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Littérature française
Le chagrin d'aimer - Geneviève Brisac

chagrin aimer - brisacL'avis de Régis:

La figure de la mère est un personnage récurrent dans les romans de Geneviève Brisac, souvent incarnée par des femmes à l’amour maladroit, des écorchées, des iconoclastes, des rebelles. Mais ici, point de fiction. L’auteure prend le risque inouï de percer le mystère de sa propre mère, cette femme distante mal-aimante, taiseuse. S’emparer d’une absence cruelle de transmission pour tenter de dire, au plus juste, au plus près, quelle a été la vie de cette femme. « On écrit pour comprendre ce que l’on ne comprend pas ».

Page après page, en courts textes, Geneviève Brisac s’empare de cette relation si particulière qu’elle entretenait avec sa mère. Son écriture est précise, vive, nerveuse. Sans aucune concession. Certaines pages ne cachent rien de l’exaspération, de la colère, de l’incompréhension. Des rires jaillissent aussi, inattendus, tant la personnalité maternelle est décalée, inhabituelle, hors-format… L’auteure poursuit alors une enquête minutieuse et retisse, fil à fil, une histoire familiale multipliant les allers-retours entre Athènes, Constantinople, Anvers ou Paris. Des vies démesurées, peuplées de récits, orientaux et mythologiques. Des grands-parents exilés et cosmopolites, rêveurs et idéalistes. Fameuse tribu pourtant disparue, noyée dans le silence de celle qui ne voulait pas croire et partager leurs espoirs. Celle qui en a décidé autrement.

Véritable tragicomique invariablement cachée dans la fumée de ses cigarettes, auteure de feuilletons pour la radio et la télévision, anti-mondaine, anti-flics, anti-femmes, anti-mômes, anti-cons, le personnage est tout à la fois monstrueux et profondément désarmant.

Par une forme extrêmement maîtrisée, moderne, proche d’une installation artistique, Geneviève Brisac peut enfin prétendre à sa place de fille aînée. Elle offre à sa mère la douceur, la lumière et l’amour tant recherchés.

Geneviève Brisac sera à la librairie le vendredi 2 mars 2018 pour présenter "Le chagrin d'aimer".

 

Grasset, à paraître le 28 février 2018, 18.25 €btn commande

 

 
Benedict - Cécile Ladjali

benedict - ladjaliL'avis de Clémence:

Parcourant les frontières entre Orient/Occident, femme/homme, jour/nuit, blanc/noir, cultures arabe/chrétienne, Cécile Ladjali met en scène le dualisme qu'inspirent les contraires. Professant la littérature comparée à l’Université de Lausanne et de Téhéran, Bénédict(e) est une figure singulière qui incarne pourtant l’universalité. Androgyne et persuadé que les frontières en tous genres ne devraient pas exister, ce personnage rappelle la condition première de l’homme: il appartient à un tout. Composé de chair et de sang, doté d’une capacité réflexive sur la vie, chaque individu se ressemble éminemment. Et pourtant, il s’est contraint à séparer les éléments, les races, les territoires, les sexes, cantonné à une vision manichéenne. Bénédict(e) revendique que l’humanité est une union de ces différences, qu'en chacun converge le masculin et le féminin, des racines diverses, des couleurs qui se confondent et des opinions influencées par les autres. Il/elle s'oppose à l'étiquetage compulsif et démontre qu’un point central au sein de l'Art existe car il réunifie et sublime tout ceci, miroir reflétant la diversité du monde.

En définissant des cases pour tout, l'homme a perdu l’essentiel qu'est l’immense beauté du métissage. Dans un climat d’immigration et de rejet de l’autre, de féminisme montant pour reconnaître l’égalité des sexes (jusqu'à leur unification), Ladjali appelle à retourner à la source qu'est cette universalité première, que seul l’Art peut encore atteindre, et dont Bénédict(e) serait l'incarnation. En effet, dans la dernière partie, l'auteure réalise une magnifique synthèse qui montre que la perfection, la beauté et la paix sont atteignables à travers les mots et la poésie de la littérature à condition d’abattre les frontières édifiées arbitrairement. Bénédict(e) est donc un héros car il/elle dénonce la dégradation de l’homme dans une ère où la plupart des individus ne sont pas encore prêts à l’entendre ni à l’accepter.

Roman poétique, engagé et remettant en cause les fondements de nos sociétés et de notre rapport à l’autre, Bénédict(e) inspire un souffle de changement que seule l’édification par l’Art permettra d’imposer.

Actes Sud, 20.80 €btn commande

 
Tristan - Clarence Boulay

tristan - boulayL'avis d'Anouk:

«On devait partir à deux, mais il ne restait qu'une place sur le bateau. Alors on a tiré au sort et c'est tombé sur moi». C'est le hasard qui fait débarquer Ida sur l'île de Tristan, un bout de terre accroché à son volcan quelque part entre l'Afrique et le Brésil. La traversée depuis Le Cap a duré sept jours, et le prochain bateau ne sera pas là savant plusieurs semaines. C'est dire si le séjour à Tristan est une expérience qui engage, non un simple voyage que l'on fait pour assouvir sa soif d'exotisme.

 

Ida partage au fil des jours la vie d'une communauté soudée par le travail, l'entraide et l'esprit de famille – on est tous un peu parents à Tristan, «l'île des sept familles». Ida apprend à se rendre utile et consacre ses moments libres au dessin. «La page est blanche. Tout est possible. Non. Tout semble possible. Mais, ça, je ne l'ai su qu'après».

 

L'isolement de Tristan fait de la vie sur l'île la quintessence de l'expérience insulaire. Ida perd peu à peu ses repères. Ses certitudes s'embrument. Le temps, l'espace, l'identité : les amarres se détachent les unes après les autres. «L'attente. Encore elle, celle qui nous oblige à confondre l'instant avec la durée et la durée avec l'éternité». Et c'est dans cette dépossession que va surgir la passion. Fulgurante, absolue, sublime : forcément extrême.

 

Clarence Boulay signe avec «Tristan» un premier roman tendu et puissant. Elle a elle-même passé plusieurs mois sur cette île du bout du monde, une expérience qu'elle a racontée dans un bel article paru dans la revue XXI. Le détour par le roman donne une autre dimension au vécu, déplie ce qui ne serait qu'énuméré dans un carnet de voyage ou un journal de bord. La fiction vient semer le trouble et nimber les faits d'une lumière vacillante. Elle donne à ce livre une profondeur et un vertige que le lecteur, c'est certain, n'oubliera pas.

 

Sabine Wespieser, 18 €btn commande

 
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