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Manifeste incertain VII - Frédéric Pajak

Manifeste incertain VII - PajakL'avis de Delphine

C’est à deux poétesses sublimes que Pajak, qui continue la promenade littéraire initiée il y a quelques années, consacre le septième tome de son Manifeste incertain : Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva.


On pourrait penser que tous les oppose : l’une est américaine, quasi recluse, aux prises avec l’Eternité et l’Esprit ; l’autre est russe, voyageuse, aux prises avec son siècle. Il n’en est rien : toutes deux sont d’ardentes et altières âmes ; toutes deux portent haut l’exigence – envers elles-mêmes, envers la vie, envers les autres ; toutes deux subvertissent les normes et les codes poétiques de leur temps ; toutes deux font peu de cas de « la réalité des autres, la soi-disant réalité faite d’agitation matérielle » ; toutes deux croient à la valeur et à la postérité de leur œuvre.


Le livre de Pajak, qui entremêle écriture et dessin, est un objet littéraire singulier et protéiforme : autobiographie, il nous ouvre les portes d’un esprit habité, hanté peut-être, celui d’un lecteur curieux et insatiable, passionné autant que passionnant ; biographie, il évoque la vie de Dickinson et raconte celle, tragique, de Tsvetaieva ; essai, il propose un prolégomène léger et apéritif à leur œuvre ; récit de voyage, il nous emmène en Russie, où Pajak a séjourné et dont il a ramené – entre autres paysages – des visages rudes, graves, abîmés, et des arbres enténébrés, d’une beauté inquiétante ; manifeste, il célèbre la poésie – aux sens de poème et d’art de vivre – et la littérature, sans que jamais son auteur adopte le ton péremptoire et le dogmatisme du genre.


De ce Manifeste incertain, excursion sombre et lumineuse à la fois, je suis ressortie certaine d’au moins une chose : il faut lire. Dickinson et Tsvetaieva, d’abord, ces vestales éternelles qui ont le pouvoir de vous emmener « de l’autre côté du miroir », au-delà de la « maigre réalité visible ». Pajak ensuite, que la poésie n’a pas cessé, depuis qu’il l’a rencontrée, de « prendre à la gorge », de « dévaster même ». Lire tout court, enfin, en particulier des poèmes, ces épiphanies subtiles qui rendent l’âme plus vaste et enluminent les heures.

Noir sur Blanc, 23 eurosbtn commande

 
Moi, ce que j'aime, c'est les monstres - Emil Ferris

027L'avis d'Adrien :

Tout a déjà été dit sur cette bande dessinée encensée par les plus grands auteurs, Art Spiegelman en tête. Emil Ferris a déjà reçu énormément de prix. La question s’est même posée en cette rentrée littéraire 2018 : "Et si le roman de cette rentrée était graphique ?". Avec une telle avalanche de louanges, ça devient suspect, l'esprit de contradiction pointe le bout de son nez et voudrait chercher la petite bête, mais non...
Tout est vrai. C'est splendide, une fois la bande dessinée terminée, on a qu'une seule envie, la recommencer et profiter du fourmillement des détails, aussi bien dans le texte, la narration que dans les dessins, tout au bic, magnifiques. Et puis, vivement le Livre Deuxième !

Fin des années 1960, Karen Reyes, toute jeune ado, vit avec sa mère et son playboy de frère dans un quartier populaire de Chicago. Karen adore les monstres et se prend elle-même pour l’un d’eux. Quand une voisine se suicide, Karen n’y croit pas trop et mène l’enquête. Comment imaginer que cette énigmatique beauté fatale a pu se donner la mort ? A travers des enregistrements de psy, on remonte le passé misérable et sulfureux d’Anka Silverberg dans l’Allemagne nazie. Face au mari-veuf éploré, à un mafieux proxénète de bas-étage contrôlant le secteur, aux frasques du frère, coureur invétéré, l’enquête piétine et se complique. Entre le passé, le piteux quartier chicagoan, et l’enrageant traitement fait aux minorités et aux femmes à la fin de ces années 1960, Karen est un être à part, qui a soif de vérité et de liberté là où tout est cadenassé. Elle affiche une pugnacité hors-norme devant l’adversité. Karen est une héroïne qu’on n’oublie pas de sitôt. Ne passez pas à côté de ce chef d’œuvre, et ce gros mot est ici loin d’être galvaudé, du neuvième art.

Monsieur Toussaint Louverture, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Charles Khalifa, 34.90 €btn commande

 
Kobané Calling - Zerocalcare

kobane L'avis d'Edith:

On ne voudrait pas d'autre narrateur à ce reportage que Zerocalcare. Nous en proposerait-on un plus courageux, moins chauviniste de son quartier romain ou plus digne dans l'adversité que nous choisirions quand même ce dessinateur italien engagé  pour nous raconter le voyage de quelques italiens à Kobané et leur rencontre avec les combattantes et combattants kurdes contre Daesh.

Pourquoi ? Parce que Zerocalcare réussit à transmettre les rares rayons d'utopie d'un terrible contexte, celui de la guerre en Syrie. Parce qu'il ne nous vend pas un rêve mais nous transmet un combat, le courage d'hommes et de femmes qui luttent pour préserver leur utopie. Parce qu'il réussit à être drôle aussi, vraiment drôle, à coups d'auto-dérision et de traits géniaux. Parce que chaque pas là-bas le touche et chaque page nous émeut. Parce qu'il ne prétend pas être un expert, mais parvient à nous expliquer de manière pédagogique (et avec une vulgarisation totalement assumée) le contexte sacrément compliqué des kurdes de Syrie, de Turquie et d'Irak.

Une petite bombe d'humanité.

Cambourakis, 23€btn commande

 
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