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Littérature étrangère
Attachement féroce - Vivian Gornick

073L'avis d'Adrien :

Ecrit en 1987, Attachement féroce dissèque la relation de l’auteure, féministe alors déjà réputée aux Etats-Unis, avec sa mère, mais aussi avec ses amants et globalement avec tout qui elle interagit. A travers les chamailleries, vraies disputes et éclats de rire de Vivian et sa veuve de mère, tantôt acariâtre tantôt compréhensive, on déambule dans New-York à la recherche d’apaisement général. Et rien ne s'apaise jamais vraiment mais tout tend à plus de clarté.

Au début de ces mémoires, nous restons dans l’immeuble de jeunesse. Là ne vivent que des femmes. Les hommes sont au travail, décédés ou ont quitté le navire. Les appartements sont imbriqués les uns dans les autres et toutes communiquent, s'invectivent, s'entraident par les coursives, les fenêtres. On y suit notamment la vamp Nettie qui voudra apprendre à Vivian à devenir une séductrice. La relation mère-fille n’est pas simple et quand on commence à bien la cerner, on tombe dans le vertige de l’amour selon Vivian, ses relations de couple et comment sa mère les appréhende. Ce qui amplifiait nos luttes, majorait notre angoisse, gonflait notre confusion, c’était le sujet du sexe. Chaque fil de chaque histoire (un mariage avec un artiste bougon, un amant régulier voisin d’enfance se radicalisant dans le judaïsme orthodoxe, un amant leader syndicaliste marié) est tiré et détricoté et c'est peu de dire que les trois relations apportent leur lot de petites joies mais surtout de tumultes et d'inconfort.

On se laisse entrainer dans New-York et en cela c’est une magnifique déclaration d’amour à la ville qui l’a vu naître. On est aussi réellement emporté par les réflexions de Gornick sur sa vie. Elle nous parle à chacun de nous et le fait de façon vraiment passionnante en renouvelant le genre autobiographique. A la manière d’une Alison Bechdel avec Fun Home, Vivian Gornick comprend ce qu’elle est devenue en revenant sur son passé et comment sa mère l’a inconsciemment mais durablement construite. C’est juif, new-yorkais, c’est l’après-guerre, mais quand ça touche à ce point à l’universel, c’est simplement formidable.btn commande

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laetitia Devaux, Rivages, 2017, 20 €.

 

 
L'un l'autre - Peter Stamm

lun lautre - stammL'avis d'Anouk:

Un dimanche soir de fin d'été. L'heure du retour de vacances pour une famille suisse. L'heure des  bagages à défaire, des préparatifs pour la reprise du lendemain, du dernier verre sur la terrasse. Astrid monte coucher les enfants. Thomas plie son journal, se lève et ouvre le portail du jardin. Il ne rentrera pas.


L'un l'autre est le récit de ce retrait du monde et de la manière dont il va modeler ce que seront les vies de Thomas, d'Astrid et de leurs enfants. Écrivain du vide et de l'absence, Peter Stamm nous tient en haleine avec un dépouillement de moyens exemplaire. On ne trouvera pas chez lui d'explications psychologiques ni de questions morales, non: juste, au plus près, la description des gestes, des mouvements, des trajets d'un homme et d'une femme projetés dans un monde où les repères s'estompent.


Thomas s'en va et gagne la montagne pour se mettre à l'abri des bruits du monde, se confronter à la nature, se fondre dans le présent de la marche, rentrer plus profondément en lui-même. Tentation bien contemporaine. Et Astrid, dans l'asphyxiante douleur de la séparation, dans les gestes du quotidien qu'il faut bien assumer pour les enfants, emprunte un chemin vers elle-même qui n'est pas moins risqué que celui de Thomas.


Peter Stamm pose son regard alternativement sur chacun d'eux. L'homme et la femme, l'extérieur et l'intérieur, la liberté et le quotidien. Mais très vite il brouille les cartes, estompe la chronologie, évoque les vies possibles, les vies imaginées. Son écriture tout à la fois matérielle et poétique rythme un récit qui prend au fil des pages une dimension plus onirique et métaphysique. Et l'on perçoit la béance, l'abîme au bord duquel Thomas et Astrid contemplent leur histoire.

« Quand nous nous séparons, nous restons l'un à l'autre ». Cette citation de Markus Werner qui ouvre le livre éclaire on ne peut mieux ce qu'est L'un l'autre: par-delà l'absence, par-delà le vide, par-delà le confort des certitudes, une histoire d'amour absolue.

btn commandeTraduit de l'allemand par Pierre Deshusses, Christian Bourgois, 17 €

Disponible au format numérique

 

 
Comment j'ai rencontré les poissons - Ota Pavel

pavelL'avis d'Adrien :

Savoureuses chroniques d’enfance d’Ota Pavel – nom tchèque adopté par sa famille après la guerre remplaçant le nom juif de Popper – dans la belle Bohème tchécoslovaque, ce livre produit, comme le dit le grand auteur italien Erri de Luca cité en quatrième de couverture, des bulles de joie sous la peau.

Tout n’y est pas rose, les temps s’assombrissent, son père juif et ses deux frères seront déportés au camp de concentration de Terezin en reviendront vivants, et consécutivement, le régime communiste ne rendra pas leur existence plus enviable. Toutefois, la poésie, l’humour, l’originalité de l’écriture de Pavel adoucit ces faits tragiques, nous fait rire et sourire.

On y découvre surtout son papa, grandiloquent représentant – détenteur du record international de ventes d’aspirateurs pour Electrolux, il ira jusqu’à en vendre dans un village non relié à l’électricité –, mari fidèle mais fieffé dragueur et surtout pêcheur passionné. A travers les yeux d’enfant de Pavel, c’est la figure tutélaire du père qu’on voit ici, nébuleux géant, ogre bienfaisant, fragile colosse, entrepreneur à l’ambition bancale (après les aspirateurs, il se lancera dans le commerce de tue-mouches révolutionnaires mais foireux pour passer ensuite à l’élevage de porcs puis de lapins). Le fils et romancier ne lui tient pas rigueur de parfois abandonner sa famille pour suivre ses élans hasardeux, tant il représente pour lui la gaieté, le courage et aussi une sorte de bon sens tordu.

On peine à croire que Pavel écrivit ces tendres vignettes interné et touché par une grave dépression. Prenons-les pour une exhortation à la vie et à ses bons moments, des méditations sur la survie, sur le devoir salutaire de mémoire. C’est extrêmement touchant et teinté d’une mélancolie compensée par une jubilation folle et des descriptions de la nature enchanteresses.

Nous remercions chaleureusement Do, cette jeune maison d’édition bordelaise, de nous faire découvrir pour la première fois en français ce classique de la littérature tchèque. Nous allons nous plonger dans le reste de leur catalogue assurément prometteur.

Traduit du tchèque par Barbora Faure, Do Editions, 20 €. btn commande

 

 
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