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BD
Les rigoles - Brecht Evens

037brechtevensL'avis d'Adrien:

Jeune et talentueux auteur flamand, Brech Evens qui nous présente ses folles nuits de Paris dans "Les Rigoles".


Récit choral où le fil conducteur est le jeune Jona qui fait la noce une dernière fois, avant son envol pour Berlin, dans la nuit parisienne, éthylique et magique. D'une table à l'autre, de terrasses de café en boîtes de nuit, chaque personnage rencontré est bien incarné par la grâce du coup de plume de Brecht.

Les planches fourmillent de détails, les couleurs sont splendides. La structure narrative éclatée couplée à la virtuosité des aquarelles nous entraînent dans une ivresse incommensurable et font de ces Rigoles une expérience inouie.


C'est tout simplement beau, émouvant, vertigineux.


Actes Sud, 29 €btn commande

 
Manifeste incertain VII - Frédéric Pajak

Manifeste incertain VII - PajakL'avis de Delphine

C’est à deux poétesses sublimes que Frédéric Pajak, qui continue la promenade littéraire initiée il y a quelques années, consacre le septième tome de son "Manifeste incertain" : Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva.


On pourrait penser que tous les oppose: l’une est américaine, quasi recluse, aux prises avec l’Eternité et l’Esprit ; l’autre est russe, voyageuse, aux prises avec son siècle. Il n’en est rien: toutes deux sont d’ardentes et altières âmes ; toutes deux portent haut l’exigence – envers elles-mêmes, envers la vie, envers les autres ; toutes deux subvertissent les normes et les codes poétiques de leur temps ; toutes deux font peu de cas de « la réalité des autres, la soi-disant réalité faite d’agitation matérielle » ; toutes deux croient à la valeur et à la postérité de leur œuvre.


Le livre de Pajak, qui entremêle écriture et dessin, est un objet littéraire singulier et protéiforme : autobiographie, il nous ouvre les portes d’un esprit habité, hanté peut-être, celui d’un lecteur curieux et insatiable, passionné autant que passionnant ; biographie, il évoque la vie de Dickinson et raconte celle, tragique, de Tsvetaieva ; essai, il propose un prolégomène léger et apéritif à leur œuvre ; récit de voyage, il nous emmène en Russie, où Pajak a séjourné et dont il a ramené – entre autres paysages – des visages rudes, graves, abîmés, et des arbres enténébrés, d’une beauté inquiétante ; manifeste, il célèbre la poésie – aux sens de poème et d’art de vivre – et la littérature, sans que jamais son auteur adopte le ton péremptoire et le dogmatisme du genre.


De ce Manifeste incertain, excursion sombre et lumineuse à la fois, je suis ressortie certaine d’au moins une chose: il faut lire. Dickinson et Tsvetaieva, d’abord, ces vestales éternelles qui ont le pouvoir de vous emmener « de l’autre côté du miroir », au-delà de la « maigre réalité visible ». Pajak ensuite, que la poésie n’a pas cessé, depuis qu’il l’a rencontrée, de « prendre à la gorge », de « dévaster même ». Lire tout court, enfin, en particulier des poèmes, ces épiphanies subtiles qui rendent l’âme plus vaste et enluminent les heures.

Noir sur Blanc, 23 eurosbtn commande

 
Moi, ce que j'aime, c'est les monstres - Emil Ferris

027L'avis d'Adrien :

Tout a déjà été dit sur cette bande dessinée encensée par les plus grands auteurs, Art Spiegelman en tête. Emil Ferris a déjà reçu énormément de prix. La question s’est même posée en cette rentrée littéraire 2018 : "Et si le roman de cette rentrée était graphique ?". Avec une telle avalanche de louanges, ça devient suspect, l'esprit de contradiction pointe le bout de son nez et voudrait chercher la petite bête, mais non...
Tout est vrai. C'est splendide, une fois la bande dessinée terminée, on a qu'une seule envie, la recommencer et profiter du fourmillement des détails, aussi bien dans le texte, la narration que dans les dessins, tout au bic, magnifiques. Et puis, vivement le Livre Deuxième !

Fin des années 1960, Karen Reyes, toute jeune ado, vit avec sa mère et son playboy de frère dans un quartier populaire de Chicago. Karen adore les monstres et se prend elle-même pour l’un d’eux. Quand une voisine se suicide, Karen n’y croit pas trop et mène l’enquête. Comment imaginer que cette énigmatique beauté fatale a pu se donner la mort ? A travers des enregistrements de psy, on remonte le passé misérable et sulfureux d’Anka Silverberg dans l’Allemagne nazie. Face au mari-veuf éploré, à un mafieux proxénète de bas-étage contrôlant le secteur, aux frasques du frère, coureur invétéré, l’enquête piétine et se complique. Entre le passé, le piteux quartier chicagoan, et l’enrageant traitement fait aux minorités et aux femmes à la fin de ces années 1960, Karen est un être à part, qui a soif de vérité et de liberté là où tout est cadenassé. Elle affiche une pugnacité hors-norme devant l’adversité. Karen est une héroïne qu’on n’oublie pas de sitôt. Ne passez pas à côté de ce chef d’œuvre, et ce gros mot est ici loin d’être galvaudé, du neuvième art.

Monsieur Toussaint Louverture, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Charles Khalifa, 34.90 €btn commande

 
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