Frédérique Bertrand est une artiste-exploratrice qui ne craint pas de s’aventurer, de projets en projets, dans des registres et des palettes chaque fois réinventés. Des livres pour enfants (au Rouergue et chez MeMo, notamment) au dessin de presse, son sens du graphisme, son humour, ses découpages parfaits rendent pourtant son univers immédiatement reconnaissable.
Encore heureux est un roman graphique qui explore le sentiment amoureux et son usure. Sujet tellement lu, tellement vu, mais qu’elle traite avec fraicheur, inventivité et un goût certain pour le rebondissement. Rien n’échappe à son œil avisé, tantôt féroce, tantôt tout de tendresse. Les jeux du désir se perdent dans l’espace domestique, les objets prennent vie, les sentiments vont et viennent, cherchent à se dire. De page en page se construit un petit théâtre des émotions amoureuses et de la façon dont le temps s’en empare.
Le trait est vif et délié, les grisés se transforment en couleurs éclatantes et les mots se mêlent à l’image dans une danse qui ressemble à celle du couple – mouvante, raturée, obstinée. Les textes sont fluides, joueurs, lancinants. Leur graphie évolue au gré des sentiments, parfois sage et parfois rageuse, tantôt naïve comme un cahier d’enfant ou subtile comme un calligramme.
Encore heureux, c’est la vie sur un fil, belle, cruelle, pleine d’ironie.
Depuis des lustres et des lampadaires, depuis des lumières entières, depuis le commencement qu’on se ment. Depuis tant et tant de temps, des années entassées depuis jamais, parce que depuis toujours, depuis que, depuis qu’il, depuis tout ça. Nous voilà dans de beaux draps.