librairie
point virgule

Rue Lelièvre, 1 B-5000 Namur | Tél. : +32 (0)81 22 79 37 | info@librairiepointvirgule.be | Du lundi au samedi de 9h30 à 18h30

Cora dans la spirale - Vincent Message

cora dans la spirale - messageL'avis d'Anouk:

"Lorsque j'ai commencé à écrire cette histoire (...), j'ai dit que l'histoire de Cora était une toute petite histoire parmi toutes les histoires du monde. Et puis, dans la foulée, qu'il n'y a pas de petite histoire, que toutes les vies sont dignes d'être commémorées. Je rêve d'un monde où on se raconterait les vies humaines les unes après les autres, avec assez de lenteur, d'incertitudes et de répétitions pour qu'elles acquièrent la force des mythes".

C'est sous cet angle humaniste que le narrateur de Cora dans la spirale entreprend de raconter une histoire "banale" de notre temps. Cora se rêvait photographe. Elle a renoncé à ses ambitions artistiques pour se caser, sagement, dans une compagnie d'assurance. Sa vie est tissée de bien des renoncements, mais Cora s'y plie de bonne grâce, certaine que l'essentiel est ailleurs: sa vie avec Pierre et l'arrivée de leur petite fille.

Lorsque, de retour au travail après son congé de maternité, Cora entame un nouveau carnet — il restait quelques pages vierges dans le précédent, mais elle voulait marquer ce nouveau départ —, elle note "J'espère que tout va être bien, que tout va bien se passer". Et pourtant. La compagnie pour laquelle elle travaille, longtemps familiale, vient d'être rachetée par un grand groupe. Commence alors le sinistre bal du management hypercapitaliste: la vie en open space, les mots vidés de tout sens (on restructure, on rationnalise, on optimise), la pression qui petit à petit ronge tous les instants d'une vie. Cora est jeune, douée, amoureuse, c'est une femme libre et généreuse, mais broyée par son travail elle s'achemine vers "des tristesses indéchiffrables". Et c'est implacable.

Avec ce roman tendu et tragique, virulent mais jamais manichéen, Vincent Message réussit à donner chair aux maux de notre société opulente. Ses portraits d'hommes et de femmes sonnent juste et remuent au plus profond, "car (...) c'est de nous qu'il s'agit. Le combat qui a cessé quelque part reprend ailleurs, et c'est le même combat".

Cora dans la spirale est un roman virtuose dans sa forme, bouleversant dans son propos, et s'impose comme l'une des lectures immanquables de cette rentrée littéraire.

Le Seuil, 21 €btn commande

 
Une partie de Badminton - Olivier Adam

partie de badmintoL'avis d'Adrien :

Avant tout, je dois confesser que c’est mon premier Olivier Adam. Et j’ai justement trouvé qu’Une partie de badminton avait la fraîcheur d’un premier roman plus que réussi, à trop vouloir embrasser mais en étreignant bien, surmontant les obstacles et déroulant  un récit construit avec simplicité et fluidité.


Tous les cinq ans, Olivier Adam met en scène son double narratif Paul Lerner dans un bilan lucide et acerbe de sa vie (Falaises, Des vents contraires, Les lisières). Lerner est donc aujourd’hui un écrivain au succès passé qui, après avoir fait le trajet Bretagne-Paris, repart plus minable qu’avant en sens inverse faute de ventes de ses derniers livres. Sa fille adolescente en veut plus que vivement à ses parents d’avoir dû quitter leur vie parisienne, son fils pré-ado béat se plonge dans le surf et les jeux video, quant à sa femme,prof dans une école sans éclat aux élèves apathiques mais également prof dans un centre pour migrants, vit depuis quelque temps une liaison adultérine passionnée avec une femme. Ajoutez que Paul est suivi à longueur de temps par une mystérieuse femme, une fan détraquée  ?, qu’il apprend qu’un vieil ami écrivain prometteur vient de décéder dans l’anonymat, qu’il est en prise avec le maire de sa ville ayant dénoncé les accords de celui-ci avec des entrepreneurs en passe de défigurer le littoral, que des jeunes nationalistes viennent taguer les murs de sa maison de menaces et vous voyez Paul Lerner englué dans un marasme sans nom.


Si le Paul Lerner d’il y a cinq ans aurait réagi de façon dramatique et plaintive, il n’en est rien du Paul Lerner d’aujourd’hui  ; à 45 ans, il n’est plus temps de jouer au vieil ado geignard mais de prendre tout ça avec philosophie et lâcher prise (cf. la superbe phrase de Richard Ford en exergue au roman). Olivier Adam continue d’aborder avec subtilité et intelligence les grands thèmes qui lui sont chers, la famille, la crise d’identité, l’état de la classe moyenne, l’inadaptation sociale,  la France périphérique, mais il le fait avec un humour décapant et une auto-dérision qui fait plaisir à voir chez un écrivain parisien (breton ?) de cette trempe ! 

Flammarion, 21 €btn commande

 
Un monde sans rivage - Hélène Gaudy

un monde sans rivage - gaudyL'avis d'Anouk:

Au départ, il y a des photos. Un petit trésor de photos prises en 1897 par Nils Strindberg lors d'une expédition en ballon vers le Pôle Nord. Strindberg et ses deux compagnons disparaissent tragiquement, et le mystère entourant cette disparition marque les esprits de la Belle Époque: recherches, enquêtes et folles rumeurs hantent durablement la Suède.


Trente-trois ans plus tard, on retrouve les corps des trois explorateurs, le journal tenu par Salomon Andrée, des lettres de Nils à sa fiancée et, miraculeusement préservés dans la glace, des rouleaux de  négatifs. Ils seront développés avec mille précautions et ces images miraculeusement sauvées des glaces feront le tour du monde.


Ces photos sont le point d'ancrage du livre d'Hélène Gaudy, fragiles empreintes qui lui font remonter le temps et s'enfoncer dans la profondeur blanche de l'Arctique. Les images sont comme «des paliers pour plonger en apnée, s'enfoncer, reprendre de l'air, s'arrimer aux détails, au minimum visible, et en passant de l'une à l'autre, jeter un regard aux gouffres qui les séparent, dont on ne perçoit qu'une rumeur, à peine un frémissement».


Le roman s'articule en fragments qui s'arriment à trois époques: le temps de l'expédition, le temps de l'exhumation des corps et de la découverte des images en 1930 et le présent de l'autrice. Cette écriture fragmentée fait écho à la mouvance du paysage polaire, où l'eau, la glace, la terre et le ciel se confondent et se transforment dans «la lumière trop forte qui révèle les détails avant de les noyer».


Magnifique méditation sur le temps et l'effacement, Un monde sans rivage rend aussi hommage,  dans le contexte si masculin d'une expédition polaire à la veille du 20e siècle, à une figure de femme libre et forte, Anna Charlier, éternelle fiancée de Nils Strindberg dont elle restitue les angoisses et le manque, le deuil impossible. Dans une langue poétique, qui varie les angles de vue et les perspectives, Hélène Gaudy rend vie et justice aux disparus autant qu'au paysage, et nous rappelle que la fascination pour l'Arctique renvoie chacun à cette «zone blanche qu'on porterait en soi comme une île».

Actes Sud, 21 €btn commande

 

 

monde sans rivage 3monde sans rivage

 
<< Début < Précédent 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Page 2 sur 35