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Lectures
Moi, ce que j'aime, c'est les monstres - Emil Ferris

027L'avis d'Adrien :

Tout a déjà été dit sur cette bande dessinée encensée par les plus grands auteurs, Art Spiegelman en tête. Emil Ferris a déjà reçu énormément de prix. La question s’est même posée en cette rentrée littéraire 2018 : "Et si le roman de cette rentrée était graphique ?". Avec une telle avalanche de louanges, ça devient suspect, l'esprit de contradiction pointe le bout de son nez et voudrait chercher la petite bête, mais non...
Tout est vrai. C'est splendide, une fois la bande dessinée terminée, on a qu'une seule envie, la recommencer et profiter du fourmillement des détails, aussi bien dans le texte, la narration que dans les dessins, tout au bic, magnifiques. Et puis, vivement le Livre Deuxième !

Fin des années 1960, Karen Reyes, toute jeune ado, vit avec sa mère et son playboy de frère dans un quartier populaire de Chicago. Karen adore les monstres et se prend elle-même pour l’un d’eux. Quand une voisine se suicide, Karen n’y croit pas trop et mène l’enquête. Comment imaginer que cette énigmatique beauté fatale a pu se donner la mort ? A travers des enregistrements de psy, on remonte le passé misérable et sulfureux d’Anka Silverberg dans l’Allemagne nazie. Face au mari-veuf éploré, à un mafieux proxénète de bas-étage contrôlant le secteur, aux frasques du frère, coureur invétéré, l’enquête piétine et se complique. Entre le passé, le piteux quartier chicagoan, et l’enrageant traitement fait aux minorités et aux femmes à la fin de ces années 1960, Karen est un être à part, qui a soif de vérité et de liberté là où tout est cadenassé. Elle affiche une pugnacité hors-norme devant l’adversité. Karen est une héroïne qu’on n’oublie pas de sitôt. Ne passez pas à côté de ce chef d’œuvre, et ce gros mot est ici loin d’être galvaudé, du neuvième art.

Monsieur Toussaint Louverture, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Charles Khalifa, 34.90 €btn commande

 
La note américaine - David Grann

017L'avis d'Adrien :

Oklahoma, Tribu des Osages, début du XXe (jusqu'à aujourd'hui).

Quand une tribu amérindienne parquée sur des terres gorgées d'or noir s'enrichit, les visages pâles s'en mêlent. Nous avons alors à faire à des tuteurs, trésoriers, curateurs malintentionnés, un enchaînement de meurtres par empoisonnements, accidents en tout genre bien ou mal déguisés, des spoliations en règle. Le livre se développe en deux parties. La première retrace cette histoire. La deuxième montre comment une poignée d’hommes a essayé d’endiguer la machine infernale en enquêtant et révélant au péril de leur vie la sombre affaire.

Avec "La note américaine" de David Grann, on est plutôt du côté du journalisme que du journalisme littéraire, en bref, le style d’écriture n’est pas foncièrement éblouissant, mais quel journalisme, quelle enquête phénoménale! C'est fouillé en diable, captivant, ahurissant et révoltant de voir toutes les ramifications établies pour tant de meurtres commis et camouflés, passés sous silence, tant de familles dépouillées... Et il est fou de voir comment finalement un seul homme a su tenir bon et mener l'enquête (quasi) à bien, mettant en lumière par sa compétence et sa persévérance la toute puissance en devenir du FBI alors balbutiant.

Globe, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cyril Gay, 22 €btn commande

 

 
Ma dévotion - Julia Kerninon

ma devotion - kerninonL'avis de Delphine:

Dévotion : un beau titre, et un beau mot, que l’amour a emprunté au langage religieux – cela aurait pu être l’inverse – et qui, comme ferveur, est tristement passé de mode.

Comme tant d’autres à son époque – tant d’autres à toutes les époques …  –, Helen, née dans les années 1930, a longtemps été une femme sans voix. Elle a pourtant mené une carrière d’éditrice et d’essayiste et une vie peu conventionnelle, mais parler, se faire entendre, elle n’a jamais pu, jamais su. Jusqu’à ce qu’elle retrouve, par hasard et plus de vingt ans après leur séparation, Frank, son amour, et qu’elle le somme de l’écouter, là, tout de suite, dans la rue où ils se sont croisés. Et nous, lecteurs, nous nous sentons sommés de lire, d’écouter nous aussi ce qu’elle a à dire.

De sommés, nous sommes happés, pris par ce récit qu’Helen égrène en une multitude de très brefs chapitres et où elle raconte à Frank leur vie : sa dévotion à elle et sa dette à lui, le grand artiste égocentrique et étranger à tout ce qui n’est pas son art et ses conquêtes. À mesure qu’elle dévide l’écheveau de ses souvenirs, l’équation paraît de moins en moins simple et se trouble – la dévotion aussi a sa part d’ombre ...

Dans ce roman au style fluide, limpide et imagé, Julia Kerninon explore avec beaucoup de finesse et d’acuité les ressorts de l’amour, les liens troubles qu’il entretient avec le besoin, la nostalgie et les malentendus. Elle interroge aussi le rôle que jouent dans notre vie les mensonges que l’on trame et les œillères dont on s’affuble, la façon dont ils tracent un chemin qu’on emprunte bon gré mal gré, mi-lucide, mi-aveugle.

Surtout, la romancière dresse le portrait nuancé d’une femme discrète, presque falote en apparence, qui, se révélant page après page, incarne ce qu’elle sait mieux que personne, ce que tout lecteur sait : « Il ne faut pas juger un livre à sa couverture ».

 

Le Rouergue, 20 €btn commande

 
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