Paru en Norvège en 2023, l’année où son auteur reçoit le Prix Nobel de littérature, ce récit ramassé en quelques dizaines de pages est tout autant une belle introduction à l’œuvre de Jon Fosse qu’une méditation sur la condition humaine.
C’est l’automne et la nuit tombe. Seul dans sa voiture, le narrateur fuit l’ennui. Avançant au hasard, il arrive sur une route forestière et s’y embourbe. Sous les premiers flocons, il sort du cocon de son véhicule pour se mettre en quête d’hypothétiques secours. Dans la solitude absolue, alors que les ténèbres qui s’emparent de la forêt, l’homme déroule ses pensées. Il a peur, « mais c’est une peur calme ». Le silence autour de lui contraste avec le flot de mots qui l’assaille et forme son monologue inquiet, obsédant.
Et puis surgit devant lui un halo de blancheur. Peut-être une silhouette humaine – « mais je ne veux pas la toucher, car si je tends les bras pour la toucher je ne sentirais rien, j’en suis persuadé ». Alors quoi ? Une hallucination ? Un fantôme ? Dieu lui-même ?
Commence alors une épopée qui se tient sur le fil entre matériel et spirituel, réel et onirisme, opacité et lumière vive. Que lit-on dans Blancheur ? Les tourments d’un homme confronté à une expérience si extrême qu’elle en devient mystique ? Un rêve entêtant dont on a du mal à sortir ? Une interrogation sur la frontière ténue entre la vie et la mort ? Tout cela à la fois, car la prose si singulière de Jon Fosse relance sans cesse les dés, nous prend dans les filets de ses répétitions lancinantes et nous laisse comme en apnée, avec l’impression d’avoir vécu une expérience de lecture peu commune.
Éditions Christian Bourgois, traduit du néo-norvégien par Terje Sinding, 12 €
