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Littérature française
Pourquoi les oiseaux meurent - Victor Pouchet

pouchetL'avis d'Adrien :

Pléthore de romans cauchemardant notre futur et ne touchant pas qu’un public sf font surface. Ce premier roman pourrait faire partie de la liste mais ce qui est bien ici, c’est que le futur arrive à la fin.

Peinant à terminer sa thèse et se remettant mal d'une séparation, un jeune parisien est interloqué par un fait divers s’étant déroulé près de son village natal, des pluies d’oiseaux morts. Ras le béret de Paris et las de se morfondre dans sa thèse et son chagrin d’amour, il « collecte des traces de l’apocalypse en marche » et décide de mener l’enquête.

Plutôt que de se vautrer devant ce « roman fragmentaire et souvent inepte » qu’est internet, notre héros préfère le terrain. A bord du Seine Princess, il remonte le fleuve, de Paris à la capitale normande, Rouen. Muni d'ouvrages divers (une Bible, Histoire naturelle Vol.2 de Pline, ce genre), se laissant guider par des avis et anecdotes en tout genre (Pigeon Project durant la guerre, chauve-souris explosives...), il piétine, ne rencontrant que retraités à la ramasse, une skipper engageante, un pianiste porté sur la bouteille… L'enquête vire introspection et, comme dans tout bon roadtrip initiatique et selon le cliché couillon mais plutôt juste du développement personnel, l’important n’est pas le but mais le chemin. Sacré chemin que de questionner sa relation père-fils, sa foi en l'avenir, se sentir vivant dans un monde qui part en vrille et retrouver goût à l’amour. Ne reste plus que la thèse à achever. Allez Victor, au boulot !

Aventure, humour, amour, par un enquêteur-narrateur bras cassé à la Jérôme K. Jérôme Bloche , une fin grandiose mais frémissante... L’aile ou la cuisse ? Les deux, mon capitaine !

Je ne voudrais pas passer pour un blogueur mode mais si vous n’aimez ni les rives de Seine ni la Haute Normandie, vous saurez assurément apprécier la quête du jeune homme, mais aussi la première de couverture qui vous fera voyager loin avec ces mille plumes aux couleurs irisées. Une fois de plus chapeau à FINITUDE qui édite du bel ouvrage et a le nez creux pour faire éclater de talentueux écrivains à leurs DÉBUTS !btn commande

Editions Finitude, 16,50 €

 
Le petit garçon sur la plage - Pierre Demarty

petit garcon - demartyL'avis d'Anouk:

Un livre puissant sur la fragilité: ainsi pourrait-on résumer en quelques mots le bouleversant «Petit garçon sur la plage» de Pierre Demarty. Le livre part de deux images fortes, qui se ressemblent et ne se ressemblent pas. L’une et l’autre montrent de très jeunes garçons, seuls, sur une plage. La première est une image de fiction, aperçue dans une salle de cinéma un soir d’été solitaire. La seconde est une image trop réelle, celle d’un enfant syrien allongé sur une plage turque, «dont on sait, on voit bien, on comprend tout de suite, immédiatement, ce petit garçon-là, qu’il ne dort pas». Ces deux images se font écho malgré toutes leurs différences.
«Ce qui les rend indissociables est ailleurs, hors d’elles. Pas dans les images elles-mêmes, pas dans ce qui s’y montre, dans ce qui s’y voit quand on les regarde.
Mais dans son regard à lui.
L’homme qui regarde ces images.
L’homme qui regarde, l’une après l’autre, à deux instants différents de sa vie, ces deux petits garçons sur la plage.
La différence est là. Dans ce qu’il fait de ces deux images, et dans ce qu’elles font de lui.»

L’homme, c’est le narrateur de ce récit intense et beau. C’est un homme d’aujourd’hui, juste peut-être un peu plus secret que d’autres. Les deux images vont se superposer en lui et tout changer, jusqu’à la nature de son silence. Elles vont lever chez cet homme réservé une insurrection si violente qu’elle l’arrachera pour toujours à sa vie confortable. Et il lui faudra désormais errer, creuser le sable fuyant des souvenirs, chercher à saisir quel chemin ces petits garçons sur la plage ont ouvert en lui pour faire émerger ce continent de tristesse dont il ne soupçonnait pas l’existence.

Pierre Demarty, avec ce livre bref et tendu, démêle les fils de notre métier d’homme. Après «En face», il continue à interroger la dépossession et la fragilité au cœur de toute vie. Il écrit comme personne ce que c’est qu’être un père aujourd’hui, ce que c’est que tenir cette place en l’ouvrant au mystère, à l’incertitude, au vacillement. Et c’est bouleversant.

«Il a ouvert la porte de la chambre des garçons, il s’est avancé vers les lits, et il les a regardés, les deux, le grand et le petit, ses fils, simplement ça, les regarder, allongés sur le ventre au milieu des peluches, leurs deux visages bercés par le tournoiement des lumières et des ombres difformes projetées par la veilleuse.
Il les a regardés longtemps, sans comprendre. Sans pleurer, car il ne pleurerait désormais plus. Mais saisi, simplement, par cet étourdissant et banal mystère, ce mélange incompréhensible de joie et de terreur qui s’empare des hommes qui sont des pères lorsqu’ils regardent la respiration des enfants soulever le drap qui les recouvre, la nuit, dans le noir et le silence.»

 

Verdier, 13 €btn commande

 
La Sainte Famille - Florence Seyvos

sainte famille - seyvosL'avis d'Anouk:

Combien ça pèse, une enfance? Combien de grâce et combien d'effroi? Combien de jeux, combien d'ennui, combien de douceur et combien de secrets?

Rares sont les enfants devenus grands qui savent parler avec subtilité du poids de ces années-là. Florence Seyvos y réussit à merveille, qu'elle écrive pour les plus jeunes ("Pochée", "La tempête", "Nanouk et moi" et bien des livres formidables, tous publiés par l'École des Loisirs) ou pour les autres: rappelez-vous son précédent roman, l'époustouflant "Garçon incassable", ou les films qu'elle signe avec Noémie Lvovsky.

"La sainte famille" qui sort aujourd'hui est un conte noir et troublant. Un frère et une soeur y découvrent le monde à travers les miroirs que tendent des adultes pas toujours bienveillants. Chez Florence Seyvos, l'écriture est retenue, mais le souffle puissant: voyez ces personnages à l'inquiétante étrangeté, ces maisons tourmentées, ces scènes de vie croquées avec une telle force émotionnelle que vous ne les oublierez pas.

Depuis "Les apparitions", Prix Goncourt du premier roman en 1995, Florence Seyvos suit un chemin singulier et beau. "La sainte famille" en est l'un des plus brillants jalons.

L'Olivier, 17.50 €; Points, 6.50 €

 

 

 

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