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Lectures
Eléphant a une question - Leen van den Berg et Kaatje Vermeire

elephant a une question coverL'avis d'Anouk:

Un éléphant, c'est étonnant. On le croit puissant, et il n'y a pas plus délicat que lui. On le croit solide, et il est plein de questions. On le croit solitaire, et il a tant besoin des autres.

C'est qu'Éléphant a une question. Une question embarassante, une question qui l'empêche de bien dormir sur ses grandes oreilles, une question éternelle qui ne peut plus attendre: Éléphant veut savoir ce que c'est qu'être amoureux.

Cela tombe bien: tous les animaux, sans oublier Blanche Neige et quelques acrobates, sont réunis sur la colline du conseil. Peut-être pourront-ils éclairer Éléphant?

Dans cet album d'une infinie douceur, petits et grands trouveront eux aussi des bribes de réponse à leurs interrogations sur l'amour. Servi par les magnifiques illustrations de Kaatje Vermeire, qui ne sont pas sans affinités avec l'univers du grand Carll Cneut, le texte de Leen Van den Berg est tout à la fois direct et poétique, espiègle et plein de sagesse.

Un pur moment d'enchantement à partager en famille.

CotCotCot, traduit de néerlandais (Belgique) par Emmanuèle Sandron, 15.50 €

 

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Manifeste incertain VII - Frédéric Pajak

Manifeste incertain VII - PajakL'avis de Delphine

C’est à deux poétesses sublimes que Pajak, qui continue la promenade littéraire initiée il y a quelques années, consacre le septième tome de son Manifeste incertain : Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva.


On pourrait penser que tous les oppose : l’une est américaine, quasi recluse, aux prises avec l’Eternité et l’Esprit ; l’autre est russe, voyageuse, aux prises avec son siècle. Il n’en est rien : toutes deux sont d’ardentes et altières âmes ; toutes deux portent haut l’exigence – envers elles-mêmes, envers la vie, envers les autres ; toutes deux subvertissent les normes et les codes poétiques de leur temps ; toutes deux font peu de cas de « la réalité des autres, la soi-disant réalité faite d’agitation matérielle » ; toutes deux croient à la valeur et à la postérité de leur œuvre.


Le livre de Pajak, qui entremêle écriture et dessin, est un objet littéraire singulier et protéiforme : autobiographie, il nous ouvre les portes d’un esprit habité, hanté peut-être, celui d’un lecteur curieux et insatiable, passionné autant que passionnant ; biographie, il évoque la vie de Dickinson et raconte celle, tragique, de Tsvetaieva ; essai, il propose un prolégomène léger et apéritif à leur œuvre ; récit de voyage, il nous emmène en Russie, où Pajak a séjourné et dont il a ramené – entre autres paysages – des visages rudes, graves, abîmés, et des arbres enténébrés, d’une beauté inquiétante ; manifeste, il célèbre la poésie – aux sens de poème et d’art de vivre – et la littérature, sans que jamais son auteur adopte le ton péremptoire et le dogmatisme du genre.


De ce Manifeste incertain, excursion sombre et lumineuse à la fois, je suis ressortie certaine d’au moins une chose : il faut lire. Dickinson et Tsvetaieva, d’abord, ces vestales éternelles qui ont le pouvoir de vous emmener « de l’autre côté du miroir », au-delà de la « maigre réalité visible ». Pajak ensuite, que la poésie n’a pas cessé, depuis qu’il l’a rencontrée, de « prendre à la gorge », de « dévaster même ». Lire tout court, enfin, en particulier des poèmes, ces épiphanies subtiles qui rendent l’âme plus vaste et enluminent les heures.

Noir sur Blanc, 23 eurosbtn commande

 
L'île aux troncs - Michel Jullien

Ile aux troncs - JullienL'avis de Delphine

Piotr, cul-de-jatte, et Kotik, unijambiste et manchot, sont des mutilés de la Seconde Guerre Mondiale. Après leur convalescence, ils se font mendigots et tournent poivrots, imbibés du matin ou soir et inversement de samogon, vouant un culte à Natalia Mekline, une héroïne de l’aviation russe, et rapetassant vétilleusement une lettre adressée au commissaire à la Santé, dans l’espoir – vain – de voir s’étoffer un peu leur maigre pension.  


En 1950, au bord de la faillite – les affaires vont mal depuis la fin de la guerre : des hordes de mutilés crapahutant ont rejoint les villes ; la concurrence est rude et leur misère, banalisée, ne fait plus recette – les deux amis échouent, avec d’autres camarades, sur l’île de Valaam, à l’extrême nord du lac Ladoga, près de la Finlande, où le pouvoir a décidé de déporter les samovary – c’est ainsi qu’on les surnomme – à des fins esthétiques et idéologiques : ces éclopés font tache dans les rues d’une Union soviétique en pleine effervescence. Là-bas, dans un monastère désaffecté, au milieu de quelques centaines d’infirmes, dans la crasse et le froid, Piotr et Kotik, après avoir terminé leur laborieuse missive, élucubrent, toujours pochetronnant, le projet fou de quitter leur retraite pour aller à la rencontre de leur idole …


Le roman s’ouvre sur un panorama de la Cour des miracles qu’est l’île de Valaam, et dresse un catalogue de portraits truculents, pages d’Histoire et de tératologie mêlées, avant de se fixer sur les compères Piotr et Kotik, et de dévider leur histoire, depuis leur enrôlement jusqu’à leur relégation dans ce purgatoire des déglingués.


Dès les premières pages, le ton est donné, et le lecteur happé : nul pathos, aucune pitié convenue ; pas non plus de cynisme ni de complaisance. Au contraire : un style enlevé et vigoureux, mêlant avec verve langue populaire et langue châtiée, relevé çà et là de termes rares et usant parfois d’anachronismes incongrus mais expressifs – ainsi, les samovars ont des faciès de smileys. Grâce à cette écriture âpre et acérée, d’une grande précision, à un sens aigu du détail et à un subtil humour noir, Michel Jullien nous plonge, avec empathie, dans l’intimité de ses héros, au plus près de leur déchéance physique et morale, et donne à ces « rabroués de l’armée » une voix, une figure et – presque – un corps.


À la force du style s’ajoutent l’intérêt et l’originalité du sujet : il s’agit là d’un un épisode mal connu et peu documenté de l’histoire soviétique, que le mythe et la légende ont amplifié : comme le précise la postface, des vétérans en bringues ont bien été invités à se rendre sur l’île de Valaam, mais il n’est pas possible d’affirmer, dans l’état actuel des connaissances, qu’une vaste et nationale entreprise de déportation des mutilés de guerre ait été menée.  


Quoi qu’il en soit, avec L’île aux troncs, farce grinçante, charge et satire et, si je puis dire, contre-épopée beckettienne, l’auteur, mêlant habilement le grotesque et le tragique, nous livre un roman singulier et de haute qualité,  aussi saisissant que poignant.

Verdier, 14 eurosbtn commande

 
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