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esperluete 30 ansCette année, les éditions Esperluète fêtent leurs 30 ans.

L'occasion de revenir, tout au long de l'été, sur ce beau chemin d'édition et sur l'amitié tissée au long cours entre notre librairie (25 ans l'année prochaine...) et l'éditrice Anne Leloup.

Esperluète: le nom sonne comme un programme, celui de la rencontre et du dialogue. L'esperluette typographique, ce & que la maison vit comme "un lien, un trait d'union, un point de rencontre ou de départ", jette des ponts entre le monde de la littérature et celui des arts plastiques. Les livres déploient un espace entre les mots des écrivain·e·s et le regard d'artistes contemporains.

Esperluète, c'est aujourd'hui un catalogue riche de plus de deux cents livres, qui se partagent entre une dizaine de collections à dominante tantôt littéraire, tantôt graphique. 

Esperluète, c'est l'invitation à une expérience, celle de lire différemment. Sortir de nos habitudes de lectrice et lecteur pour saisir ce qui se passe vraiment, intimement, dans ces pages que nous tenons entre les mains. Ici, la lecture rapide n'est pas de mise. Il ne s'agit pas de lire distraitement, sautant çà et là un chapitre, galopant pour connaître le fin mot de l'histoire. Il faut au contraire laisser monter en soi le texte et le dessin et ressentir ainsi la force de leur proximité, la poésie légère ou violente qui y est tapie. Entendre comme une musique jusque là inconnue qui s'échappe sans prévenir. "S'il n'y a pas la musique dans les livres, il n'y a pas de livres. C'est-à-dire que 90% des livres ne sont pas des livres. Ce sont des lectures, comme le journal qu'on lit quand on prend un bain" disait Marguerite Duras. Voilà pourquoi le travail audacieux que mène Anne Leloup depuis trente ans nous semble important à soutenir en librairie. Les livres qu'elle publie sont de vrais livres, de ceux que l'on porte en soi et que l'on souhaite partager. Les éditions Esperluète sortent du monde éditorial trop convenu et nous proposent une autre porte pour entrer dans la littérature contemporaine.

Esperluète, c'est une aventure éditoriale proche de chez nous (la maison est basée à Noville-sur-Mehaigne) mais qui rayonne loin par ses choix éclairés, son exigence graphique, son ouverture aux vents de la création.

Toutes ces facettes de la maison, nous vous proposons de les (re)découvrir tout au long de l'été, sur nos tables, dans nos vitrines, sur notre comptoir en ligne ou sur nos réseaux sociaux.

Heureux anniversaire aux éditions Esperluète!

 

30 ans racontés en 30 livres: c'est notre sélection, à retrouver ici.

 

brouillard mais ca se dissipera gelle leloup2Un été Esperluète #1 - Brouillard, mais ça se dissipera, Albane Gellé et Anne Leloup

on sourit / à la place de pleurer / nos chagrins / se transforment / en colère / en questions / quoi d'autre / on perd / le fil.

Brouillard, mais ça se dissipera signe les retrouvailles des mots d'Albane Gellé et des images d'Anne Leloup. Leur complicité se déploie dans ce poème-leporello: absence et présence, creux et pleins, douceur et grâce du dialogue entre le texte, le dessin, la palette de couleurs. 

Brouillard, mais ça se dissipera, c'est une traversée de la vie. Il y a les joies, les rencontres, la beauté d'appartenir à plus grand que soi. Il y a les chagrins, les deuils, les doutes. Entre les hauts et les bas, cela circule. Tout est mêlé, tout se transforme et se reconstruit sans cesse. Pas de leçon à asséner ici, mais un espace où chacun se trouve et se retrouve, où les relations se rejouent, où les variations du ciel épousent celles de l'âme.

Le livre va droit à l'essentiel, épuré dans ses mots, fluide dans sa conception graphique. Une méditation de papier, un souffle à partager, un paysage accuillant nos émotions: il y a tant de choses dans ce petit livre assurément bien grand.

 

ou il est question herbautsUn été Esperluète #2 - Où il est question de main et de météore, Anne Herbauts

Dans les livres d’Anne Herbauts, le minuscule côtoie le très grand. Il y a des jeux d’échelles qui nous dé-routent, nous dé-centrent, nous mettent en chemin vers l’inattendu et la poésie.

Dans Où il est question de main et de météore, une miette devient météore, à moins que ce ne soit l’inverse. De l’une à l’autre, on déroule le fil de motifs qui insistent chez Anne Herbauts, on marabout-bout d’ficelle dans les mots et les images, on se perd puis on retrouve la voie.

Ce bel album, précieux dans son propos, dans sa générosité, dans sa fabrication, entrouvre la porte de l’atelier d’une artiste passionnante et malicieuse. Le texte et l’image se relancent sans cesse et disent au plus juste ce qui se passe quand on crée, quand soudain point quelque chose, fugace, évanescent mais dont la trace persiste.  "Dans l’entremêlement des taillis et des frondaisons perce la paille dorée du premier instant de l’aube. Implacable, millénaire, indéfectible aurore".

Où il est question de main et de météore poursuit la belle collaboration entre Anne Herbauts et Esperluète, une aventure commencée il y a plus de vingt ans et ponctuée de livres merveilleux: La petite sœur de Kafka, Sans début ni fin ou Je ne suis pas un oiseau pour les grands, Les koalas ne lisent pas de livres ou Comment on fait les bébés ours pour les petits. Et puis il y a aussi, dans la collection Orbe, ce petit livre inspirant né d’entretiens avec Frédérique Dolphijn, La tête dans la haie.

 

peau de louve mabardiUn été Esperluète #3 - Peau de louve de Veronika Mabardi

Raconter. Quoi ? Comment ? Le monde est en morceaux.

Il appelle un récit qui répare les peaux.

Une histoire à conter quand le dehors est sombre.

Peau de louve ou l’histoire d’une enfant qui aime à se travestir, "changer de peau" au gré de son imagination. Et qui se tisse une peau de lumière avec les histoires qu’elle a lues, entendues, inventées.

Le temps passe, la fillette est devenue jeune fille, et cette peau si précieuse se fait grignoter par le désir des autres. Il faudra une grande force instinctive, reliée à un souvenir d’enfance, pour fuir la violence urbaine et s’enfoncer en forêt. C’est de cette expérience d’ensauvagement que pourra renaître une autre forme de vie et de rapport au monde et aux mots.

Au croisement du récit, du conte et du théâtre, Peau de louve est né de la rencontre entre Veronika Mabardi et Edith Van Malder, qui a porté ce texte à la scène avec sa compagnie Théâtre Cœur de Terre.

Peau de louve est porté par la langue forte de Veronika Mabardi, qui choisit ici une écriture en vers. Ses alexandrins, clin d’œil au « grand répertoire français », ont une modernité sublime, qui inscrit d’emblée son propos dans le merveilleux et l’universel.

Le livre est accompagné de peintures d’Alexandra Duprez qui entrent en parfaite résonance avec cette histoire de retour à la nature.

Veronika Mabardi a publié plusieurs livres chez Esperluète, notamment le bouleversant Sauvage est celui qui se sauve.

 

encore heureux frédérique bertrandUn été Esperluète #4 - Encore heureux de Frédérique Bertrand

Frédérique Bertrand est une artiste-exploratrice qui ne craint pas de s’aventurer, de projets en projets, dans des registres et des palettes chaque fois réinventés. Des livres pour enfants (au Rouergue et chez MeMo, notamment) au dessin de presse, son sens du graphisme, son humour, ses découpages parfaits rendent pourtant son univers immédiatement reconnaissable.

Encore heureux est un roman graphique qui explore le sentiment amoureux et son usure. Sujet tellement lu, tellement vu, mais qu’elle traite avec fraicheur, inventivité et un goût certain pour le rebondissement. Rien n’échappe à son œil avisé, tantôt féroce, tantôt tout de tendresse. Les jeux du désir se perdent dans l’espace domestique, les objets prennent vie, les sentiments vont et viennent, cherchent à se dire. De page en page se construit un petit théâtre des émotions amoureuses et de la façon dont le temps s’en empare.

Le trait est vif et délié, les grisés se transforment en couleurs éclatantes et les mots se mêlent à l’image dans une danse qui ressemble à celle du couple – mouvante, raturée, obstinée. Les textes sont fluides, joueurs, lancinants. Leur graphie évolue au gré des sentiments, parfois sage et parfois rageuse, tantôt naïve comme un cahier d’enfant ou subtile comme un calligramme.

Encore heureux, c’est la vie sur un fil, belle, cruelle, pleine d’ironie.

 

 

poids plumes malinconiUn été Esperluète #5 - Poids Plumes de Nicole Malinconi

Au début, il y a l'étonnement: un livre de Nicole Malinconi qui nous parle des oiseaux, quand tout son questionnement porte sur l'humain et ce qu'il recèle de plus secret, de plus enfoui, de plus retenu.

Et puis l'étonnement s'éloigne dès le premier texte lu – cette intranquillité, ce qui-vive, cette fragilité, c'est bien là le coeur de ce que Nicole Malinconi cherche à atteindre tout au long de son chemin d'écriture. Observer les oiseaux et restituer leur façon d'être au monde et à la vie, c'est porter l'attention sur l'infiniment petit, c'est mettre des mots sur ce qui semble destiné à ne pas en avoir. C'est aussi  donner une forme à ce qui bouge et échappe. C'est un détour du regard pour apprendre à regarder mieux et à voir l'exceptionnel derrière la banalité. L'oiseau est l'incarnation de plus grand que lui: un paysage, la création, la vie. Dans les mots de Nicole Malinconi, l'insignifiance apparente des oiseaux est le miroir de notre propre fragilité. La menace de leur absence souligne les impasses de notre temps, et leur courage, leur obstination, leur ténacité sont comme des invitations à tenir et avancer.

Les textes qui s'égrènent au long de Poids Plumes sont doux et forts à la fois, marqués par une inconditionnelle et lucide bienveillance. Le conditionnel et le futur donnent chair à l'intranquillité, à la sensation de se tenir sur le fil. L'absence de communication entre celui qui regarde et celui qui est regardé n'empêche pas la relation. Et c'est là finalement ce qui semble nourrir chacun de ces textes subtils: tisser fil à fil notre relation à ce qui nous entoure – le monde, les êtres, les traces qu'ils laissent.

En écho aux mots de Nicole Malinconi, les délicates gravures sur gommes de Kikie Crêvecoeur sont un enchantement.

 

 

end gilardUn été Esperluète #6 - The End de Florence Gilard

Crêpe de Chine, bourrette de soie, panne de velours, lin, coton suisse, tweed, toile, gabardine, flanelle, étamine de laine... Tous ces jolis noms cartographient les souvenirs d'enfance de Florence GIlard. Aux côtés de sa grand-mère couturière, elle aimait se laisser porter par la magie des mots autant que par le rythme entêtant de la machine à coudre. Le temps s'écoulait, lent et doux, dans l'affection et la complicité. 

Avec sa grand-mère, Florence Gilard regardait aussi des westerns. Les chevaux au galop et les coups de feu se confondent avec le tic-tic de la machine, onomatopées qui aux oreilles de la petite fille créent une musique entêtante. C'est cette musique de l'enfance que cherche à attraper cet album pétillant et émouvant. Florence Gilard assemble les bribes de souvenirs, comme sa grand-mère les tissus. Elle peint, dessine, brode, colle images et photos. Son livre est joyeux et tendre comme un mercredi après-midi.