Bref, ciselé, intense: Pascal Quignard offre avec Boutès un texte fervent, qui parle de la musique et du pouvoir qu'elle a de nous faire plonger au plus profond de l'expérience humaine. Les jeunes éditions Hardies ont la belle idée de rééditer ce livre, paru il y a 20 ans chez Galilée et épuisé de longue date.
Face à l'envoûtant chant des sirènes, Boutès a tout lâché: le marin grec n'a pas la prudence d'Ulysse, qui se fait attacher au mât pour jouir sans danger de la musique divine. Boutès fait le choix de plonger – et la mort est au bout de ce saut radical.
En recourant à ces figures mythologiques, Pascal Quignard interroge notre rapport au chant primordial, cette musique d'avant la naissance et d'après la mort. Il le fait à son incomparable manière: son érudition foisonnante n'étouffe jamais ce qui constitue l'enjeu véritable de sa réflexion: le retour à l'origine, l'affranchissement de la souffrance, la dissidence face aux normes, la quête de l'authentique.

