Rue Lelièvre, 1 B-5000 Namur | Tél. : +32 (0)81 22 79 37 | info@librairiepointvirgule.be | Du lundi au samedi de 9h30 à 18h30
Saviez-vous que la sauterelle – à qui l’expression les plaisirs de la chair doit paraître bien incongrue – se retrouve, après le passage du mâle, avec une poche de sperme sur les mandibules, et qu’elle doit ensuite s’échiner, quelques heures durant, à la percer, avant de se féconder elle-même et d’enfouir ses œufs dans le sol ? Qu’un dénommé Tardigrade, qui se présente sous la forme singulière d’un « sac d’aspirateur muni d’un groin », peut rester en état de cryptobiose pendant trente ans ? Que la sagacité des corneilles leur permet de profiter du passage des voitures pour casser des noix dont elles peuvent ensuite se régaler sans coup férir ?
C’est ce que vous apprendrez – entre autres – en lisant le livre de Christine Van Acker, quatorzième volume d’une collection qui se voue à mettre en scène le vivant sous les éclairages les plus divers, qu’ils soient scientifiques ou littéraires.
La Bête a bon dos est un recueil de brèves chroniques dont chacune décrit, avec les détails que fournissent l’observation patiente et la recherche minutieuse, la vie et les mœurs d’un animal ou d’une espèce, de l’eucaryote à un « spécimen rare » – le mauvais sujet – en passant par l’écureuil et le ver de terre. Dans ce bestiaire truffé de digressions enjouées et jamais importunes, Christine Van Acker allie la précision et la rigueur de l’érudition à un humour malicieux, sans jamais tomber dans la pédanterie, la lourdeur ou le didactisme. Elle évite aussi les écueils qui, à ce qu’il semble, menacent tout qui se met, surtout hors d’un cadre scientifique, à parler des animaux : anthropomorphisme, niaiserie, angélisme et gâtisme – point n’est besoin, pour parler des – ou aux – bêtes, de bêtifier. On ne sent pas non plus, dans le ton de l’auteure, de relents idéologiques : toute verte que soit celle à laquelle on pense, elle n’est pas plus blanche qu’une autre, et c’est un esprit léger, fin et nuancé, sans dogmatisme, que celui qui anime ces pages.
Il en résulte un ouvrage du plus vif intérêt, que nourrissent aussi bien le propos de l’auteure que les nombreuses citations qu’elle égrène tout au long de cette promenade buissonnière dans le règne animal – on y croise Colette, Renard, Fabre, …
Ces histoires naturelles invitent à en lire d’autres – la collection Biophilia, d’ailleurs, compte une quinzaine de titres – et surtout à prendre le temps de regarder les bêtes, en portant sur elles un regard curieux et, s’il se peut, naïf, disposé à l’étonnement perpétuel et aux ravissements renouvelés.
« Nos vies sont peuplées d’ombres flottantes. »
Un dimanche d’hiver, Laure, la narratrice, ouvre les cartons que Léo, un ancien et très cher ami, metteur en scène, lui a légués avant de mourir. Au fond de l’un d’eux, qui porte la mention : « Voilà les livres dont je me souviendrai au paradis, ils sont pour toi », elle découvre une œuvre dont il n’avait jamais été question entre eux : La Chartreuse de Parme, qui agit sur elle comme certaine madeleine bien connue et l’entraîne, elle aussi, à la recherche d’un temps qui, comme chacun le sait, n’est jamais vraiment perdu.
Rendez-vous à Parme est un voyage gigogne : l’escapade en Italie, pèlerinage profane et rendez-vous in absentia, ramène Laure à une rencontre singulière dont le souvenir était enfoui et qui a laissé une empreinte très douce dans son cœur de jeune fille. Elle ranime les heures passionnées, lumineuses et parfois douloureuses, passées à apprendre les textes, à les déclamer et à les incarner, sous la férule d’un Léo intransigeant qui avait fondé, au lycée, une petite troupe de théâtre. Elle esquisse enfin un voyage à venir, celui qu’initie la frêle éclosion d’un nouvel amour.
Ce récit, dont l’intrigue ténue et resserrée se déploie en filigrane pour qui lit au-delà des lignes, est peuplé de fantômes qui sont des phares : ceux des hommes qui ont joué un rôle essentiel dans la vie de Laure, qui l’ont nourrie, inspirée et élevée, qu’ils soient de chair et d’os ou d’encre et de papier. L’auteur y met en scène les toiles irisées que tissent, souvent à notre insu, les mots des écrivains, les liens invisibles mais indéfectibles et puissants, que nouent les œuvres entre les lecteurs, qu’ils soient proches ou non – mais ne l’est-on pas, proche, et peut-être intimement, quand on aime les mêmes livres ?
Cette élégie, qui chante les chatoyances du souvenir et du désir, charme autant par son propos que par la voix qui la porte : celle de Michèle Lesbre, délicate et feutrée, qui s’incarne dans une écriture concise et dense, toute en finesse et en subtilité.
Comme une douzaine de librairies francophones, nous participons du 4 au 16 février à la Quinzaine du livre suisse: l'occasion de (re)découvrir les auteurs et les éditeurs de ce petit pays à la longue tradition littéraire! Le livre occupe une place à part dans le monde culturel suisse, notamment grâce à la présence d'un réseau dense de libraires
Jeune et talentueux auteur flamand, Brech Evens qui nous présente ses folles nuits de Paris dans "Les Rigoles".
Récit choral où le fil conducteur est le jeune Jona qui fait la noce une dernière fois, avant son envol pour Berlin, dans la nuit parisienne, éthylique et magique. D'une table à l'autre, de terrasses de café en boîtes de nuit, chaque personnage rencontré est bien incarné par la grâce du coup de plume de Brecht.
Les planches fourmillent de détails, les couleurs sont splendides. La structure narrative éclatée couplée à la virtuosité des aquarelles nous entraînent dans une ivresse incommensurable et font de ces Rigoles une expérience inouie.
C'est tout simplement beau, émouvant, vertigineux.
Le vendredi 1er février à 20 heures, nous vous invitons à rencontrer l'immense écrivain haïtien Lyonel Trouillot à l'occasion de la parution de "Ne m'appelle pas Capitaine" (Actes Sud).
Lire la suite : Rencontre exceptionnelle avec Lyonel Trouillot