L'avis d'Adrien :
Après "L'été des Bagnold" et "Courtes distances", Joff Winterhart poursuit son autopsie malicieuse des rapports humains au sein de duo que, au départ, tout oppose.
Margaret, historienne académique, vit seule depuis le décès de sa sœur avec qui elle cohabitait. Spécialiste de JW Preece, un médecin, embaumeur et poète du XVIIè siècle, elle fait la connaissance, lors d’un colloque, de Lucy, assistante de production d’une série télévisuelle de documentaires historiques à succès. Lucy est tombée sous le charme du bagout désuet mais convaincant de Margaret et va tenter de la débaucher pour une de ses émissions. L'historienne accepte la proposition mais est pourtant quelque peu réfractaire à l’idée de participer à ce type de programme, d’autant plus quand elle rencontre l’animateur star de l’émission, un très embarrassant cabotin.
Margaret est un être solitaire qui ne se sent plus en phase avec l’époque, si tant est qu’elle se soit jamais sentie en phase avec son époque, mais elle sait apprécier le partage de moments simples en bonne compagnie.
De son côté, Lucy vient de rompre brutalement ses fiançailles, flirte avec l’alcool, éprouve des difficultés à remettre de l’ordre dans sa vie et cela se ressent dans sa vie professionnelle. Les deux femmes, par leurs échanges, par leur situation au moment de leur rencontre, vont tisser un lien d’amitié fort qui va les aider à apprivoiser leur nouvelle situation.
On n’est pas dans la ligne claire et au premier regard, le trait de Joff Winterhart paraît incertain, ses personnages peuvent sembler peu avenants et, il faut bien le dire, tristes. Et pourtant, ses dessins sont aussi fins que les échanges humains qu’il met en scène et l’humour y est bel et bien présent. C’est une bd revigorante, vivifiante, apaisée que nous offre Winterhart.
L’auteur a fait de nombreuses recherches pour rédiger son ouvrage mais plutôt qu’une bibliographie en bonne et due forme, il a préféré livrer à ses lecteur.ice.s, en fin d’ouvrage, une chouette playlist, douce et mélancolique que nous vous recommandons chaleureusement.
Une bonne tisane, un fauteuil douillet, la musique dans les oreilles, « Chère historienne » entre les mains et c’est parti, bon voyage !
Editions çà et là, traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Martin Richet, 26 €