On y prend quelques leçons de grammaire, y entend le français tel qu'il se parle, y rit des joutes verbales entre profs et élèves, y apprend que photocopieuses et machines à café ne fonctionnent jamais dans une salle des profs : Entre les murs est un livre vif, drôle et grinçant sur l'école d'aujourd'hui. Avec cette chronique d'une classe au fil d'une année scolaire, François Bégaudeau colle à la surface des choses et livre, entre ironie et affection, un regard plein de justesse sur notre environnement social, politique et intellectuel.
Attention, travaux! Un chantier qui vire au désastre, des ouvriers qui sèment la pagaille, un anti-héros débordé : bienvenue chez Jean-Paul Dubois... Vous plaisantez, Monsieur Tanner agit comme un antidote à la morosité et met du peps dans les soucis quotidiens : éclats de rire garantis. Et puis il y a cette grâce, cette élégance de l'écriture de Jean-Paul Dubois, qui oscille sans cesse entre mélancolie et désinvolture et fait d'un petit livre cocasse une belle leçon d'humanité.
Ce n'est pas une biographie, pas non plus une succession de chromos, encore moins une histoire de la musique : Ravel est un roman de Jean Échenoz, et comme toujours la promesse d'une lecture éblouissante. Tour à tour dandy et ermite, souvent narquois, toujours élégant, fumeur invétéré de Gauloises et malheureux insomniaque, Ravel s'offre à Échenoz comme un personnage tout en contrastes et en incertitudes. Jusqu'aux derniers instants, quand la mémoire s'efface, que la vie se délite et qu'une dernière fois le silence vient recouvrir la musique.
Automne 1913. Tandis que Gabrielle Demachy tente de comprendre les raisons de la disparition de son fiancé en Birmanie, l'Europe est sur le point de basculer dans l'horreur. Rien pourtant ne pourra arrêter sa quête éperdue et on suit avec un plaisir grisant le chemin qui la mènera à la vérité. Dans la main du diable est un livre rare, tour à tour trépidant et voluptueux, inquiétant et émouvant. Anne-Marie Garat offre à ses lecteurs une ode aux pouvoirs du roman – un enchantement.
De coach à virtuel , de biper à zapper , de dégraisser à positiver , Nicole Malinconi égrène des mots malmenés par l'exigence d'efficacité immédiate et montre combien cette « langue sans ombre » reflète notre société. Son Petit abécédaire des mots détournés renvoie chacun à l'usage qu'il fait de la langue, et appelle à réfléchir au fabuleux pouvoir des mots, capables de donner du sens et de créer du lien. Un livre salutaire.
Gerda Taro. Un nom aujourd'hui (presque) oublié. Et pourtant! Compagne du photographe Robert Capa, elle couvre la guerre d'Espagne, du côté républicain, pour divers journaux et meurt écrasée par un char sur le front de Brunete, à vingt-sept ans. François Maspero rend un émouvant hommage à cette figure emblématique du courage et de la liberté. Il y mêle données biographiques, essai sur les milieux intellectuels, politiques et artistiques des années '30 et réflexion sur l'engagement.
=ng1036 De Louis Legrand, l'Histoire n'a pas retenu le nom. Auteur d'un globe terrestre extraordinaire, conservé dans l'ancien couvent des Capucins de Dijon, il devient sous la plume d'Alain Nadaud une admirable figure romanesque. Allégorie sur le pouvoir transgressif de la création, Le vacillement du monde est aussi une invitation au voyage, des grands espaces canadiens à l'aventure intérieure de Louis Legrand, relégué en Bourgogne par l'intransigeance de son maître. Ce court texte nous fait voyager dans les coulisses des Lumières... pour notre plus grand bonheur de lecteurs.
Villa Amalia , ou l'art de la fugue... Quand ce n'est pas seulement l'amour mais toute la vie qui ment et qui blesse, il ne reste que la fuite : tout quitter, se défaire comme de peaux mortes des écailles du quotidien et retrouver ailleurs, peut-être, l'intimité avec soi-même. Villa Amalia est un roman subtil et harmonieux, le portrait d'une femme libre et de sa lente renaissance dans la lumière de Naples,
Les romanciers français semblent retrouver le goût de raconter des histoires et de les frotter à l'Histoire : cela produit de belles étincelles, voyez Jean Échenoz, voyez Anne-Marie Garat. Voyez aussi Jean Rouaud : son Imitation du bonheur est un hommage aux insurgés de la Commune de Paris doublé d'une vibrante histoire d'amour. Jean Rouaud pour autant prend plaisir à détourner les lois du genre et passe son roman au prisme de la modernité, s'immisçant dans la vie de ses personnages, interrompant l'action pour de longues disgressions sur les attaques de diligences, les mérites comparés de la littérature et du cinéma ou la culture de la soie dans les Cévennes. Curieuse alchimie que l'on déguste en douceur, pour faire durer plus longtemps le bonheur de la lecture.
Gallimard
22,50 €
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Fuir de Jean-Philippe Toussaint (Minuit, 13 €), tout simplement l'un des plus beaux romans publiés pendant l'année écoulée; Histoire de la grande maison de Charif Majdalani (Seuil, 21 €), saga lumineuse sur fond de l'histoire complexe et métissée du Liban; Insoupçonnable de Tanguy Viel (Minuit, 13 €), vrai-faux polar mais totale réussite; Ourania de J. M. G. Le Clézio (Gallimard, 19,50 €), voyage au Mexique sur les traces d'une communauté utopique.
On les avait laissés dans le Birmingham de la fin des années '70, tout juste sortis du lycée et la vie pleine de promesses. On les retrouve vingt ans plus tard, comme de vieux amis, avec tendresse et jubilation. Les héros de Bienvenue au club sont devenus journaliste, député, traducteur ou comptable. Leurs rêves d'adolescents sont loin, leurs révoltes noyées dans le confort, Tony Blair a transformé le socialisme, et pourtant leurs amitiés et rivalités du temps du lycée n'ont rien perdu de leur flamme. Avec le Cercle fermé , Jonathan Coe clôture une fabuleuse saga romanesque.
Premier roman magistral d'un jeune auteur canadien d'origine indienne, Le chemin des âmes nous raconte le retour de la première guerre mondiale de Xavier, jeune indien engagé dans les troupes canadiennes. Lui seul revient de l'enfer, sans Elijah, son ami d'enfance, et est accueilli par Niska, son aieule, une vieille femme qui vit loin du monde des Blancs. C'est une histoire d'amour, de haine et de guerre, qui se déroule de l'Ontario aux plaines de Flandres, entre passé et présent, entre un monde qui se meurt, celui des Indiens du Canada, et un monde où l'on meurt, celui des tranchées. Un livre obsédant, au rythme frénétique, qui capture le lecteur hors d'haleine. À découvrir!
Dans ce magnifique roman initiatique, Haruki Murakami échafaude deux destins, chapitre après chapitre – celui du vieux Nakata, qui parle de lui à la troisième personne; celui du jeune Kafka, qui, lui, emploie « je ». Il les emmène au bout d'eux-mêmes, au bout de leur histoire. Murakami construit un univers sans limites, aux confins de tous les possibles. Un roman qui embarque le lecteur bien plus loin que celui-ci ne pouvait l'imaginer en commençant sa lecture. Un livre rare sur la dérive, la perte, la solitude.
1935. Déjà le monde vacille, pris dans le tourbillon qui mène aux déflagrations de la guerre. Dans une maison perdue aux confins du Bronx, les Mitwisser tentent d'apprivoiser l'exil et la folie. Grands bourgeois berlinois, ils fuient l'Allemagne nazie où ils ont laissé privilèges, considération et certitudes. Dans leur sillage on croise d'autres égarés, tels leur étrange bienfaiteur américain ou encore Rose Meadows, narratrice précise et ironique de ces vies englouties. Un roman dense, puissant, déroutant – et une des lectures les plus passionnantes de la dernière rentrée littéraire.
C'est l'histoire étonnante et originale d'un jeune américain qui émigre « dans le mauvais sens » et fait de cette expérience un roman qui ne ressemble à rien de connu. James part à Moscou sur un coup de tête et rêve d'élucider la grande énigme : qu'est-ce que « l'Âme russe »? Arrivé en Russie en 1991, dans un pays sens dessus dessous, il en repartira six ans et demi plus tard, sans avoir trouvé réponse à sa question mais sa tolérance à la vodka aura fait des progrès redoutables! Un roman complètement burlesque, à l'écriture légère et inventive qui se déguste le sourire aux lèvres!
Richard Powers nous fait arpenter la seconde moitié du vingtième siècle américain par la destinée d'une famille, au rythme d'un blues poignant et bouleversant. Tout commence à Washington, en 1939, par la rencontre de David Strom, juif allemand exilé, et Dalia Daley, jeune étudiante noire américaine, lors d'un concert de Marian Anderson. Le temps pour eux va s'arrêter à cette journée illuminée par la tolérance : ils ne se quitteront plus. Les trois enfants qui vont naître de cette union seront éduqués dans le culte absolu de la musique, de l'art, de l'amour universel. Un portrait heureux d'une famille unie. Jusqu'au jour où... Centré sur les questions de l'origine et de l'identité, ce roman nous étreint dès les premières pages : une expérience intense.
Et si Lindbergh était devenu président des États-Unis en 1940? Et si l'Amérique n'avait pas déclaré la guerre aux nazis? Et si les Juifs du Nouveau Monde avaient eu à éprouver la barbarie qui baignait alors l'Europe? Avec Le complot contre l'Amérique , Philip Roth met en place une impressionnante machine à réécrire l'histoire. Commence alors sous les yeux du lecteur une marche progressive mais inéluctable vers le totalitarisme et la terreur. Le complot contre l'Amérique n'est pas seulement une ingénieuse fiction historique mais un très, très grand roman : sans doute est-ce dû à la voix qui porte le livre, celle du petit Philip Roth, neuf ans à l'époque, qui raconte au plus près l'intrusion de l'Histoire au sein d'une famille comme les autres, la montée de l'angoisse et le deuil de l'innocence.
Dans les années '30, Agatha Christie disparaît onze jours durant, plongeant l'Angleterre dans l'émoi. Fasciné par cette anecdote, l'écrivain Pasavento entend faire de même. Hélas, de sa fuite toujours plus frénétique, entre Barcelone, Paris, Naples et la Suisse, personne ne s'inquiétera. Cruel destin pour notre héros, dont les problèmes d'identité ne s'arrangent pas et qui se sent condamné à revivre les errances de ses maîtres en disparition, les écrivains Robert Walser, Emmanuel Bove ou Thomas Pynchon... Docteur Pasavento n'est pas seulement une farce rocambolesque orchestrée par le malicieux Vila Matas : c'est surtout une brillante histoire de la modernité littéraire.
Bourgois
25 €
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Mais aussi
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L'art de la joie de Goliarda Sapienza (Viviane Hamy, 24 €) ou le destin hors du commun d'une Italienne libre et souveraine; Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal (Buchet-Chastel, 25 €), épopée intimiste sur le désir et ses méandres; Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe (Laffont, 26,35 €), un regard sur le monde universitaire comme laboratoire de la société américaine; Globe Trotter de David Albahari (Gallimard, 19,50 €) où l'on suit les errances singulières d'un Serbe et d'un Croate que le hasard réunit dans une petite ville canadienne; La sœur de Mozart de Rita Charbonnier (Seuil, 22 €), passionnant portrait d'une oubliée de l'histoire de la musique; El Negro et moi de Frank Westerman (Bourgois, 24 €), enquête insolite et humaniste sur un Bushman naturalisé conservé dans un petit musée catalan.
Si vous ne connaissez pas les livres d'Andrea Camilleri, plongez-vous dans Le coup du cavalier , belle introduction à son œuvre truculente : comme à son habitude, Camilleri se réapproprie un événement réel du passé de son île pour le transposer dans sa Vigata imaginaire, cité emblématique de toute la Sicile. Et à nouveau, l'auteur nous offre une intrigue subtile, une galerie de personnages hauts en couleur, un feu d'artifice dans une langue tout à la fois grotesque, graveleuse et poétique. Goutez-y, vous en redemanderez!
La collection de polars Carré Jaune nous avait déjà fait découvrir des personnages aussi attachants que le médecin sarde Efisio Marine (dans La peur et la chair de Giorgio Todde) ou les policiers portugais Ramos et Castanheira (dans Les deux eaux de la mer de Francisco José Viegas). Le déjeuner du coroner ne déroge pas à la règle : dans un Laos nouvellement conquis par les communistes (nous sommes en 1976), le docteur Shi, 72 ans, médecin légiste de son état, mène l'enquête sur quelques morts bien mystérieuses. Empreint de sagesse et doté d'un humour délicieux, le vieux médecin revenu de tout nous entraîne dans une aventure aux multiples rebondissements.
Uns histoire sanglante et authentique, celle d'une bande née dans les rues de la Magliana, petit quartier romain, et devenue un mythe au fur et à mesure de son emprise sur la ville. À travers elle, c'est toute l'histoire italienne des années '70 et '80 qui défile : séquestration d'Aldo Moro, collusion entre pouvoir et organisations criminelles, corruption généralisée... Une plongée dans la malavita dont personne ne sort indemne.
Un an après la découverte de La cité des jarres , on retrouve le commissaire Erlendur dans un polar douloureux et hanté par le passé. L'intrigue se construit en pointillé dans une Islande sauvage et grandiose ; elle se double d'une émouvante réflexion sur la filiation et la responsabilité. Un roman noir et amer.
Henning Mankell délaisse la famille Wallander le temps d'un roman et nous présente un nouvel héros, Stefan Lindman, pour le plonger d'emblée dans une enquête sanglante aux implications multiples. L'occasion pour Mankell de se pencher sur les compromissions de la Suède vis-à-vis des nazis, de nous faire voyager dans un quartier populaire de Buenos Aires et de prouver une fois encore qu'il n'a pas fini de nous faire trembler.
Où l'on retrouve pour la dernière fois le célèbre détective gastronome Pepe Carvalho et son fidèle adjoint Biscuter. Les voici tous deux embarqués, sous les auspices de Bouvard et Pécuchet, pour un tour du monde mélancolique et jouissif. Teinté d'un subtil humour désabusé, ce « roman-monde » dresse un état des lieux indigné sur une planète qui tourne étrangement. Plus que jamais, Manuel Vasquez Montalban s'est joué dans son ultime roman des frontières entre fiction et réel, et on est tenté de lire son Milenio Carvalho comme le testament d'un auteur qui aura marqué le roman policier.
Une nouvelle enquête pour Adamsberg, aux prises cette fois avec un inquiétant bestiaire... Comme à son habitude, Fred Vargas offre un polar décalé, où l'on croise une galerie de personnages saugrenus (ainsi ce lieutenant muté aux côtés d'Adamsberg et qui ne s'exprime qu'en alexandrins), un grimoire énigmatique et des cerfs assassinés. Le tout conté avec humour et malice, une touche d'émotion et une vraie profondeur psychologique. Fred Vargas s'impose décidément comme une incontournable du roman policier.