol, traduit de l'anglais (États-Unis) par Céline Leroy, 17 euros
Les éditions du Sous-Sol viennent de republier dans leur collection de poche "Souterrains" les magnifiques Bleuets de Maggie Nelson.
Il y a des livres qui s’impriment en nous aussi puissamment que des amis ou des amours. Des livres dont on se rappelle précisément quand on les a lus, quelle soif ils ont étanchée, quelle lumière ils ont fait briller. Ces livres-là, comme les amis, comme les amours, ce sont des rencontres décisives, et il n’y en a pas tant dans le cours d’une vie.
Les détails s’ouvre ainsi, sur le pouvoir que possèdent certains livres de nous faire voyager vers la personne que nous étions quand nous les avons lus la première fois. Par la grâce d’un roman, la narratrice remonte le fil du temps et redevient une jeune femme de 25 ans, fiévreuse, amoureuse, tragiquement blessée lorsque s’en va celle qu’elle aime.
Les quatre chapitres qui s’égrènent ensuite portent pour titre les prénoms de personnes dont la rencontre a transformé la narratrice. Relations amicales ou amoureuses, en pointillés ou au long cours, toutes créent la forme dans laquelle se coule l’existence de cette femme. Son prénom à elle, nous ne l’apprendrons qu’à la toute fin du livre, comme si le détour par les autres était nécessaire pour réussir à se dire soi-même: « le moi n’est rien d’autre que cela, le soi-disant "moi": les vestiges laissés par les personnes contre lesquelles nous nous frottons (...). C’est sans doute cela le cœur de nos relations, et c’est sans doute la raison pour laquelle, en un sens, elles ne sont jamais terminées ».
Le charme magnétique des Détails tient à ses portraits subtils, au tissage narratif épatant de maîtrise, à la façon dont le livre collectionne les états de grâce, « juste des instants et ce qui y advient ». Il vient aussi d’une nostalgie sauvage et lumineuse pour une époque pas si lointaine (les dernières années du 20e siècle) dont le tournant numérique a ringardisé les affects, les espoirs, l’innocence.
C’est un livre profondément singulier que nous offre Ia Genberg: tout à la fois méditatif et enlevé, poignant et drôle, d’une inventive liberté. Un livre qui touche à l’essentiel et fait empreinte dans nos vies de lecteurs.
Le Bruit du Monde, traduit du suédois par Anna Postel, 21 euros
Disponible en format numérique ici