On en parle, on l’attend, et puis elle est là: la rentrée littéraire.Commençons pas de grands enthousiasmes partagés au sein de l'équipe. Quelle joie de retrouver Sylvain Prudhomme et son sublime De l'autre côté du lac (Minuit) ou Polina Panassenko dont À voix haute nous a éblouis (L'Olivier)! Quelle joie aussi de se plonger dans l'intense Nous aussi d'Anne Godard (Anne Godard) ou de mettre le cap sur Glasgow avec une héroïne dont vous n'oublierez pas le nom, la solaire Cora Mowat de Ici Maintenant, premier roman de Tom Newlands (Métailié, traduit par Marguerite Capelle et Anatole Pons-Reumaux). À moins que vous ne tentiez l'expérience d'un monde nouveau avec le très réussi Spectres de Thomas Gunzig (Au diable Vauvert)?
Des premiers romans, il y en a beaucoup, et ils aiguisent notre appétit de découvertes. Ne manquez pas le génial Mon oeil de Victoria Kaario (Verdier), il vous fera rire tout en vous serrant le coeur. Ou La maison du lac de Marius Loris Rodionoff (Corti), petit précis de vagabondage à travers les campagnes françaises et dans une histoire familiale marquée par l'exil. Avec un point de départ semblable, ce que la guerre en ex-Yougoslavie a fait aux enfants grandis au coeur du conflit, Amandine Agic (D'un pays qui n'existe plus, L'Olivier) et Seila Pohara (Les serments trahis, Gallimard) tirent l'une et l'autre un roman singulier et puissant.
Puisque la rentrée, c'est aussi le retour en classe, trois romans parlent de l'école, de la manière dont elle est abîmée et de l'inventivité des enseignants pour continuer à porter leur si beau métier. Lisez le profond La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel (Gallimard), roman à la grâce toute rimbaldienne. Et dans un registre tout différent, mais très réussi, ne manquez pas Ce qui se joue de Caroline Hinault (Rouergue), portrait d'une enseignante pétillante et révolutionnaire, et Derrière le prince de Nicolas Marchal, un roman où Namur rime avec littérature.
Parmi les belles retrouvailles, ces moments attendus où l'on replonge dans la musique singulière d'un·e auteurice aimé·e, voilà le si parfait Pays des étés de Pierre Adrian (Gallimard), pour ne jamais quitter la grâce d'un été sous le ciel breton. Ou la montagne de Sophie Divry, qui mêle dans Rochebrune (Actes Sud) une comédie sociale piquante et un thriller à l'efficacité redoutable. Bruxelles prend des airs de capitale de l'espionnage dans La hantise de Jean-Philippe Toussaint (Minuit). En poursuivant son cycle Mélancolie des confins, Mathias Énard prend cette fois la route de l'Est, entre une descente en canoé de la rivière de son enfance et celle des fleuves de la mémoire en Europe centrale: très beau, très envoûtant Hôtel Balkan (Actes Sud)! Un peu d'histoire? Voici Un marché noir de Bérénice Pichat (Les Avrils), qui pousse les portes dissimulées de la France occupée. Quant à Bérengère Cournut, son Eskera au bord du monde (Le Tripode) est le portrait vibrant d'une enfant-esprit sur la terre âpre de la Patagonie. Un peu de légèreté, un soupçon de nostalgie et un regard tellement réjouissant sur les petites choses qui tissent nos vies: c'est ce qui fait le délice et la saveur des Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois (Gallimard - L'Arbalète).
Enfin, il y a d'incontournables rendez-vous avec la littérature étrangère. À ne pas manquer en cette rentrée, l'obsédant compte à rebours de Baignade surveillée de Laura Kasischke (Gallimard, traduit par Céline Leroy), le portrait d'une Amérique au bord du gouffre dans Burn de Peter Heller (Actes Sud, traduit par Céline Leroy, encore!), les vertigineux Lieux souterrains du romancier péruvien Gustavo Faveron Patriau (Christian Bourgois, traduit par Robert Amutio), la palette sensible et poétique déployée en descendant La rue de Robert Seethaler (Sabine Wespieser), la douceur de la Maison d'été de Masashi Matsuie (éditions du Sous-sol, traduit par Deborah Pierret Watanabe) et des retrouvailles annoncées avec Kae Tempest, Katie Kitamura, Jay McInerney, Ian McEwan...
Belles lectures!