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Littérature française
Ariane - Myriam Leroy

myriam leroy arianeL'avis d'Adrien :

Myriam Leroy embarque sans ambages son passager, ne lui laissant la peine d’attacher sa ceinture,  le faisant rentrer de plein fouet dans l’adolescence de la narratrice. Après l’exposé cinglant fait sur sa famille, son milieu « un gros bourg moche, d’une laideur tout à fait anti-cinématographique », on découvre comment elle a été aimantée par Ariane, une beauté indienne adoptée par une famille bourgeoise du Brabant wallon et « lévitant plusieurs kilomètres au-dessus [des] contours informes » des autres adolescents de ce « collège chic (…) une école de blonds ». Et de suivre la trajectoire de cette amitié dont la toxicité ne fait que s’accroître ; on est cruel quand on a dix-sept ans.

L’écriture est fluide, sans fioritures, on s’y abreuve d’une traite. Au mitan de l’histoire est d’ailleurs posée la question de l’écriture d’un tel récit : « Thérapie classique par l’écriture. On est loin de la littérature ». Quatre pages de méta roman qui autant qu’éclaircir le débat, l’embrouillent largement, et nous introduisent dans un labyrinthe où nos repères fondent comme neige au soleil, le fil d’Ariane ne faisant que nous perdre plus. Ce passage est puissant, car autant nous goûtions déjà la pertinence et la justesse du propos, que ce soit sur les classes sociales, l’adolescence, la famille, l’amitié, sur cette période de la fin des années 1990, autant après, nous plongeons corps et âme dans une histoire dont on ne sait si elle a existé ou non et nous laisse interdit.

Comme il y a des teenage movie, voici un teenage book, et celui-ci se passe à Nivelles, en Belgique, il est glauque, sa vérité y est glaçante, on le lit avec avidité et beaucoup d’effroi.

Amitié adolescente, roman générationnel, cartographie de la classe moyenne qui bande mou, tout ça peut sembler rebattu, mais il y a ce style qui lui est propre, très efficace, concis, cette justesse, ce sens de la formule et de l’observation qui annoncent qu'une écrivaine est née. Bravo Myriam Leroy !

Don Quichotte, 16 €btn commande

 
Sigma - Julia Deck

sigma - deckL'avis d'Anouk:

«Sigma» est l'une de nos plus étourdissantes lectures de cette rentrée littéraire.

Julia Deck y déploie avec maestria tout le talent qu'on lui connaît depuis «Viviane Elisabeth Fauville», et son troisième roman est une réussite: trépidant, inclassable, joyeusement subversif.

Jugez plutôt: Sigma est une organisation tentaculaire, un Big Brother planétaire qui a pour vocation «l'harmonisation des pensées». Pour atteindre cet objectif hygiéniste, Sigma rémunère des assistants qui s'immiscent dans l'entourage de personnalités en vue et surveillent leur conformité aux critères érigés par l'organisation. Lorsque les agents de Sigma apprennent la possible redécouverte d'une toile que tous pensaient disparue, œuvre d'un peintre étiqueté décadent, ils déploient toute leur énergie pour neutraliser la puissance du tableau. Commence alors un jeu de chassés-croisés et de faux-semblants dans une Suisse aseptisée, avec une galerie de personnages aussi attachants que parfaitement retors.

Julia Deck fait subir au roman d'espionnage le même bain d'ironie, d'humour et de littérature que Jean Echenoz dans son «Envoyée spéciale»; c'est peu dire que «Sigma» s'amuse de et avec son lecteur!

Minuit, 17,50 €btn commande

 
L'avancée de la nuit - Jakuta Alikavazovic

avancee de la nuit - alikavazovicL'avis d'Anouk:

L'avancée de la nuit est, avant tout, une somptueuse histoire de rencontre, de désir et de flamboyance. L'amour de Paul et Amélia étincelle avant de s'éclipser avec la même inéluctabilité qu'il s'était imposé. Mais un tel amour n'est pas fait pour s'éteindre. Il infiltre tout des vies, se transforme, renaît et disparaît de nouveau. C'est un amour à contretemps, toujours présent, toujours fuyant. Comme un flamme on ne peut le figer. Et quand sonne l'heure des bilans, pour Paul comme pour Améia, il est l'unique certitude.

L'amour de Paul et Amélia infuse, infiltre, circule. Et ce mouvement, il est déjà présent dans le titre du roman. L'avancée de la nuit, c'est l'époque sombre dans laquelle se débattent Paul, Amélia et tous les autres personnages de cette fresque ambitieuse. La nuit qui avance, c'est la guerre qui s'empare des villes, Sarajevo où disparaît la mère d'Amélia, Paris où grandit sa fille Louise, "une ville terrifiée, paralysée par son propre reflet morcelé sur une multitude d'écrans de surveillance dont aucun pourtant ne sut prévenir les attaques foudroyantes". La nuit qui avance, c'est la peur qui s'engouffre dans tous les interstices, collectifs et intimes, cette peur qui est une émotion si bien partagée et si irréductible à chaque individu.

Mais la nuit, qui est à la fois un lieu et un moment, est aussi le monde de l'ambivalence. Elle peut être porteuse de fête, d'amour et de beauté, d'ardeur et d'allégresse. Et l'avancée de la nuit sonne comme une promesse, celle de l'aube et de la lumière. Aussi L'avancée de la nuit n'est-il pas seulement le roman de nos temps obscurs: il porte en lui l'idée d'un monde à reconstruire et d'une génération, celle de Louise, qui n'a pas honte de son optimisme.

C'est là sans doute ce qui fait toute la puissance du roman: il faut penser contre l'époque, il faut croire que la beauté, et l'art, et la littérature, peuvent nous consoler de la noirceur du monde et même la réparer, en inventant de nouveaux chemins. En nous entamant avec autant de puissance que le monde nous entame.

Jakuta Alikavazovic, que le magazine Lire vient de désigner "Révélation française de 2017", éblouit avec ce roman intensément contemporain. Une merveille!

 

L'Olivier, 19 €btn commande

 

 
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