Un titre grinçant, telle une porte mal huilée qui s’ouvre avec peine sur l’histoire d’une lignée.
Le récit commence par un trajet en train de Bruxelles à Rotterdam, celui d’une jeune belgo-néerlandaise prénommée Debbie. À la demande insistante de son grand-père, elle part retrouver son père avec qui elle a coupé les ponts depuis une dizaine d’années. Pour cause, les multiples cures de désintoxication à l’alcool de ce dernier n’ont pu endiguer le marasme.
Dans le pays du nord se parle une langue et se respire une atmosphère dont Debbie veut s’affranchir, dans l’espoir illusoire d’échapper au déterminisme familial qui semble la rattraper sans cesse. Car, quand on retourne dans le passé, du côté paternel et maternel, apparait une troublante et terrible tendance à la répétition des comportements.
Dans Comme ta mère, la Bruxelloise Pieterke Mol déverse de la violence, du chagrin ravalé, des litres de vin cuvés, une colère acide, un découragement tenace… mais aussi une telle marée d’amour qu’on a envie de serrer chacun des personnages, de les réconforter. Son écriture, précise et incisive, faite de phrases brèves et frappantes, possède un remarquable pouvoir d’évocation. Les scènes surgissent comme des instantanés, des clichés de vie saisis sur le vif. Le texte a quelque chose de photographique — il est composé par une écrivaine-photographe.
Le ciel est bas et gris, le crachin glacial rince les corps, dans ce roman singulier et empreint de cette espèce de touch belge douce-amère. Sa lecture assèche la gorge, bouleverse, et continue longtemps de bourdonner dans l’esprit.

