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Plaisirs d'été: Esperluète

esperlueteAujourd'hui l'été tend les bras. Le temps est venu de musarder, d'être curieux, de mettre entre parenthèses la frénésie du quotidien pour se nourrir l'âme et le coeur. Et si l'on faisait le pari de délaisser les voies balisées, les listes de best-sellers vite lus et plus vite encore oubliés? Et si l'on se donnait le temps d'être habités par nos lectures, de les laisser faire écho à nos désirs, à nos amours, à nos angoisses et nos révoltes?

C'est à ce chemin-là de lecture que nous convient depuis 20 ans les éditions Esperluète.



On aime tant Esperluète et son catalogue défricheur, attentif aux bruits du monde autant qu'à ceux du coeur. Esperluète ouvre des portes, va où l'on ne l'attend pas, accueille voix et images qui dialoguent, s'emmêlent ou se heurtent. Ce travail d'éditeur est précieux, et les livres nés de tant de soins et d'attentions ne peuvent que venir remuer leurs lecteurs, au plus profond.

Alors l'envie nous prend de revenir sur quelques livres récents, et de vous souhaiter qu'ils soient les lucioles de votre été.





gant - collonguesAnne Collongues est photographe et écrivaine. Elle aime les lieux et les temps suspendus, les bribes de vies anonymes mais jamais anodines. Elle a publié chez Actes Sud Ce qui nous sépare, un roman tissé des existences d'hommes et de femmes le temps d'un trajet de RER. Le gant est un récit d'errance. Errance bien réelle, celle d'une femme désemparée par la perte d'un gant, et qui décide de repasser sur les lieux de sa journée en espérant le retrouver. Errance intime surtout, parce que ce gant perdu va l'obliger à remonter le cours de sa vie, à affronter des souvenirs sagement enfouis, à reprendre pied dans sa vie. Anne Collongues est la peintre délicate de cette quête en apparence banale, qui s'avérera déterminante. Elle décrit avec force les gestes quotidiens, les instants fugaces, les points de bascule. Son récit est ponctué par les encres de Patrick Devreux, qui offrent au texte une douce étrangeté.

 

 



ma route coupait - furlanOn connaît de Pierre Furlan ses traductions habitées d'auteurs américains comme Russell Banks ou Paul Auster, son goût pour les antipodes, et notamment la Nouvelle Zélande, d'où il a ramené des récits forts et de magnifiques traductions (chez Esperluète déjà, l'inoubliable Seul de John Mulgan), son intérêt aussi pour la peinture et une œuvre aussi singulière que celle de Louis Soutter. C'est un tableau de Edward Hopper qui figure sur la couverture de Ma route coupait droit à travers le monde, le recueil de trois nouvelles qui paraît aujourd'hui chez Esperluète. Hopper est également au centre de la première nouvelle, et l'hyperréalisme nimbé d'étrangeté de ses toiles fait écho à la tonalité du recueil: chez Pierre Furlan, les certitudes vacillent et les apparences sont mouvantes. Au cœur de chaque nouvelle, un personnage se débat pour recomposer l'histoire de sa propre vie, entre souvenirs flous, bribes de rêves, fragments de journaux comme écrits par une autre main. «Dans la lumière jaune, assez irréelle du Torys Bar, ce passé mal effacé devient poignant parce qu'il tient encore à la vie par toutes ses fibres. Ses péripéties particulières importent peu, noyées qu'elles sont dans cette indistinction».

Chaque nouvelle trace un chemin, étroit, périlleux, vers la liberté.Et c'est bouleversant.




femme morte - vanniIl y a en creux en chacun de nous une absence, une part manquante. Quand elle était petite fille, Carol Vanni a perdu une cousine, sa «grande cousine». Une mort sauvage dont elle porte depuis la trace. Ce sont ces petits bouts de mort, tantôt envahissants, tantôt apaisés, qui tissent la toile de Femme morte à la théière. Voici un livre qui ne ressemble à nul autre, un poème dansé, un livre de deuil qui serait aussi dans l'obstination de vivre. La langue de Carol Vanni est souple et ample, elle fait tenir ensemble toutes les contradictions de nos vies. Elle cherche, elle ose, elle s'indigne et tente, page après page, de se réapproprier l'espace occupé par la douleur. Entre les mots pudiques et beaux de Carol Vanni, Anne Leloup a déposé ses dessins comme des cailloux qui marquent un chemin. Leurs lignes douces, minérales et végétales, mènent le texte vers la lumière.


«Femme morte prise à la gorge par le banc
se tient debout    devant ce qui ne s'approche pas
écoute attend
est-ce mourir    est-ce vivre    est-ce mourir dans vivre»


Plaisirs d'été

 

 

Aujourd'hui l'été tend les bras. Le temps est venu de musarder, d'être curieux, de mettre entre parenthèses la frénésie du quotidien pour se nourrir l'âme et le coeur.

 

Et si l'on faisait le pari de délaisser les voies balisées, les listes de best-sellers vite lus et plus vite encore oubliés ? Et si l'on se donnait le temps d'être habités par nos lectures, de les laisser faire écho à nos désirs, à nos amours, à nos angoisses et nos révoltes ?

 

C'est à ce chemin-là de lecture que nous convient depuis 20 ans les éditions Esperluète.

 

On aime tant Esperluète et son catalogue défricheur, attentif aux bruits du monde autant qu'à ceux du coeur. Esperluète ouvre des portes, va où l'on ne l'attend pas, accueille voix et images qui dialoguent, s'emmêlent ou se heurtent. Ce travail d'éditeur est précieux, et les livres nés de tant de soins et d'attentions ne peuvent que venir remuer leurs lecteurs, au plus profond.

 

Alors l'envie nous prend de revenir sur quelques livres récents, et de vous souhaiter qu'ils soient les lucioles de votre été,

 

 

 

Anne Collongues est photographe et écrivaine. Elle aime les lieux et les temps suspendus, les bribes de vies anonymes mais jamais anodines. Elle a publié chez Actes Sud Ce qui nous sépare, un roman tissé des existences d'hommes et de femmes le temps d'un trajet de RER. Le gant est un récit d'errance. Errance bien réelle, celle d'une femme désemparée par la perte d'un gant, et qui décide de repasser sur les lieux de sa journée en espérant le retrouver. Errance intime surtout, parce que ce gant perdu va l'obliger à remonter le cours de sa vie, à affronter des souvenirs sagement enfouis, à reprendre pied dans sa vie. Anne Collongues est la peintre délicate de cette quête en apparence banale, qui s'avérera déterminante. Elle décrit avec force les gestes quotidiens, les instants fugaces, les points de bascule. Son récit est ponctué par les encres de Patick Devreux, qui offrent au texte une douce étrangeté.

 

 

On connaît de Pierre Furlan ses traductions habitées d'auteurs américains comme Russell Banks ou Paul Auster, son goût pour les antipodes, et notamment la Nouvelle Zélande, d'où il a ramené des récits forts et de magnifiques traductions (chez Esperluète déjà, l'inoubliable Seul de John Mulgan), son intérêt aussi pour la peinture et une oeuvre aussi singulière que celle de Louis Soutter. C'est un tableau de Edward Hopper qui figure sur la couverture de Ma route coupait droit à travers le monde, le recueil de trois nouvelles qui paraît aujourd'hui chez Esperluète. Hopper est également au centre de la première nouvelle, et l'hyperréalisme nimbé d'étrangeté de ses toiles fait écho à la tonalité du recueil : chez Pierre Furlan, les certitudes vacillent et les apparences sont mouvantes. Au coeur de chaque nouvelle, un personnage se débat pour recomposer l'histoire de sa propre vie, entre souvenirs flous, bribes de rêves, fragments de journaux comme écrits par une autre main. « Dans la lumière jaune, assez irréelle du Torys Bar, ce passé mal effacé devient poignant parce qu'il tient encore à la vie par toutes ses fibres. Ses péripéties particulières importent peu, noyées qu'elles sont dans cette indistinction ». Chaque nouvelle trace un chemin, étroit, périlleux, vers la liberté.

 

 

Il y a en creux en chacun de nous une absence, une part manquante. Quand elle était petite fille, Carol Vanni a perdu une cousine, sa « grande cousine ». Une mort sauvage dont elle porte depuis la trace. Ce sont ces petits bouts de mort, tantôt envahissants, tantôt apaisés, qui tissent la toile de Femme morte à la théière. Voici un livre qui ne ressemble à nul autre, un poème dansé, un livre de deuil qui serait aussi dans l'obstination de vivre. La langue de Carol Vanni est souple et ample, elle fait tenir ensemble toutes les contradictions de nos vies. Elle cherche, elle ose, elle s'indigne et tente, page après page, de se réapproprier l'espace gagné par la douleur. Entre les mots pudiques et beaux de Carol Vanni, Anne Leloup a déposé ses dessins comme des cailloux qui marquent un chemin. Leurs lignes douces, minérales et végétales, mènent le texte vers la lumière.

Femme morte prise à la gorge par le banc

se tient debout devant ce qui ne s'approche pas

écoute attend

est-ce mourir est-ce vivre est-ce mourir dans vivre