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Notre sélection de fin d'année 2013

dc noelPour vous aider à rendre heureux vos proches, pour venir en aide à un Père Noël en manque d'inspiration, pour vous donner de petits et grands plaisirs de lecture, pour éveiller votre curiosité, voici quelques pépites que nous avons sélectionnées avec autant de soin que de plaisir.

Si vous voulez que nous réservions un livre pour vous, il suffit de cliquer sur la petite image qui accompagne la présentation, et de suivre les démarches proposées sur notre comptoir en ligne. Nous serons aussi bien entendu très heureux de vous accueillir à la librairie pour vous présenter tous ces trésors de papier.

Heureuses fêtes et belles lectures!

 

 Des romans en pagaille

une fille barnesUne fille, qui danse (Julian Barnes, traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 19 €): le temps, la mémoire, le remords sont les questions au coeur de ce roman brillant, le plus beau sans doute de Julian Barnes. Tony Webster est un homme sans histoire. À l'occasion d'un obscur héritage, il va pourtant devoir affronter un passé moins lisse qu'il ne le pensait. Du swinging London à l'Angleterre d'aujourd'hui, Julian Barnes signe un roman implacable et bouleversant.

point invisible - orringerLe pont invisible (Julie Orringer, traduit de l'américain par Josée Kamoun, L'Olivier, 24 €): une formidable épopée romanesque sur fond d'histoire de la Hongrie. Avec ce roman foisonnant, Julie Orringer fait éprouver toutes les émotions de la vie : l'amour, la fraternité, le bonheur, l'amour de l'art, mais aussi la peur, l'effroi, la révolte, la tristesse infinie de la perte, l'absurdité des conflits. Le pont invisible est une expérience de lecture inoubliable.

complementaires - grondahlLes complémentaires (Jens Christian Grøndahl, traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard, 18.90 €): comme toujours avec les romans du Danois Jens Christian Grøndahl, on ne dit rien des Complémentaires si l'on en résume la mince intrigue. Prenez un couple bourgeois qui arrive à la cinquantaine, leur fille vidéaste et l'histoire d'amour qui lie celle-ci à un jeune Pakistanais; regardez-les évoluer pendant quelques journées décisives, celles qui précèdent l'inauguration de la première exposition de la jeune artiste. Ce qui fait le prix et la grâce des Complémentaires et des autres livres de leur auteur, c'est la finesse de ses analyses psychologiques, la façon subtile dont il fait remonter le passé oublié sous la vie ordinaire. Jens Christian Grøndahl est un Stefan Zweig d'aujourd'hui.

pietra viva - recondoPietra Viva (Leonor de Récondo, Sabine Wespieser, 20 €): Pietra Viva évoque un long séjour de Michel-Ange à Carrare, où il doit sélectionner les blocs de marbre qui serviront à son œuvre majeure, le tombeau du pape Jules II. Peu avant son départ de Rome, il a dû affronter la mort abrupte d'un jeune moine dont il était épris. Ce deuil confronte l'artiste avec des tourments profondément enfouis. Avec ce roman poétique et subtil, la violoniste Léonor de Récondo montre qu'elle est aussi une véritable écrivain.

faillir - minardFaillir être flingué (Céline Minard, Rivages, 22.45 €): après un roman de chevalerie et des incursions vers la science-fiction, Céline Minard s'attaque une fois encore à la question du genre avec ce western endiablé. Soit une ville nouvelle quelque part dans le grand Ouest, deux frères et une grand-mère mourante, des cow-boys et des indiens, une enfant perdue aux pouvoirs magiques. On passe beaucoup de temps au saloon et on joue les chevaux aux cartes. Ajoutez à tous ces ingrédients une langue inventive, une énergie à toute épreuve, et vous obtenez un livre férocement réjouissant.

confiteor - cabreConfiteor (Jaime Cabre, traduit du catalan par Edmond Raillard, Actes Sud, 26 €): que dire de Confiteor qui n'ait pas déjà été écrit? Le livre est assurément un des événements de cette rentrée littéraire, et deviendra à n'en pas douter un classique de notre début de siècle. Éblouissant de maîtrise, cette fresque qui joue sur différents registres (chronique familiale, roman d'amour, confession d'un homme arrivé au soir de sa vie, traité sur le mal, précis d'histoire européenne) et se déploie dans une langue exigeante ne peut que fasciner son lecteur. Un roman majeur, que nous soutenons collectivement dans le réseau des librairies Initiales.

 

Des beaux livres somptueux

un amour - alechinskyUn amour de Swann (Marcel Proust orné par Pierre Alechinsky, Gallimard, 39 €): nous avons fêté cet automne les cent ans de la parution de La recherche du temps perdu. Pour célébrer ce centenaire, Gallimard nous offre un livre fascinant, où les gravures de Pierre Alechinsky viennent dialoguer avec l'un des textes les plus célèbres de La recherche, lui donnent vie, laissent percevoir le passage du temps. Un envoûtement.

silencio - jorionSilencio (Thomas Jorion, La Martinière, 69 €): depuis quelques années, plusieurs photographes parmi les plus grands se sont confrontés à la ruine, au délabrement. Le livre de Thomas Jorion, d'usines désaffectées en palais italiens oubliés, donne à voir ces vestiges d'un temps révolu. Le travail sur la lumière et l'espace est tellement époustouflant que Silencio est aussi un livre poétique et méditatif, une invitation à réfléchir à la mémoire des hommes et des lieux.

sergio larrainSergio Larrain (sous la direction d'Agnès Sire, Xavier Barral, 65 €): Sergio Larrain, disparu en 2012, est l'un des plus grands photographes chiliens. Tout à la fois sociale et poétique, sa photographie est un pur éblouissement. Membre de l'agence Magnum avant de se retirer dans la campagne chilienne où il a cherché la sagesse loin du tumulte moderne, Sergio Larrain est un photographe étonnamment méconnu chez nous. Le livre splendide que publie Xavier Barral, catalogue d'une exposition tenue à Arles cet été, répare cette injustice avec bonheur.

 

Des polars pour frissonner

envoutee - abbottEnvoûtée (Megan Abbott, traduit de l'américain par Jean Esch, Le Masque, 22,45 €): polar vénéneux signé par une nouvelle reine du roman noir. Envoûtée relate l'histoire d'une jeune femme, épouse délaissée, qui tombe sous l'emprise d'un homme d'affaire peu recommandable. L'affaire finira mal, on s'en doute. Mais au-delà de l'intrigue, on ne peut qu'être épaté par la teneur littéraire du roman. Manipulation, crime et perversion : Megan Abbott a un talent fou pour nous tenir en haleine, qui fait d'elle l'héritière de Chandler et du cinéma américain des années folles.

verite - le carreUne vérité si délicate (John Le Carré, traduit de l'anglais par Isabelle Perrin, Seuil, 21.50 €): on l'attendait avec impatience, et nous ne sommes pas déçus. Voici un roman épatant, où John Le Carré dénonce la privatisation de la guerre et la porosité entre gouvernements démocratiques et entreprises privées. Soit une opération secrète menée à Gibraltar par le gouvernement britannique et le renfort de mercenaires américains. L'affaire semble se dérouler correctement, mais les apparences sont bien entendu trompeuses... Maître du roman d'espionnage au temps de la guerre froide, John Le Carré sait aussi parler du monde d'aujourd'hui. Profondément contemporain, marqué par un humour so british et un sens parfait du rebondissement, Une vérité si délicate laisse admiratif.

autre cote - pochodaL'autre côté des docks (Ivy Pochoda, traduit de l'américain par Adélaïde Pralon, Liana Levi, 22 €): Red Hook, quartier isolé du Sud de Brooklyn, est pour deux adolescentes un lieu de désoeuvrement. Pour tromper l'ennui, elles décident un soir de se laisser dériver en bateau pneumatique sur l'East River. Le lendemain, l'une a disparu et la seconde est retrouvée inconsciente... Avec ce portrait d'une New-York méconnue, Ivy Pochoda, jeune romancière traduite pour la première fois en français, s'impose d'emblée comme une voix à suivre. Roman noir suffocant, L'autre côté des docks tient en haleine dès les premières pages.

 

Des bandes dessinées à ne pas manquer

propriete - rutu modanLa propriété (Rutu Modan, traduit de l'hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech, Actes Sud, 24.50 €): une jeune Israélienne accompagne sa grand-mère sur les traces de son passé, à Varsovie. La vieille dame espère y récupérer la propriété d'un immeuble qui était celui de sa famille. Pourtant, on se doute assez vite qu'elle cache le véritable motif de ce retour dans sa ville natale. Dans une ligne claire très classique, Rutu Modan embarque son lecteur dans une odyssée incertaine, toute de zones d'ombre. La propriété est une bande dessinée magnifique, profondément humain.ombres2 - zabus

Les ombres (Vincent Zabus et Hippolyte, PHébus, 24 €): au départ, Les ombres est un spectacle créé par Vincent Zabus sur la question du droit d'asile. Aujourd'hui, Les ombres est une bande dessinée magnifique : texte poignant et dessin éblouissant. Le tandem Vincent Zabus et Hippolyte épate. Le livre est de plus splendidement édité: qualité du papier, couleurs éclatantes, profondeur des ombres. Avec leur première bande dessinée, les éditions Phébus font une entrée remarquée dans le monde du neuvième art.

 

Des occasions de se rattraper

quai - blainQuai d'Orsay, chroniques diplomatiques, l'intégrale (Abel Lanzac et Chrisophe Blain, Dargaud, 29,99 €): on n'attendait pas forcément Christophe Blain sur le terrain de la politique. Et pourtant, avec Quai d'Orsay, il offre une série passionnante et drôle, transformant le ministère français des Affaires Étrangères en une délicieuse scène de théâtre. Grâce aux souvenirs d'Abel Lanzac, ancien auteur de discours au Quai d'Orsay, il atteint une justesse de ton incroyablement jouissive. Les deux volumes de cette mini-série viennent d'être réunis en intégrale: une occasion à ne pas manquer de découvrir l'une des bandes dessinées les plus piquantes de l'année dernière!

romans - modianoRomans (Patrick Modiano, Gallimard, Quarto, 23.50 €): on le sait discret, avare de confidences, profondément solitaire. Patrick Modiano a pourtant sélectionné lui-même dix de ses romans, parus entre 1975 et 2010, et offre par la même occasion souvenirs, photos, plongée dans son atelier romanesque. Avec ce Quarto, un des événements éditoriaux de l'année, on lira ou relira des livres devenus classiques (Rue des boutiques obscures par exemple) et des textes plus récents, tout simplement incontournables (Dora Bruder, Un pédigrée). L'occasion de saisir l'extrême cohérence d'une oeuvre qui restera comme l'une des plus prégnantes de ces dernières décennies.

otsuka pocheCertaines n'avaient jamais vu la mer (Julie Otsuka, traduit de l'américain par Carine Chichereau, 10/18, 7,65 €): c'est à un choeur de femmes que Julie Otsuka donne la parole. De jeunes Japonaises, échouées à San Francisco au début du vingtième siécle pour y épouser des hommes qu'elles ont seulement (mais pas toujours) vus en photo. À ces exilées, loin de leurs familles, déracinées à jamais et souvent exploitées, aucun destin individuel n'est autorisé. Julie Otsuka fait éprouver avec force l'anonymat auquel elles sont vouées. Le "nous" qui rythme son livre, impersonnel, charrie ces trajectoires marquées du sceau de la tragédie. Au gré des chapitres s'égrennent de véritables morceaux de littérature, bruts, intenses, d'une puissance inouïe.

sermon sur la chute - ferrariLe sermon sur la chute de Rome (Jérôme Ferrari, Actes Sud, Babel, 7,70 €): avec ce roman, Prix Goncourt 2012, Jérôme Ferrari confirme qu'il est décidément un auteur majeur de sa génération. Le livre est bref, mais vaste son ambition : le "Sermon" joue sur plusieurs registres, de la chronique familiale au roman à thèse, de l'évocation du passé colonial français à celle d'un café perdu dans un village corse. En reprenant ce café, deux amis d'enfance, jeunes philosophes, veulent y recréer le meilleur des mondes cher à Leibnitz. Ils ne savent pas, ou feignent ne pas savoir, que les mondes sont inéluctablement voués au pourrissement et à l'anéantissement. L'échec de leur projet était prévisible: Rome elle-même n'est-elle pas tombée? Un roman acéré porté par une écriture puissante.

 

Des livres pour savoir et comprendre

barricade - hazanLa barricade, histoire d'un objet révolutionnaire (Éric Hazan, Autrement, 15 €): médecin, éditeur, arpenteur amoureux de Paris, auteur inclassable, Éric Hazan signe un petit livre passionnant sur un objet révolutionnaire s'il en est, la barricade. La Fronde en 1648, puis les révolutions du 19e siècle (1848 et la Commune), ou encore Mai 68 ont toutes fait usage de ces amoncellements hétéroclites, ici une charette, là des planches et des briques. La barricade offre protection au peuple tout en redessinant la forme de la ville. Une façon passionnante de relire l'histoire de France, du côté des rebelles.

somnambules - clarkLes somnambules ; été 14, comment l'Europe a marché vers la guerre (Christopher Clark, Flammarion, 25 €): un livre qui se lit comme un roman, écrit par un historien anglais spécialiste de l'Europe centrale. Les somnambules retrace l'entrée en guerre d'un continent, il y a un siècle. En quelques semaines se décide un conflit dont on pensait qu'il ne durerait guère et qui pourtant remodèlera l'Europe, verra la fin de trois Empires et s'inscrira dans la chair de chaque famille européenne.

conjurer la peur - boucheronConjurer la peur. Sienne, 1338 : essai sur la force politique des images (Patrick Boucheron, Seuil, 33 €): la fresque est célèbre. On l'appelle l'Allégorie du Bon Gouvernement, et elle a été peinte par Ambrogio Lorezetti dans le Palais Communal de Sienne à une époque où le pouvoir républicain se sent menacé. Depuis le quatorzième siècle, cette fresque a donné beaucoup à réfléchir aux historiens de l'art, aux philosophes et aux spécialistes de l'histoire des idées. Patrick Boucheron décrypte avec finesse tous les enjeux recelés dans cette représentation d'un idéal politique républicain. Une réflexion qui résonne avec des accents éminemment contemporains. 

 

 Des livres pour les petits

edmond - boutavantEdmond, la fête sous la lune (Marc Boutavant et Astrid Desbordes, Nathan, 11,60 €): oh, comme on l'aime, ce doux Edmond! Sa vie d'écureuil timide se partage entre ses deux passions, la confiture de noisettes et la confection de pompons. Quand son voisin l'ours Edouard donne une fête pour la nouvelle saison, Edmond se morfond : il aimerait tant en être... Pour trouver le courage de vaincre sa timidité, il lui faudra l'aide d'un troisième larron, un hibou facétieux. Tout est réussi dans cet album : texte délicieux, personnages irrésistibles, et bien sûr le dessin joyeux et exubérant de Marc Boutavant.  À tout âge on peut craquer sur Edmond.

famille sauvage - moreauMa famille sauvage (Laurent Moreau, Hélium, 15,90 €): on aime beaucoup le travail sensible et onirique de Laurent Moreau. Avec ce nouvel album, on retrouve son talent inégalé pour donner à percevoir aux tout petits la vie intérieure et secrète des personnages. La petite fille de la converture nous propose au gré des pages de rencontrer sa drôle de famille : une maman girafe, un papa lion, un grand-père cerf. Le tempérament de chacun, ses rêves les plus secrets, se métamorphosent en un animal tour à tour réconfortant et inquiétant. Nous avons tous une famille un peu sauvage, et avec Laurent Moreau on l'apprivoise avec bonheur.

enfant savait - serresL'enfant qui savait lire les animaux (Alain Serres et Zaü, Rue du Monde, 25,80 €): c'est un "pieds-nus", un enfant sauvage qui arpente la savane pour retrouver les siens. Chaque animal croisé en chemin lui partagera un peu de son savoir, rendant ainsi l'enfant à son humanité. Voici un bestiaire extraordinairement beau. Les portraits d'animaux à l'encre de chine, rehaussés ici d'ocre et là de rouge, sont saisissants. Et comme toujours le texte d'Alain Serres touche au plus juste, mêlant à un émouvant récit initiatique une réflexion sur l'état de la planète.