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Littérature étrangère
La note américaine - David Grann

017L'avis d'Adrien :

Oklahoma, Tribu des Osages, début du XXe (jusqu'à aujourd'hui).

Quand une tribu amérindienne parquée sur des terres gorgées d'or noir s'enrichit, les visages pâles s'en mêlent. Nous avons alors à faire à des tuteurs, trésoriers, curateurs malintentionnés, un enchaînement de meurtres par empoisonnements, accidents en tout genre bien ou mal déguisés, des spoliations en règle. Le livre se développe en deux parties. La première retrace cette histoire. La deuxième montre comment une poignée d’hommes a essayé d’endiguer la machine infernale en enquêtant et révélant au péril de leur vie la sombre affaire.

Avec "La note américaine" de David Grann, on est plutôt du côté du journalisme que du journalisme littéraire, en bref, le style d’écriture n’est pas foncièrement éblouissant, mais quel journalisme, quelle enquête phénoménale! C'est fouillé en diable, captivant, ahurissant et révoltant de voir toutes les ramifications établies pour tant de meurtres commis et camouflés, passés sous silence, tant de familles dépouillées... Et il est fou de voir comment finalement un seul homme a su tenir bon et mener l'enquête (quasi) à bien, mettant en lumière par sa compétence et sa persévérance la toute puissance en devenir du FBI alors balbutiant.

Globe, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cyril Gay, 22 €btn commande

 

 
Le coeur converti - Stefan Hertmans

coeur converti - hertmansL'avis de Delphine:

A la fin du XIe siècle, Vigdis, une jeune Normande de haut rang, s’éprend de David, le fils du grand rabbin de Narbonne venu étudier à la yeshiva de Rouen. Bien consciente que son père ne permettra jamais leur union, elle s’enfuit avec lui, renonçant à sa foi, à sa famille et à la vie douce et prospère qui lui était promise. Traqués par des chevaliers du père de la jeune femme, ils marchent vers Narbonne, qu’ils atteignent au terme d’un voyage rude et périlleux et où la famille de David célèbre leurs noces – à ce moment-là, les prosélytes sont bien accueillis dans les communautés juives. Leur répit est hélas de courte durée, et bientôt ils sont forcés de reprendre la route : les chevaliers normands sont toujours à leurs trousses. C’est le début, pour Vigdis devenue Sarah et surnommée Hamoutal par son époux, d’une vie marquée par la fuite, la peur et la solitude, par la quête jamais aboutie d’un lieu où vivre en paix.


À ce récit inspiré d’une histoire vraie, Stefan Hertmans entremêle habilement celui de son enquête et des recherches qu’il a menées pour l’écrire, qui font du Cœur converti un roman abondamment et rigoureusement documenté. L’auteur y brosse le tableau d’une époque en proie au fanatisme et à la violence, où la paix religieuse et l’harmonie – relatives – entre les communautés chrétiennes et juives se sont peu à peu délitées et où les persécutions à l’encontre des Juifs se multiplient, surtout après l’appel à la première croisade par le pape Urbain II. Il nous offre aussi l’occasion de découvrir les usages et les rituels juifs de l’époque, à travers la conversion d’Hamoutal, et de se plonger, grâce aux détails et aux précisions dont le roman regorge, dans le quotidien des hommes et des femmes du Moyen Age. Enfin, les descriptions, nombreuses et évocatrices,  nous immergent dans l’atmosphère des lieux que l’héroïne traverse ou habite, de Rouen au Caire en passant par Narbonne ou Monieux, un petit village provençal où les jeunes mariés trouvent refuge quelques temps avant qu’un pogrom ne le mette à feu et à sang.


Au-delà de cet intérêt historique, Le cœur converti  est un roman passionnant qui raconte le destin singulier d’une femme hors du commun. Vigdis, prosélyte cultivée, est plus d’une fois assaillie par le doute et la nostalgie mais, animée d’une âpre volonté et d’une grande lucidité, elle ne s’écarte pas de la voie qu’elle a choisie et qui fera d’elle une exilée, physiquement et spirituellement, puis une errante, brisée et aliénée par les épreuves, étrangère à elle-même et à la société.


Roman de la fuite et de l’exil, Le cœur converti est aussi un roman de la liberté, ou plutôt de la liberté contrariée et des sacrifices qu’elle exige, dans un temps qui, comme les autres d’ailleurs, ne la favorise guère – ce qui en fait un roman on ne peut plus actuel, et de Vigdis, une héroïne des plus contemporaines.

 

Gallimard, traduit du néerlandais (Belgique) par Isabelle Rosselin, 21.50 €btn commande

 
Ásta - Jón Kalman Stefánsson

asta - stefanssonL'avis de Delphine:

Ásta, mais aussi Helga et Sigvaldi, Jósef, … : des êtres comme nous, orant et errant, dont Stefánsson raconte, dans son nouveau roman, les vies bancales et un peu ratées, les espoirs éteints et perdus, les amours ardentes et brisées – ou manquées.

 

Comme sa mère Helga, qui n’est pas immunisée contre la routine et à qui, à l’instar de Margrét, il tarde tant de vivre, Ásta, née au début des années 1950 et baptisée d’après une héroïne de roman, a le rêve plus grand que la vie. Elle est « né[e] sous le signe infâme de l’amour » – pour reprendre les mots d’Hélène Picard, une poétesse oubliée que chérissait Colette – puisque son prénom, à une lettre près, signifie justement ce à quoi, comme sa mère, elle échoue, ce qu’elle semble souvent chercher là où il ne se trouve pas, ce qu’elle souille et gâche tout en le vénérant : l’amour.


On la suit, cette âme fêlée, de l’enfance à l’âge adulte, de l’Islande à Vienne, dans un récit qui pourra peut-être, parce qu’il entremêle les époques, passe d’un personnage à un autre, d’une histoire à une autre – y compris celle du narrateur – et est scandé par des lettres d’Ásta à un amour perdu, sembler décousu – mais n’est-ce pas le cas de toute vie, ou de toute histoire ? Et n’est-ce pas ainsi, par tours et détours, aller et retours, que se trame la mémoire, que se tissent et se détissent nos souvenirs, que marche le Temps ? C’est en tout cas ce que suggère l’auteur, pour qui « il n’est désormais plus possible de raconter l’histoire d’une personne de manière linéaire. »

 

Stefánsson nous parle ici encore de l’impossibilité d’aimer – et de ne pas aimer – et nous dit combien il est ardu de vivre, surtout « quand aucun chemin ne mène hors du monde », « qu’un seul et même chemin mène au désespoir et au bonheur » et que la vie semble s’ingénier à nier nos désirs, à contrarier nos aspirations. Comme dans Les poissons n’ont pas de pieds ou Entre ciel et terre, le narrateur émaille son récit de considérations à la fois péremptoires et désinvoltes, graves et légères, souvent banales mais justes – « Une nation qui a perdu sa langue pourrait tout aussi bien s’exiler sur la lune ! », « Certains mots portent en eux un séjour en enfer », « Ecrire, c’est lutter contre la mort », …

 

Ces thèmes, ce ton et un style plein de viridité dotent les récits de Stefánsson d’un charme puissant que son âpre lucidité, qui n’est pas exactement, ou pas seulement, du pessimisme, ne ternit pas le moins du monde – au contraire : même si « elle est assez longue et laide comme ça, l’aventure de la vie », il nous rappelle aussi, livre après livre, qu’« il est délicieux d’exister » – et qu’il est au moins aussi délicieux de le lire.

 

Grasset, traduit de l'islandais par Éric Boury, 26.25 €btn commande

 
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